LE MONDE MAGAZINE | 27.06.10 | 15h27
ans la tour Eiffel en lointain arrière-plan de l'immense piscine aux eaux azur bordée de chaises longues, l'endroit aurait tout de ces coins huppés de la campagne normande dont raffolent les Parisiens aisés. A l'ombre de somptueux arbres centenaires, quelques membres du club, en âge de les avoir vus pousser, devisent vêtus de blanc, ce lundi matin de juin. Pelouses tondues de frais, libérant ce qu'il faut d'effluves champêtres. Courts de tennis par dizaines, en terre battue de préférence, clos d'un grillage vert anglais que colonisent les roses trémières…
Le Lagardère Paris Racing, "la Croix Catelan" pour les habitués, l'un des très sélects clubs sportifs du bois de Boulogne, offre à ses 13 500 heureux membres une verte quiétude en plein Paris. Sérénité fâcheusement troublée ces derniers temps. Voilà que, depuis la mi-mars, 5 000 clients du club se sont unis au sein de l'association SOS Croix Catelan pour mener une fronde, inhabituelle dans cet univers feutré, contre le propriétaire des lieux, le groupe Lagardère. Prospectus, site internet, actions en justice envisagées… Et même une chaîne humaine autour du club, le week-end de l'Open EDF de natation, les 26 et 27 juin. Fallait-il que la situation fût grave pour en venir à ces extrémités que la bienséance réprouve ! Elle l'est, nous assure-t-on chez SOS Croix Catelan. "C'est angoissant."
En 2006, la mairie de Paris décide de ne pas renouveler la concession accordée depuis cent vingt ans au Racing-Club de France pour l'usage privé de ces 7 hectares de domaine public. A la place, elle choisit le groupe Lagardère, qui a le bon goût de proposer un solide projet sportif et, accessoirement, une redevance annuelle de 3,2 millions d'euros – contre 130 000 euros payés auparavant par le Racing-Club. Quatre ans plus tard, nombre d'ex-adhérents de l'association loi 1901, qui n'ont guère apprécié de devenir simples clients d'une société commerciale, se disent trop peu informés par la nouvelle direction et dénoncent une dérive marchande : la transformation de la Croix Catelan en "club de loisirs de luxe".
BONNES FRÉQUENTATIONS GARANTIES
Qu'il n'était pas jusqu'à présent ? Attablés dans le restaurant du club-house au menu un tantinet onéreux, deux avocats à la tête de SOS Croix Catelan, Jean-Pierre Léon, président, et Amélie Barberis, secrétaire générale, finissent par en convenir. Ils en paient déjà cher le brin d'herbe, de cette campagne à Paris. 6 600 euros de droit d'entrée. Plus 1 600 euros de cotisation annuelle par personne. "Il n'y a pas ici une diversité sociale incroyable, il ne faut pas se leurrer. Pour une famille, l'adhésion, c'est le prix d'une petite voiture", compte Mme Barberis, bientôt mère d'un troisième enfant. Pour ses deux aînées, l'inscription a tenu lieu de cadeau de naissance de la part des grands-parents. "C'est un havre, hors du monde, un peu pour privilégiés, c'est indiscutable. Mais les gens qui y sont en ont conscience", nous rassure Jean-Pierre Léon, 57 ans, quarante années d'ancienneté au club et marathonien compulsif.
Les 48 courts de tennis, deux piscines extérieures chauffées toute l'année, les terrains de football, de basket, de volley, les salles de gym, de musculation et de bridge, drainent les familles aisées de l'Ouest parisien, trop contentes d'y placer, le mercredi et le week-end, leurs enfants en lieu sûr. Bonnes fréquentations garanties : les familles se cooptent avec suffisamment de discernement pour ne pas devoir côtoyer le tout-venant dans l'annuaire du Racing – deux parrains, une lettre de motivation et quatre ans d'attente sont requis pour entrer dans le système.
Indéniablement, ce club est chic, mais la motivation première de ses membres demeure la pratique sportive de plein air, plaide SOS Croix Catelan. "Or notre club de sport est en train de se transformer en resort de luxe progressivement réservé à une élite financière capable d'assumer une cotisation extrêmement élevée. Pour obtenir la concession, Lagardère a vendu un projet axé sur le sport, la famille et l'accessibilité au plus grand nombre, mais cela devient tout à fait autre chose, un lieu d'argent, le rendez-vous de golden boys à la pochette flamboyante. Regardez !" : un petit groupe s'extrait du club-house, d'élégants sacs cartonnés Burberry à la main. "Ça ne peut pas devenir ça, le Racing !" Et de dénoncer pêle-mêle les séminaires d'entreprises, les opérations publicitaires. Une dérive fric-frime. Une machine à cash…
Les preuves ? La nouvelle directrice des exploitations et du développement, Pascale Adoner, ne vient pas de l'univers du sport, mais de l'hôtellerie de luxe. Les nécessaires rénovations et mises aux normes sont menées sans respecter l'esprit du lieu, boiseries historiques mises au bûcher, restaurant et salon anglais avec ses fauteuils club convertis en "espaces sans allure, comme dans n'importe quel hôtel 3-étoiles". Sponsors s'affichant sur les horloges, les portes des tennis. D'un vulgaire ! Et que dire des transformations radicales prévues dans le club-house ? Des vestiaires sacrifiés à de nouveaux espaces commerciaux, spa, fitness, salles de réunion…
"Durant un an, nous devrons nous changer et nous doucher dans le parking souterrain, sans qu'aucune compensation financière ait été prévue pour ces désagréments. Et, à la fin, les cotisations exploseront à cause de ces travaux somptuaires que les adhérents n'ont pas appelés de leurs vœux. Certaines familles ne pourront pas suivre… Vous imaginez leur angoisse ? Il y aura des exclus !", interpelle Frédéric Messian, vice-président de l'association, par ailleurs président d'une société de design et de communication. Sa mère fréquentait déjà le Racing, il y a quarante ans. Lui a très tôt initié ses quatre enfants aux valeurs du club : goût de l'effort, discipline, rigueur. Les membres, nous confie-t-on, ont un attachement sentimental qui se perpétue de génération en génération. Ils s'en sentent "comptables" pour leurs enfants.
CONSIGNE CONTRE "PULLMAN"
Les membres ne peuvent s'imaginer spoliés de leurs casiers. Nous voilà au cœur de la contestation. La disparition programmée de tout ou grande partie des 11 000 casiers individuels. On nous mène, au club-house, dans le saint des saints, un étonnant dédale de placards en bois sombre. Certains, les "pullmans", ont la taille d'une penderie, d'autres, les "demi-pullmans" ou ordinaires, se superposent sur deux hauteurs – les "locataires" du haut prévoient alors, pour y accéder, des petits escabeaux en aluminium qu'ils suspendent à des patères. Les casiers sont numérotés. Cadenassés. Tapissés, à l'intérieur, d'un papier peint à petites fleurs délicieusement désuet.
Première classe, deuxième classe, comme au temps des transatlantiques, pullman et demi-pullman correspondent à des prix (de 100 à 150 euros par an) et des accès différents. Il faut franchir une lourde porte à poignée dorée, protégée par un code, pour pénétrer du côté des "pullmans", jadis attribués aux membres sachant habilement cumuler ancienneté, entregent et mérite sportif. Le groupe Lagardère envisage à la place un système de casiers à la journée, avec concierge. Une banale consigne, en quelque sorte.
Les animateurs de SOS Croix Catelan y voient la perte "insupportable" de "l'âme du lieu", et d'une pratique sportive confortable. "Mes quatre enfants y vont dix fois dans la journée, raconte M. Messian. C'est le point de rendez-vous, c'est aussi là que le lien social se crée, avec ses voisins de casiers. Et puis, on y laisse nos affaires d'une fois sur l'autre, raquettes, ballons, chaussures, vêtements…" Venir avec un sac de sport ? "Vous m'imaginez en rendez-vous chez les clients avec un sac à dos ?" Même les jours d'affluence, la circulation est fluide dans le labyrinthe des casiers, ajoute Mme Barberis. "On ne va pas demander aux gens d'attendre vingt minutes leurs affaires un dimanche de juin !" Cela va sans dire.
Du côté de chez Lagardère, toute cette agitation suscite bien de la perplexité. Oui, pour Pascale Adoner, la directrice des exploitations, le Lagardère Paris Racing est "un resort sans les chambres", clairement positionné dans "l'univers du luxe". Et alors ? Toute la journée, elle arpente "le boulevard à ragots" – c'est ainsi qu'elle nomme l'allée centrale qui longe les courts de tennis et le club-house, avec des bancs de chaque côté depuis lesquels les membres scrutent et commentent chaque passage. "Redoutable !" Elle tente de désamorcer les rumeurs d'une "petite minorité de gens qui étaient proches du Racing-Club, veulent rejouer la concession, et confondent bulletin d'adhésion et titre de propriété." Oui, une mise aux normes était nécessaire et, après une première phase de travaux (rénovation de l'espace nautique, du restaurant…), une seconde, d'environ un an, suivra à l'automne, qui visera notamment à moderniser le club-house et à développer les installations sportives intérieures utilisables l'hiver. Comme les règles d'urbanisme interdisent de construire, la rationalité commande de réduire la surface occupée par les vestiaires, soit 4 350 m2 sur les 6 500 m2 du club-house. Si la solution définitivement arrêtée est celle d'une consigne, du personnel supplémentaire sera dépêché les six week-ends de forte affluence de l'année.
CONSERVATOIRE DES TRADITIONS
L'espace dégagé permettra d'agrandir les salles de fitness et de musculation, pour l'instant minuscules, de créer une garderie pour les enfants, d'installer ce qu'il faut de cabines de massage, saunas, hammam, jacuzzis bains froids et chauds... Certains services seront payants, d'autres gratuits. "Bref, nous voulons en faire un club dans son temps, pas insalubre, confortable. Vous avez vu l'état des douches ? Ce n'est pas digne d'un club qu'on paie ce prix !, estime Franck Peyre, directeur général délégué. Il nous faut plaire au plus grand nombre, les sportifs à pratique intensive, les familles qui viennent pour du sport loisir, et celles dont c'est la maison de campagne à Paris. Chacun imagine son club. Nous, nous devons composer avec les trois catégories." La hausse des cotisations ? C'est "clairement oui", affirme-t-on chez Lagardère, sans davantage de précisions. "Nous payons une redevance annuelle de 3,2 millions d'euros et nous prévoyons 40 millions d'euros de travaux sur vingt ans. Les trois premières années d'exploitation ont été déficitaires", précise le directeur. Le sponsoring ? "Ceux qui nous le reprochent sont les mêmes qui ne veulent pas de hausse des cotisations !" Incompréhension mutuelle. Entre certains adhérents de longue date et les nouveaux gestionnaires, les cultures s'entrechoquent.
Un responsable du Groupe Lagardère, qui suit les choses de très près, nous confie tenter de "composer avec l'héritage" mais avoue "mourir de rire" devant certaines pratiques en vigueur dans ce qu'il perçoit comme un conservatoire des traditions bourgeoises. "Comme les casiers ! Les trois cinquièmes du club-house ! Ici, on assoit son influence au club au nombre de casiers loués et à leur localisation. Quand on est dans un 'pullman', cela vaut affirmation d'un statut social, et on se le transmet comme une charge notariale. " Et que dire de ces fauteuils en cuir du salon de lecture, tachés de sombre à l'emplacement de la tête ? "Ils veulent les garder ! Pour eux, c'est patrimonial ! ", s'esclaffe notre hôte, qui ne mâche pas ses mots.
MENACES D'EXCLUSION
"Ils nous reprochent d'introduire de la mixité sociale et ethnique, alors que seuls 1 500 membres ont changé depuis 2006. Ils voient encore le monde partagé entre noblesse et bas peuple. C'est une caste qui défend ses privilèges. Mais désormais, les fortunes sont diverses, pas forcément héritées, pas forcément toutes 'blanches'. Et nous, nous voulons un club sportif qui corresponde à 2010, qui soit dans son temps, pas fossilisé." Vision caricaturale !, s'indignent les opposants, qui disent sentir monter les manœuvres de dénigrement et d'intimidation. On les aurait même menacés de passer devant la commission de discipline, qui peut prononcer une exclusion pour comportement contraire à l'éthique du club. Suprême insulte pour les tenants de la tradition.
Pascale Krémer
Un annuaire aux allures de "Who's who"
Dans les cent pages de l'annuaire des membres du Lagardère Paris Racing se côtoient toutes sortes de personnalités. Leurs points communs : habiter exclusivement les quartiers les plus bourgeois de Paris (en tête, loin devant, le 16e arrondissement, suivi des 7e, 8e, 6e, 17e et 15e arrondissements), ou les communes chics des Hauts-de-Seine (Neuilly, Saint-Cloud, Boulogne, Levallois-Perret, Puteaux) et des Yvelines (Le Vésinet, le Chesnay, Chatou…), et s'inscrire souvent en famille. Les patronymes à particule sont légion. Au Racing, les politiques (Dominique de Villepin, Corinne Lepage, l'ancien médaillé olympique de sabre et ex-ministre des sports Jean-François Lamour…) partagent courts de tennis et piscine olympique avec les grandes familles de l'industrie (les Dassault, Bolloré, Pineau-Valencienne, Riboud, Arthus-Bertrand, Bettencourt et autres Lagardère, dont l'héritier, Arnaud, est devenu gestionnaire des lieux), les dirigeants d'entreprise (Christophe Cuvillier, PDG de la Fnac, Marc Ladreit de Lacharrière, du groupe financier Fimalac, Matthieu Pigasse, codirigeant de la banque Lazard…), les producteurs ou réalisateurs de cinéma (Alain Terzian, Xavier Giannoli, Valeria Bruni-Tedeschi…), les gens de plume (Patrick Modiano, Jean-Loup Dabadie) ou de télévision (Bernard de la Villardière, Patrice Duhamel, Alexandre Adler, Alexia Laroche-Joubert…).
mardi 29 juin 2010
L'inventeur de la Swatch est mort
28/06/2010
Nicolas Hayek, fondateur de Swatch Group est décédé lundi, à l'âge de 82
«Je me reposerai quand je serai mort.» L'heure est venue pour le fondateur de Swatch Group, numéro un mondial de l'horlogerie, Nicolas G. Hayek, décédé d'une crise cardiaque lundi, en début d'après-midi à son bureau, au siège de l'entreprise à Bienne, en Suisse. À 82 ans, cet infatigable entrepreneur n'avait jamais décroché de sa passion pour son groupe, dont il était toujours président et administrateur délégué, même si, depuis 2003, il en avait confié la gestion opérationnelle à son fils Nick. Arborant toujours au moins trois montres à ses deux bras, cet homme visionnaire a sauvé l'industrie horlogère suisse au bord du gouffre il y a trente ans.
Nicolas Hayek est né à Beyrouth le 19 février 1928, dans une famille chrétienne. Il fait ses études chez les pères jésuites avant d'obtenir une licence en mathématiques et physique à l'université de Lyon. Sa première expérience professionnelle l'amène à Zurich, où il effectue un stage dans une compagnie de réassurance. C'est là aussi qu'il rencontre sa femme, dont le père possède une fonderie spécialisée dans la fabrication de freins de wagons des trains suisses. Le jeune immigré apprend le suisse-allemand et est propulsé à la tête de l'entreprise lorsque son beau-père est victime d'une attaque cérébrale. C'est là qu'il apprend sur le tas les problématiques industrielles, une découverte qui deviendra le moteur de son existence.
Fort de cette expérience, il fonde en 1963 son cabinet de conseil Hayek Engineering, à Zurich, qui emploie 250 consultants au bout d'un an. Il obtient à ce moment-là la nationalité suisse. Il devient une sorte de gourou de l'industrie du pays, travaillant aussi bien pour Nestlé que pour l'armée.
C'est dans ce cadre qu'il est sollicité, au début des années 1980, pour mener une étude sur le sort de l'industrie horlogère suisse, mise à mal par la concurrence du quartz japonais. Son analyse est sans pitié : la Suisse n'a plus qu'une part de marché ridicule dans les montres abordables, campant sur son fortin du très haut de gamme. Il décide de prendre le contre-pied de cette évolution jugée inéluctable. «J'ai décidé d'attaquer le gros du marché avec des montres à moins de 100 euros produites en Suisse», racontait-il.
Un empire de 19 marques
Son postulat : une industrie ne peut survivre sans s'appuyer sur des volumes. Partant de ce credo, il propose de fusionner deux sociétés moribondes, SSIH, propriétaire des marques Omega et Tissot, et Asuag, détenteur de Longines, Rado et notamment des composants ETA. La même année, il amorce une révolution en lançant la première montre en plastique, à quartz, fabriquée en Suisse : la Swatch. Vendue à 50 francs suisses (soit 38 euros aujourd'hui). Il en aura écoulé 400 millions d'exemplaires dans le monde entier jusqu'à ce jour. Ce succès populaire lui permet contre toute attente de s'imposer comme le roi de la montre de luxe. Ainsi, il rachète Breguet, Blancpain, Jaquet Droz, Glasshüte Originals, Léon Hatot, et développe les lignes horlogères de Calvin Klein et Tiffany.
Fort de 19 marques, l'empire pesait en 2009 un chiffre d'affaires de 5,4 milliards de francs suisses (4 milliards d'euros) et emploie 24 000 personnes dans ses quelque 160 usines. Son groupe fournit l'essentiel des composants de l'industrie horlogère suisse, ce qui donne à Swatch l'occasion de faire la pluie et le beau temps, notamment à travers ses menaces régulières d'arrêter de livrer en mouvements les concurrents.
Cela n'empêchait pas citizen Hayek de garder un œil avisé sur la marche du monde. Consultant, on l'a vu soutenir un rapport devant la commission parlementaire de la défense sur l'achat de chars d'assaut pour faire économiser un milliard de francs suisses à son pays ou refuser de vendre aux Américains des composants de quartz utilisés dans leurs missiles lors de la guerre en Irak.
Celui qui, dit-on, aurait contribué à créer 350 000 emplois dans le monde refusait de prendre la main-d'œuvre comme une variable d'ajustement. Face à la profonde crise qui a frappé le secteur en 2008 et 2009, il s'est efforcé de ne pas licencier, à l'inverse de la plupart des autres marques. Bien qu'il ait introduit son groupe en Bourse, ce patron à la fois humain et mégalomane invectivait régulièrement les analystes financiers et investisseurs, critiqués pour leur courte vue et leur avidité. «Aujourd'hui encore, je remercie les analystes financiers et tous ceux qui m'ont déconseillé de reprendre en main l'horlogerie suisse dont plus personne ne voulait, il y a trente ans. Ces gens ont fait de moi un milliardaire», nous confiait-il en octobre 2006.
Sa vision idéalisée du monde moderne s'est parfois heurtée à des contraintes matérielles. La petite voiture conçue en partenariat avec Mercedes, la Smart, a été un échec pour lui. Dernièrement, il investissait dans l'énergie solaire, convaincu que c'était le seul moyen de sauver la planète. «J'ai bu la vie comme un assoiffé, nous confiait-il encore il y a peu, et je peux vous dire qu'elle a un goût sensationnel.»
Nicolas Hayek, fondateur de Swatch Group est décédé lundi, à l'âge de 82
«Je me reposerai quand je serai mort.» L'heure est venue pour le fondateur de Swatch Group, numéro un mondial de l'horlogerie, Nicolas G. Hayek, décédé d'une crise cardiaque lundi, en début d'après-midi à son bureau, au siège de l'entreprise à Bienne, en Suisse. À 82 ans, cet infatigable entrepreneur n'avait jamais décroché de sa passion pour son groupe, dont il était toujours président et administrateur délégué, même si, depuis 2003, il en avait confié la gestion opérationnelle à son fils Nick. Arborant toujours au moins trois montres à ses deux bras, cet homme visionnaire a sauvé l'industrie horlogère suisse au bord du gouffre il y a trente ans.
Nicolas Hayek est né à Beyrouth le 19 février 1928, dans une famille chrétienne. Il fait ses études chez les pères jésuites avant d'obtenir une licence en mathématiques et physique à l'université de Lyon. Sa première expérience professionnelle l'amène à Zurich, où il effectue un stage dans une compagnie de réassurance. C'est là aussi qu'il rencontre sa femme, dont le père possède une fonderie spécialisée dans la fabrication de freins de wagons des trains suisses. Le jeune immigré apprend le suisse-allemand et est propulsé à la tête de l'entreprise lorsque son beau-père est victime d'une attaque cérébrale. C'est là qu'il apprend sur le tas les problématiques industrielles, une découverte qui deviendra le moteur de son existence.
Fort de cette expérience, il fonde en 1963 son cabinet de conseil Hayek Engineering, à Zurich, qui emploie 250 consultants au bout d'un an. Il obtient à ce moment-là la nationalité suisse. Il devient une sorte de gourou de l'industrie du pays, travaillant aussi bien pour Nestlé que pour l'armée.
C'est dans ce cadre qu'il est sollicité, au début des années 1980, pour mener une étude sur le sort de l'industrie horlogère suisse, mise à mal par la concurrence du quartz japonais. Son analyse est sans pitié : la Suisse n'a plus qu'une part de marché ridicule dans les montres abordables, campant sur son fortin du très haut de gamme. Il décide de prendre le contre-pied de cette évolution jugée inéluctable. «J'ai décidé d'attaquer le gros du marché avec des montres à moins de 100 euros produites en Suisse», racontait-il.
Un empire de 19 marques
Son postulat : une industrie ne peut survivre sans s'appuyer sur des volumes. Partant de ce credo, il propose de fusionner deux sociétés moribondes, SSIH, propriétaire des marques Omega et Tissot, et Asuag, détenteur de Longines, Rado et notamment des composants ETA. La même année, il amorce une révolution en lançant la première montre en plastique, à quartz, fabriquée en Suisse : la Swatch. Vendue à 50 francs suisses (soit 38 euros aujourd'hui). Il en aura écoulé 400 millions d'exemplaires dans le monde entier jusqu'à ce jour. Ce succès populaire lui permet contre toute attente de s'imposer comme le roi de la montre de luxe. Ainsi, il rachète Breguet, Blancpain, Jaquet Droz, Glasshüte Originals, Léon Hatot, et développe les lignes horlogères de Calvin Klein et Tiffany.
Fort de 19 marques, l'empire pesait en 2009 un chiffre d'affaires de 5,4 milliards de francs suisses (4 milliards d'euros) et emploie 24 000 personnes dans ses quelque 160 usines. Son groupe fournit l'essentiel des composants de l'industrie horlogère suisse, ce qui donne à Swatch l'occasion de faire la pluie et le beau temps, notamment à travers ses menaces régulières d'arrêter de livrer en mouvements les concurrents.
Cela n'empêchait pas citizen Hayek de garder un œil avisé sur la marche du monde. Consultant, on l'a vu soutenir un rapport devant la commission parlementaire de la défense sur l'achat de chars d'assaut pour faire économiser un milliard de francs suisses à son pays ou refuser de vendre aux Américains des composants de quartz utilisés dans leurs missiles lors de la guerre en Irak.
Celui qui, dit-on, aurait contribué à créer 350 000 emplois dans le monde refusait de prendre la main-d'œuvre comme une variable d'ajustement. Face à la profonde crise qui a frappé le secteur en 2008 et 2009, il s'est efforcé de ne pas licencier, à l'inverse de la plupart des autres marques. Bien qu'il ait introduit son groupe en Bourse, ce patron à la fois humain et mégalomane invectivait régulièrement les analystes financiers et investisseurs, critiqués pour leur courte vue et leur avidité. «Aujourd'hui encore, je remercie les analystes financiers et tous ceux qui m'ont déconseillé de reprendre en main l'horlogerie suisse dont plus personne ne voulait, il y a trente ans. Ces gens ont fait de moi un milliardaire», nous confiait-il en octobre 2006.
Sa vision idéalisée du monde moderne s'est parfois heurtée à des contraintes matérielles. La petite voiture conçue en partenariat avec Mercedes, la Smart, a été un échec pour lui. Dernièrement, il investissait dans l'énergie solaire, convaincu que c'était le seul moyen de sauver la planète. «J'ai bu la vie comme un assoiffé, nous confiait-il encore il y a peu, et je peux vous dire qu'elle a un goût sensationnel.»
vendredi 11 juin 2010
Israel’s Greatest Loss: Its Moral Imagination
If a people who so recently experienced such unspeakable inhumanities cannot understand the injustice and suffering its territorial ambitions are inflicting, what hope is there for the rest of us?
By By Henry Siegman
Following Israel’s bloody interdiction of the Gaza Flotilla, I called a life-long friend in Israel to inquire about the mood of the country. My friend, an intellectual and a kind and generous man, has nevertheless long sided with Israeli hardliners. Still, I was entirely unprepared for his response. He told me—in a voice trembling with emotion—that the world’s outpouring of condemnation of Israel is reminiscent of the dark period of the Hitler era.
He told me most everyone in Israel felt that way, with the exception of Meretz, a small Israeli pro-peace party. “But for all practical purposes,” he said, “they are Arabs.”
Like me, my friend personally experienced those dark Hitler years, having lived under Nazi occupation, as did so many of Israel’s Jewish citizens. I was therefore stunned by the analogy. He went on to say that the so-called human rights activists on the Turkish ship were in fact terrorists and thugs paid to assault Israeli authorities to provoke an incident that would discredit the Jewish state. The evidence for this, he said, is that many of these activists were found by Israeli authorities to have on them ten thousand dollars, “exactly the same amount!” he exclaimed.
When I managed to get over the shock of that exchange, it struck me that the invocation of the Hitler era was actually a frighteningly apt and searing analogy, although not the one my friend intended. A million and a half civilians have been forced to live in an open-air prison in inhuman conditions for over three years now, but unlike the Hitler years, they are not Jews but Palestinians. Their jailers, incredibly, are survivors of the Holocaust, or their descendants. Of course, the inmates of Gaza are not destined for gas chambers, as the Jews were, but they have been reduced to a debased and hopeless existence.
Fully 80% of Gaza’s population lives on the edge of malnutrition, depending on international charities for their daily nourishment. According to the UN and World Health authorities, Gaza’s children suffer from dramatically increased morbidity that will affect and shorten the lives of many of them. This obscenity is a consequence of a deliberate and carefully calculated Israeli policy aimed at de-developing Gaza by destroying not only its economy but its physical and social infrastructure while sealing it hermitically from the outside world.
Particularly appalling is that this policy has been the source of amusement for some Israeli leaders, who according to Israeli press reports have jokingly described it as “putting Palestinians on a diet.” That, too, is reminiscent of the Hitler years, when Jewish suffering amused the Nazis.
Another feature of that dark era were absurd conspiracies attributed to the Jews by otherwise intelligent and cultured Germans. Sadly, even smart Jews are not immune to that disease. Is it really conceivable that Turkish activists who were supposedly paid ten thousand dollars each would bring that money with them on board the ship knowing they would be taken into custody by Israeli authorities?
That intelligent and moral people, whether German or Israeli, can convince themselves of such absurdities (a disease that also afflicts much of the Arab world) is the enigma that goes to the heart of the mystery of how even the most civilized societies can so quickly shed their most cherished values and regress to the most primitive impulses toward the Other, without even being aware they have done so. It must surely have something to do with a deliberate repression of the moral imagination that enables people to identify with the Other’s plight. Pirkey Avot, a collection of ethical admonitions that is part of the Talmud, urges: “Do not judge your fellow man until you are able to imagine standing in his place.”
Of course, even the most objectionable Israeli policies do not begin to compare with Hitler’s Germany. But the essential moral issues are the same. How would Jews have reacted to their tormentors had they been consigned to the kind of existence Israel has imposed on Gaza’s population? Would they not have seen human rights activists prepared to risk their lives to call their plight to the world’s attention as heroic, even if they had beaten up commandos trying to prevent their effort? Did Jews admire British commandos who boarded and diverted ships carrying illegal Jewish immigrants to Palestine in the aftermath of World War II, as most Israelis now admire Israel’s naval commandos?
Who would have believed that an Israeli government and its Jewish citizens would seek to demonize and shut down Israeli human rights organizations for their lack of “patriotism,” and dismiss fellow Jews who criticized the assault on the Gaza Flotilla as “Arabs,” pregnant with all the hateful connotations that word has acquired in Israel, not unlike Germans who branded fellow citizens who spoke up for Jews as “Juden”? The German White Rose activists, mostly students from the University of Munich, who dared to condemn the German persecution of the Jews (well before the concentration camp exterminations began) were also considered “traitors” by their fellow Germans, who did not mourn the beheading of these activists by the Gestapo.
So, yes, there is reason for Israelis, and for Jews generally, to think long and hard about the dark Hitler era at this particular time. For the significance of the Gaza Flotilla incident lies not in the questions raised about violations of international law on the high seas, or even about “who assaulted who” first on the Turkish ship, the Mavi Marmara, but in the larger questions raised about our common human condition by Israel’s occupation policies and its devastation of Gaza’s civilian population.
If a people who so recently experienced on its own flesh such unspeakable inhumanities cannot muster the moral imagination to understand the injustice and suffering its territorial ambitions—and even its legitimate security concerns—are inflicting on another people, what hope is there for the rest of us?
Henry Siegman, director of the U.S./Middle East Project, is a visiting research professor at the Sir Joseph Hotung Middle East Program, School of Oriental and African Studies, University of London. He is a former Senior Fellow on the Middle East at the Council on Foreign Relations and, before that, was national director of the American Jewish Congress from 1978 to 1994.
By By Henry Siegman
Following Israel’s bloody interdiction of the Gaza Flotilla, I called a life-long friend in Israel to inquire about the mood of the country. My friend, an intellectual and a kind and generous man, has nevertheless long sided with Israeli hardliners. Still, I was entirely unprepared for his response. He told me—in a voice trembling with emotion—that the world’s outpouring of condemnation of Israel is reminiscent of the dark period of the Hitler era.
He told me most everyone in Israel felt that way, with the exception of Meretz, a small Israeli pro-peace party. “But for all practical purposes,” he said, “they are Arabs.”
Like me, my friend personally experienced those dark Hitler years, having lived under Nazi occupation, as did so many of Israel’s Jewish citizens. I was therefore stunned by the analogy. He went on to say that the so-called human rights activists on the Turkish ship were in fact terrorists and thugs paid to assault Israeli authorities to provoke an incident that would discredit the Jewish state. The evidence for this, he said, is that many of these activists were found by Israeli authorities to have on them ten thousand dollars, “exactly the same amount!” he exclaimed.
When I managed to get over the shock of that exchange, it struck me that the invocation of the Hitler era was actually a frighteningly apt and searing analogy, although not the one my friend intended. A million and a half civilians have been forced to live in an open-air prison in inhuman conditions for over three years now, but unlike the Hitler years, they are not Jews but Palestinians. Their jailers, incredibly, are survivors of the Holocaust, or their descendants. Of course, the inmates of Gaza are not destined for gas chambers, as the Jews were, but they have been reduced to a debased and hopeless existence.
Fully 80% of Gaza’s population lives on the edge of malnutrition, depending on international charities for their daily nourishment. According to the UN and World Health authorities, Gaza’s children suffer from dramatically increased morbidity that will affect and shorten the lives of many of them. This obscenity is a consequence of a deliberate and carefully calculated Israeli policy aimed at de-developing Gaza by destroying not only its economy but its physical and social infrastructure while sealing it hermitically from the outside world.
Particularly appalling is that this policy has been the source of amusement for some Israeli leaders, who according to Israeli press reports have jokingly described it as “putting Palestinians on a diet.” That, too, is reminiscent of the Hitler years, when Jewish suffering amused the Nazis.
Another feature of that dark era were absurd conspiracies attributed to the Jews by otherwise intelligent and cultured Germans. Sadly, even smart Jews are not immune to that disease. Is it really conceivable that Turkish activists who were supposedly paid ten thousand dollars each would bring that money with them on board the ship knowing they would be taken into custody by Israeli authorities?
That intelligent and moral people, whether German or Israeli, can convince themselves of such absurdities (a disease that also afflicts much of the Arab world) is the enigma that goes to the heart of the mystery of how even the most civilized societies can so quickly shed their most cherished values and regress to the most primitive impulses toward the Other, without even being aware they have done so. It must surely have something to do with a deliberate repression of the moral imagination that enables people to identify with the Other’s plight. Pirkey Avot, a collection of ethical admonitions that is part of the Talmud, urges: “Do not judge your fellow man until you are able to imagine standing in his place.”
Of course, even the most objectionable Israeli policies do not begin to compare with Hitler’s Germany. But the essential moral issues are the same. How would Jews have reacted to their tormentors had they been consigned to the kind of existence Israel has imposed on Gaza’s population? Would they not have seen human rights activists prepared to risk their lives to call their plight to the world’s attention as heroic, even if they had beaten up commandos trying to prevent their effort? Did Jews admire British commandos who boarded and diverted ships carrying illegal Jewish immigrants to Palestine in the aftermath of World War II, as most Israelis now admire Israel’s naval commandos?
Who would have believed that an Israeli government and its Jewish citizens would seek to demonize and shut down Israeli human rights organizations for their lack of “patriotism,” and dismiss fellow Jews who criticized the assault on the Gaza Flotilla as “Arabs,” pregnant with all the hateful connotations that word has acquired in Israel, not unlike Germans who branded fellow citizens who spoke up for Jews as “Juden”? The German White Rose activists, mostly students from the University of Munich, who dared to condemn the German persecution of the Jews (well before the concentration camp exterminations began) were also considered “traitors” by their fellow Germans, who did not mourn the beheading of these activists by the Gestapo.
So, yes, there is reason for Israelis, and for Jews generally, to think long and hard about the dark Hitler era at this particular time. For the significance of the Gaza Flotilla incident lies not in the questions raised about violations of international law on the high seas, or even about “who assaulted who” first on the Turkish ship, the Mavi Marmara, but in the larger questions raised about our common human condition by Israel’s occupation policies and its devastation of Gaza’s civilian population.
If a people who so recently experienced on its own flesh such unspeakable inhumanities cannot muster the moral imagination to understand the injustice and suffering its territorial ambitions—and even its legitimate security concerns—are inflicting on another people, what hope is there for the rest of us?
Henry Siegman, director of the U.S./Middle East Project, is a visiting research professor at the Sir Joseph Hotung Middle East Program, School of Oriental and African Studies, University of London. He is a former Senior Fellow on the Middle East at the Council on Foreign Relations and, before that, was national director of the American Jewish Congress from 1978 to 1994.
mardi 8 juin 2010
Jacques Attali: "Il faudra trouver entre 20 et 30 milliards par an à partir de 2011"
LE MONDE pour Le Monde.fr | 03.06.10 | 15h54 • Mis à jour le 08.06.10 | 18h38
L'intégralité du débat avec Jacques Attali, président de la Commission pour la libération de la croissance française, mardi 8 juin, à 16 h 30.
ate : Que pensez-vous des mesures annoncées à ce jour par le gouvernement français pour réduire le déficit (réduction des dépenses de fonctionnement et d'investissement de 10 % sur trois ans, regagner 6 milliards sur les niches fiscales..)? Est-ce que cela peut suffire pour ramener le déficit à 3% en 2013 ?
Jacques Attali : Non, je ne pense pas. Je ne pense pas d'ailleurs que le gouvernement le croie. Il faudra trouver entre 20 et 30 milliards par an à partir de 2011, en dépenses ou en recettes.
GM : Vous ne cessez de présenter l'inflation comme une solution dramatique parce qu'elle lèserait les salariés et les classes moyennes. Ne croyez-vous pas qu'au contraire elle est, si elle reste raisonnable, un moyen très efficace d'alléger le poids des dettes et, selon l'expression fameuse, "d'euthanasier les rentiers" ?
Premièrement, l'inflation est un impôt sur les pauvres, car ils ne savent pas se protéger en plaçant au mieux leur épargne. Deuxièmement, aujourd'hui, à la différence du passé, les taux d'intérêt sur la dette augmenteraient très vite et feraient perdre par le coût du service ce qu'on gagnerait en capital.
jacklittle : Raisonnablement, le gouvernement ou plutôt le président, pour trouver les 95/100 milliards qui lui faut pour revenir à 3% du PIB en 2013, peut-il, sans langue de bois de votre part, faire l'impasse sur une augmentation des impôts, assumée ou pas ?
Il serait mieux de le faire avec des économies, mais l'augmentation des recettes est sans doute inévitable, ne serait-ce que par des mesures déjà annoncées, telles que la réduction des niches fiscales ou l'allongement de la durée du travail.
Sami Benchoufi : Ne pensez-vous pas qu'il faut plutôt encourager les Francais à désépargner (la France a un des taux d'épargne les plus important d'Europe) plutôt que de les effrayer avec des politiques de rigueur trop drastiques qui créeraient de facto"des prophéties autoréalisatrices" ?
Il faut dire la vérité aux Français et ne pas les prendre par surprise lorsque les mesures difficiles seront nécessaires. Si on l'avait fait depuis très longtemps, on n'en serait pas là aujourd'hui.
Cyril : Comment jugez-vous le projet de "nouveau modèle de développement économique, social et écologique", élaboré par le PS, au vu des défis budgétaires et financiers que vous évoquez dans votre essai "Tous ruinés dans dix ans?" ? Le PS vous semble t-il avoir pris la mesure de ces enjeux ?
Pour l'instant, c'est un manifeste plus qu'un projet. J'attends donc de voir le chiffrage.
Nicolas : Dans quelle mesure doit-on craindre une nouvelle flambée des matières premières provoquée notamment par la solide croissance chinoise ? Cette flambée pourrait-elle briser les espoirs de reprise à moyen terme en Occident ?
Si cette flambée a lieu, elle est largement compensée en Europe par la baisse de l'euro. Et elle aurait l'avantage de solvabiliser ceux qui achètent nos produits en même temps que nous pousser à faire des économies de matières premières. Elle n'aurait donc pas que des inconvénients.
fernand : "Ce pays n'a plus confiance en lui", avez-vous dit aux députés récemment. Confiance en lui-même ou en ses dirigeants?
Les deux.
bleuet : En une trentaine d'années, vous êtes passé de la transition vers le socialisme à la française à une forne ultra-libérale de société. Comment expliquez-vous votre propre revirement, au moment où justement le modèle d'un capitalisme débridé, dérégulé, prend eau de toute part ? N'est-il pas temps de passer à la décroissance dans les pays riches ?
Je n'ai pas changé de perspective, je reste convaincu qu'il faut un gouvernement mondial, dont j'ai décrit les contours dans plusieurs de mes livres, et qu'à l'échelle de l'Europe et de la France, il faut aller vers une social-démocratie altruiste, que je décris aussi dans plusieurs de mes livres. Si le temps nous en était laissé, je pourrais vous démontrer la cohérence point par point de mes livres et de mon action.
Quant à la décroissance, elle ne ferait qu'aggraver le poids de la dette sans régler en rien le problème de l'environnement, qui exige, non pas de croître moins mais de produire autrement.
Adrien Gévaudan : La crise de ces dernières semaines prouve que, contrairement à ce que l'on pensait, l'endettement des Etats ne peut se régler par l'émission continuelle de nouvelles obligations. Pourquoi, alors que cela était tout à fait acceptable auparavant, en est-on arrivé à un point où l'endettement est devenu si décisif dans la vision que l'on a de la santé économique d'un Etat? Et pourquoi les Etats-Unis et le Japon, avec leurs dettes colossales, échappent-ils à "l'épidémie"?
Tout l'Occident, Japon et Etats-Unis compris, est menacé de perdre la confiance des prêteurs. Le Japon est protégé parce que la totalité de ses prêteurs sont japonais. Les Etats-Unis sont protégés parce qu'ils ont la plus grande armée du monde.
L'Europe, au contraire, qui est moins endettée que les Etats-Unis et le Japon, est menacée parce qu'elle emprunte à l'extérieur et parce qu'elle n'a pas d'autorité politique propre.
Mélih : La dévaluation de l'euro dans la zone européenne accroîtra-t-elle le chômage et les dettes de la France?
A priori, au contraire, la baisse de l'euro devrait avoir un effet positif sur la croissance.
Denise : Giscard regrette la déréliction du tandem franco-allemand, que Mitterrand lui-même avait renforcé avec Helmut Kohl. Pensez-vous que la France peut relancer sa croissance sans l'Allemagne? Votre plan ne devrait-il pas être plutôt européen?
Oui, il est essentiel d'avoir un accord franco-allemand et, au-delà, un accord européen. En attendant, il faut quand même agir.
Benoit : Après la crise des subprimes, le mot d'ordre était aux politiques keynesiennes de relance par la dépense publique. Aujourd'hui, la discipline budgétaire impose de les réduire. Comment comprendre ce changement ?
Parce que la dette est bonne quand elle sert à investir, ce qui fut le cas un peu dans le passé. Mais aujourd'hui, elle ne sert qu'à financer les dépenses de fonctionnement, ce qui n'est pas acceptable.
EDE : Est-ce que le grand Emprunt sera maintenu dans les conditions actuelles ?
Je ne sais pas, mais je souhaite qu'il le soit, car il reste le seul accélérateur disponible au moment où il faudra mettre tant de freins à l'économie.
EDE : Quels sont les freins (anglo-saxons ?) qui empêchent encore la régulation des marchés financiers ?
C'est le fait que le système financier anglo-saxon, devenu mondial, n'a aucun intérêt à se priver de moyens de spéculer pour compte propre.
Octave : L'affirmation selon laquelle il y aurait 60 milliards d'euros par an de rentrées possibles simplement en révisant la fiscalité vous paraît-elle crédible ?
On peut augmenter les impôts à l'infini, et cela représenterait beaucoup plus que cela. C'est un choix politique.
RBO : Peut-on craindre un rehaussement de l'inflation visée par la BCE au-delà de 2%? Pourquoi la BCE refuse-t-elle de faire tourner la planche à billets?
Parce que c'est une création de richesse imaginaire qui, à terme, se traduirait par une hausse des taux d'intérêt qui conduirait à la faillite de l'Etat.
gayraud pierre : Peut-on envisager une diminution significative du salaire dans la fonction publique?
Certains pays l'ont fait, d'autres se sont "contentés" de geler les salaires, ce qui revient, en cas d'inflation, à une baisse du pouvoir d'achat des salaires.
Ben : Dans votre livre, vous vous déclarez "optimiste" sur la résolution de la crise de la dette a condition d'adopter dès cette année ou en 2011 des mesures d'économie de 50 a 100 milliards d'euros. Comment cela peut-il vous paraître probable alors que la moindre mesure d'économie provoque grèves et levées de boucliers à gauche (obsédée par les 400 millions d'euros du bouclier fiscal) ?
La gauche et la droite sont toutes les deux responsables d'avoir augmenté les dépenses sans augmenter les recettes. Aujourd'hui, la droite gouverne, c'est à elle de prendre ses responsabilités et de remettre le déficit public à des niveaux raisonnables.
anonyme : Un scénario à la grecque est-il envisageable en France? La France peut-elle se trouver en défaut de paiement sur sa dette dans les trois prochaines années?
Non, je ne le crois absolument pas.
Ben : Une de vos solutions est l'émission d'eurobonds (c'est je crois d'ailleurs ce qui vient d'être décidé). Même si je comprends que cela va faciliter le refinancement des pays les plus faibles (Espagne), en quoi ce rajout de dette va-t-il nous sortir de la crise de la dette? Par ailleurs, de même que cela n'avait pas de sens de fabriquer du AAA avec des subprimes, pourquoi pourrait-on fabriquer du AAA avec de la Grèce, de l'Espagne, du Portugal ?
Vous avez raison, cela pourrait ajouter de la dette à la dette. Mais l'Union européenne n'a absolument aucune dette, et la dette, si elle est utilisée pour investir, est très souhaitable. Des bons du Trésor européens permettraient aux pays européens de mettre de l'ordre chez eux pendant que seraient lancés des projets porteurs de croissance au niveau communautaire.
politiquementcorrect : Allons-nous vers une sortie de la monnaie unique pour les petits Etats fragiles de la zone euro (Grèce, Portugal Irlande...)?
Je ne le crois pas, ils ont pris des mesures très courageuses pour l'éviter.
Bruno : Une agence de notation s'intéresse désormais aux finances publiques du Royaume-Uni: combien de temps nous séparent encore, en France, de la même sollicitude?
Les agences de notation ne sont pas des parangons de vertu, elles sont devenues extrêmement prudentes après avoir été totalement insouciantes. Elles s'intéressent donc à tout pays et chacun doit mettre de l'ordre chez lui pour défendre les intérêts de nos enfants.
anonyme : Que pensez-vous du fonds de stabilisation de 440 milliards de garanties annoncé par l'Eurogroupe hier? Pensez-vous qu'il soit suffisant si la France devait y faire appel?
Je ne pense pas que la France aura jamais besoin de faire appel à un tel fonds. Mais ces montants sont illusoires, car ils supposent l'accord de chaque pays avant d'être mis en oeuvre.
RBO : Concernant une juste répartition des fruits de la croissance, et compte-tenu du débat actuel sur les retraites, ne serait-il pas équitable de taxer les tranches d'âge qui ont connu les périodes les plus fastes afin d'éviter qu'elles n'accaparent tous les biens de la société?
Le partage entre les générations doit être étudié. Cela fait partie des mesures qui devront être étudiées. Même si je suis pour ma part hostile à toute augmentation d'impôt.
RBO : Peut-on craindre une dégradation de la notation de la dette de la France?
Non.
Chat modéré par Chat modéré par Pascal Galinier
L'intégralité du débat avec Jacques Attali, président de la Commission pour la libération de la croissance française, mardi 8 juin, à 16 h 30.
ate : Que pensez-vous des mesures annoncées à ce jour par le gouvernement français pour réduire le déficit (réduction des dépenses de fonctionnement et d'investissement de 10 % sur trois ans, regagner 6 milliards sur les niches fiscales..)? Est-ce que cela peut suffire pour ramener le déficit à 3% en 2013 ?
Jacques Attali : Non, je ne pense pas. Je ne pense pas d'ailleurs que le gouvernement le croie. Il faudra trouver entre 20 et 30 milliards par an à partir de 2011, en dépenses ou en recettes.
GM : Vous ne cessez de présenter l'inflation comme une solution dramatique parce qu'elle lèserait les salariés et les classes moyennes. Ne croyez-vous pas qu'au contraire elle est, si elle reste raisonnable, un moyen très efficace d'alléger le poids des dettes et, selon l'expression fameuse, "d'euthanasier les rentiers" ?
Premièrement, l'inflation est un impôt sur les pauvres, car ils ne savent pas se protéger en plaçant au mieux leur épargne. Deuxièmement, aujourd'hui, à la différence du passé, les taux d'intérêt sur la dette augmenteraient très vite et feraient perdre par le coût du service ce qu'on gagnerait en capital.
jacklittle : Raisonnablement, le gouvernement ou plutôt le président, pour trouver les 95/100 milliards qui lui faut pour revenir à 3% du PIB en 2013, peut-il, sans langue de bois de votre part, faire l'impasse sur une augmentation des impôts, assumée ou pas ?
Il serait mieux de le faire avec des économies, mais l'augmentation des recettes est sans doute inévitable, ne serait-ce que par des mesures déjà annoncées, telles que la réduction des niches fiscales ou l'allongement de la durée du travail.
Sami Benchoufi : Ne pensez-vous pas qu'il faut plutôt encourager les Francais à désépargner (la France a un des taux d'épargne les plus important d'Europe) plutôt que de les effrayer avec des politiques de rigueur trop drastiques qui créeraient de facto"des prophéties autoréalisatrices" ?
Il faut dire la vérité aux Français et ne pas les prendre par surprise lorsque les mesures difficiles seront nécessaires. Si on l'avait fait depuis très longtemps, on n'en serait pas là aujourd'hui.
Cyril : Comment jugez-vous le projet de "nouveau modèle de développement économique, social et écologique", élaboré par le PS, au vu des défis budgétaires et financiers que vous évoquez dans votre essai "Tous ruinés dans dix ans?" ? Le PS vous semble t-il avoir pris la mesure de ces enjeux ?
Pour l'instant, c'est un manifeste plus qu'un projet. J'attends donc de voir le chiffrage.
Nicolas : Dans quelle mesure doit-on craindre une nouvelle flambée des matières premières provoquée notamment par la solide croissance chinoise ? Cette flambée pourrait-elle briser les espoirs de reprise à moyen terme en Occident ?
Si cette flambée a lieu, elle est largement compensée en Europe par la baisse de l'euro. Et elle aurait l'avantage de solvabiliser ceux qui achètent nos produits en même temps que nous pousser à faire des économies de matières premières. Elle n'aurait donc pas que des inconvénients.
fernand : "Ce pays n'a plus confiance en lui", avez-vous dit aux députés récemment. Confiance en lui-même ou en ses dirigeants?
Les deux.
bleuet : En une trentaine d'années, vous êtes passé de la transition vers le socialisme à la française à une forne ultra-libérale de société. Comment expliquez-vous votre propre revirement, au moment où justement le modèle d'un capitalisme débridé, dérégulé, prend eau de toute part ? N'est-il pas temps de passer à la décroissance dans les pays riches ?
Je n'ai pas changé de perspective, je reste convaincu qu'il faut un gouvernement mondial, dont j'ai décrit les contours dans plusieurs de mes livres, et qu'à l'échelle de l'Europe et de la France, il faut aller vers une social-démocratie altruiste, que je décris aussi dans plusieurs de mes livres. Si le temps nous en était laissé, je pourrais vous démontrer la cohérence point par point de mes livres et de mon action.
Quant à la décroissance, elle ne ferait qu'aggraver le poids de la dette sans régler en rien le problème de l'environnement, qui exige, non pas de croître moins mais de produire autrement.
Adrien Gévaudan : La crise de ces dernières semaines prouve que, contrairement à ce que l'on pensait, l'endettement des Etats ne peut se régler par l'émission continuelle de nouvelles obligations. Pourquoi, alors que cela était tout à fait acceptable auparavant, en est-on arrivé à un point où l'endettement est devenu si décisif dans la vision que l'on a de la santé économique d'un Etat? Et pourquoi les Etats-Unis et le Japon, avec leurs dettes colossales, échappent-ils à "l'épidémie"?
Tout l'Occident, Japon et Etats-Unis compris, est menacé de perdre la confiance des prêteurs. Le Japon est protégé parce que la totalité de ses prêteurs sont japonais. Les Etats-Unis sont protégés parce qu'ils ont la plus grande armée du monde.
L'Europe, au contraire, qui est moins endettée que les Etats-Unis et le Japon, est menacée parce qu'elle emprunte à l'extérieur et parce qu'elle n'a pas d'autorité politique propre.
Mélih : La dévaluation de l'euro dans la zone européenne accroîtra-t-elle le chômage et les dettes de la France?
A priori, au contraire, la baisse de l'euro devrait avoir un effet positif sur la croissance.
Denise : Giscard regrette la déréliction du tandem franco-allemand, que Mitterrand lui-même avait renforcé avec Helmut Kohl. Pensez-vous que la France peut relancer sa croissance sans l'Allemagne? Votre plan ne devrait-il pas être plutôt européen?
Oui, il est essentiel d'avoir un accord franco-allemand et, au-delà, un accord européen. En attendant, il faut quand même agir.
Benoit : Après la crise des subprimes, le mot d'ordre était aux politiques keynesiennes de relance par la dépense publique. Aujourd'hui, la discipline budgétaire impose de les réduire. Comment comprendre ce changement ?
Parce que la dette est bonne quand elle sert à investir, ce qui fut le cas un peu dans le passé. Mais aujourd'hui, elle ne sert qu'à financer les dépenses de fonctionnement, ce qui n'est pas acceptable.
EDE : Est-ce que le grand Emprunt sera maintenu dans les conditions actuelles ?
Je ne sais pas, mais je souhaite qu'il le soit, car il reste le seul accélérateur disponible au moment où il faudra mettre tant de freins à l'économie.
EDE : Quels sont les freins (anglo-saxons ?) qui empêchent encore la régulation des marchés financiers ?
C'est le fait que le système financier anglo-saxon, devenu mondial, n'a aucun intérêt à se priver de moyens de spéculer pour compte propre.
Octave : L'affirmation selon laquelle il y aurait 60 milliards d'euros par an de rentrées possibles simplement en révisant la fiscalité vous paraît-elle crédible ?
On peut augmenter les impôts à l'infini, et cela représenterait beaucoup plus que cela. C'est un choix politique.
RBO : Peut-on craindre un rehaussement de l'inflation visée par la BCE au-delà de 2%? Pourquoi la BCE refuse-t-elle de faire tourner la planche à billets?
Parce que c'est une création de richesse imaginaire qui, à terme, se traduirait par une hausse des taux d'intérêt qui conduirait à la faillite de l'Etat.
gayraud pierre : Peut-on envisager une diminution significative du salaire dans la fonction publique?
Certains pays l'ont fait, d'autres se sont "contentés" de geler les salaires, ce qui revient, en cas d'inflation, à une baisse du pouvoir d'achat des salaires.
Ben : Dans votre livre, vous vous déclarez "optimiste" sur la résolution de la crise de la dette a condition d'adopter dès cette année ou en 2011 des mesures d'économie de 50 a 100 milliards d'euros. Comment cela peut-il vous paraître probable alors que la moindre mesure d'économie provoque grèves et levées de boucliers à gauche (obsédée par les 400 millions d'euros du bouclier fiscal) ?
La gauche et la droite sont toutes les deux responsables d'avoir augmenté les dépenses sans augmenter les recettes. Aujourd'hui, la droite gouverne, c'est à elle de prendre ses responsabilités et de remettre le déficit public à des niveaux raisonnables.
anonyme : Un scénario à la grecque est-il envisageable en France? La France peut-elle se trouver en défaut de paiement sur sa dette dans les trois prochaines années?
Non, je ne le crois absolument pas.
Ben : Une de vos solutions est l'émission d'eurobonds (c'est je crois d'ailleurs ce qui vient d'être décidé). Même si je comprends que cela va faciliter le refinancement des pays les plus faibles (Espagne), en quoi ce rajout de dette va-t-il nous sortir de la crise de la dette? Par ailleurs, de même que cela n'avait pas de sens de fabriquer du AAA avec des subprimes, pourquoi pourrait-on fabriquer du AAA avec de la Grèce, de l'Espagne, du Portugal ?
Vous avez raison, cela pourrait ajouter de la dette à la dette. Mais l'Union européenne n'a absolument aucune dette, et la dette, si elle est utilisée pour investir, est très souhaitable. Des bons du Trésor européens permettraient aux pays européens de mettre de l'ordre chez eux pendant que seraient lancés des projets porteurs de croissance au niveau communautaire.
politiquementcorrect : Allons-nous vers une sortie de la monnaie unique pour les petits Etats fragiles de la zone euro (Grèce, Portugal Irlande...)?
Je ne le crois pas, ils ont pris des mesures très courageuses pour l'éviter.
Bruno : Une agence de notation s'intéresse désormais aux finances publiques du Royaume-Uni: combien de temps nous séparent encore, en France, de la même sollicitude?
Les agences de notation ne sont pas des parangons de vertu, elles sont devenues extrêmement prudentes après avoir été totalement insouciantes. Elles s'intéressent donc à tout pays et chacun doit mettre de l'ordre chez lui pour défendre les intérêts de nos enfants.
anonyme : Que pensez-vous du fonds de stabilisation de 440 milliards de garanties annoncé par l'Eurogroupe hier? Pensez-vous qu'il soit suffisant si la France devait y faire appel?
Je ne pense pas que la France aura jamais besoin de faire appel à un tel fonds. Mais ces montants sont illusoires, car ils supposent l'accord de chaque pays avant d'être mis en oeuvre.
RBO : Concernant une juste répartition des fruits de la croissance, et compte-tenu du débat actuel sur les retraites, ne serait-il pas équitable de taxer les tranches d'âge qui ont connu les périodes les plus fastes afin d'éviter qu'elles n'accaparent tous les biens de la société?
Le partage entre les générations doit être étudié. Cela fait partie des mesures qui devront être étudiées. Même si je suis pour ma part hostile à toute augmentation d'impôt.
RBO : Peut-on craindre une dégradation de la notation de la dette de la France?
Non.
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lundi 7 juin 2010
Guide: Gaza under blockade
By Heather Sharp
BBC News, Jerusalem
The Gaza Strip has been under a heightened Israeli blockade since the militant group Hamas seized control in June 2007. Israel wants to weaken Hamas, end its rockets attacks against Israeli towns and get back captured soldier Gilad Shalit.
Amnesty International has dubbed the blockade "collective punishment" resulting in a "humanitarian crisis"; UN officials have described the situation as "grim", "deteriorating" and a "medieval siege", but Israel says there are no shortages in Gaza, pointing to the aid it allows in.
What gets in and out of Gaza, and what impact has it had?
OVERVIEW: WHAT GETS IN
For much of the three years since Hamas took control of Gaza, its 1.5m people have relied on less than a quarter of the volume of imported supplies they received in December 2005.
In the wake of the Hamas takeover, Israel said it would allow only basic humanitarian supplies into the Strip. It has a list of dual-use items such as steel pipes and fertiliser which it says could be used to manufacture weapons.
These are not allowed in, with the exception of "special humanitarian cases". Other than that, no specific list of what is and is not allowed in has been published, and items gaining entry vary over time.
The UN relief agency for Palestinian refugees Unrwa's list of household items that have been refused entry at various times includes light bulbs, candles, matches, books, musical instruments, crayons, clothing, shoes, mattresses, sheets, blankets, pasta, tea, coffee, chocolate, nuts, shampoo and conditioner.
GOODS ALLOWED INTO GAZA
# Canned meat and tuna, but not canned fruit
# Mineral water, but not fruit juice
# Sesame paste (tahini) but not jam
# Tea and coffee but not chocolate
Many other items - ranging from cars to fridges to computers - are generally refused entry.
Building materials such as cement, concrete and wood were nearly always refused entry until early 2010, when some glass, wood, cement and aluminium were allowed in.
During the six month truce between Israel and Hamas, which began in June 2008, and in early 2010, the volume and range of goods increased with trucks of shoes and clothes entering Gaza.
Israel says Hamas has diverted aid in the past, and could appropriate building materials for its own use. Aid agencies say they have stringent monitoring systems in place.
FOOD
Aid agencies operating in Gaza say they have largely been able to continue to transport basic supplies such as flour and cooking oil into the territory.
But the UN's Food and Agriculture Organisation says 61% of Gazans are "food insecure".
According to the UN agency for Palestinian refugees, Unrwa, 80% of Gazan households rely on some kind of food aid.
Unrwa provides food aid for 750,000 people, half the population.
Its food distribution has been suspended several times since June 2007 as a result of border closures or fuel shortages.
Israel usually says crossings are closed for security reasons, pointing to occasions when Palestinian militants have attacked the crossings or fired barrages of rockets into Israel.
Unrwa rations provide about two-thirds of dietary needs, and so need to be supplemented by dairy products, meat, fish and fresh fruit and vegetables. Some of these items are grown locally, some allowed in from Israel, and some smuggled in through tunnels under the Egypt-Gaza border.
But with the Palestinian Bureau of Statistics estimating unemployment at 38.6% in early 2010, some Gazans cannot afford the basics, even if they are physically available.
Unrwa says the number of Gazan that it helps who are unable to buy basic items such as soap, stationary and safe drinking water has tripled since 2007.
A UN survey in 2008 found more than half Gaza's households had sold their disposable assets and were relying on credit to buy food, three-quarters of Gazans were buying less food than in the past, and almost all were eating less fresh fruit, vegetables and animal protein to save money.
The Israeli military operation in December and January 2009 disrupted food aid transfer and distribution significantly, as well as causing what the UN FAO estimates at $180m of damage to the agricultural sector.
According to the World Health Organization, one third of children under five and women of childbearing age are anaemic.
FUEL AND POWER
In September 2007, the Israeli government declared the Strip a "hostile entity" in response to continued rocket attacks on southern Israel, and said it would start cutting fuel imports.
At times, petrol and diesel shortages have caused major problems. Donkey carts are a common sight in Gaza. Vehicle fuel enters from Egypt through the tunnels.
According to information complied by Oxfam, no petrol or diesel for vehicles has been allowed in from Israel since November 2008, except for fuel for UN cars and five other shipments in three years.
The amount of cooking gas allowed in has generally fluctuated between about a third and a half of requirements, Oxfam figures show.
ELECTRICITY
Gaza's electricity supply is made up of 144MW from Israel, 17MW from Egypt and the rest from an EU-run power plant in Gaza which can generate up to 80MW.
The power plant's fuel is usually brought in through the main fuel entry point, the Nahal Oz crossing. The plant has shut down completely several times after running out of fuel because the crossing was closed. It was out of fuel for most of the Israeli operation in January 2009, leaving two-thirds of Gazans without power at the height of the crisis.
Since early 2008, the power plant has received enough fuel to operate at only about two-thirds of its capacity - in line with an Israeli Supreme Court ruling which set a minimum amount of fuel that Israel must allow into Gaza.
Figures monitored by international agencies show fuel deliveries dropped even below these minimums at several points in the first half of 2008.
In late 2009, the responsibility for funding the fuel was transferred from the EU to the Ramallah-based Palestinian Authority - since then the amount of fuel supplied has declined. In April and May 2010, fuel supply fluctuated, with the plant able to operate at between 20 and 50% of its capacity.
Power cuts remain frequent. Research by Oxfam in April 2010 showed houses across Gaza without power for 35-60 hours a week.
SEWAGE AND WATER
The blockade has taken its toll on Gaza's water and sewage network. Lack of spare parts has made repairs difficult. Intermittent power supplies have made pumps reliant on generators, which in turn have lacked spare parts and fuel.
The WHO says Operation Cast Lead worsened an already bad situation. Before the operation, it says Gazans had only half the water they needed according to international standards, and 80% of water supplied did not meet WHO drinking standards.
At the height of the January fighting, half of Gaza's population had no access to piped water.
Gaza's sewage treatment body estimates that at least 50m litres of raw or poorly-treated sewage is released into the sea daily.
Some of Gaza's sewage is stored in huge lagoons, one of which burst in 2007 causing at least five deaths.
BUSINESSES
Overall, the UN says the blockade has caused the economy "irreversible damage". Unemployment has soared from 30% in 2007 to 40% in 2008, according to the World Bank, though it dropped slightly in early 2010. The UN says that when aid is discounted, 70% of Gazan families live on less than a dollar a day per person.
The closures have devastated the private sector. Before 2007, up to about 750 trucks of furniture, food products, textiles and agricultural produce left Gaza each month, worth half a million US dollars a day.
Under the blockade, the only exports allowed have been a small number of trucks of strawberries and flowers - although the situation improved slightly in early 2010, with 118 trucks leaving between December 2009 to April 2010.
Even production for local needs has come to a virtual standstill because raw materials are usually refused entry
According to Israeli rights organisation Gisha, small containers of margarine are allowed in for household consumption, but not large buckets, which might be used for industrial food manufacturing.
Some industrial premises have resumed limited production using goods brought in from the tunnels.
Before the blockade, 3,900 industrial premises were operating, employing 35,000 people - by June 2008, only 90 were still functioning, employing only 860, according to the Palestinian Trade Center. The situation improved slightly during the truce.
An estimated total of $140m of damage was done to Gaza businesses during the December and January military operation, according to a Palestinian business body, the Palestinian Private Sector Coordinating Council.
AGRICULTURE
Agriculture is also an important employer, but with exports at almost zero, thousands of tonnes of flowers, fruit and vegetables have been destroyed or sold at a loss on the local market.
Other food production has also been affected - for example, rising fishermen's fuel costs pushed up the price of sardines, and one poultry farmer had to slaughter 165,000 chicks because he did not have the fuel for the incubators to keep them alive.
The UN's FAO says $180m of trees, fields, livestock, greenhouses and nurseries were destroyed during operation Cast Lead. The Palestinian Authority estimates 15% of agricultural land was destroyed.
The FAO says the closed borders are a major obstacle to reconstruction, with fertilizer, livestock, seedlings and agricultural equipment in short supply.
Israel says that in 2010 it has allowed potato seeds, eggs for reproduction, bees and fertiliser that could not be used to manufacture explosives into the Strip.
CONSTRUCTION
Restrictions on construction materials, particularly cement, and spare parts for machinery, have had a big impact on projects ranging from water treatment to grave digging. Reconstruction of buildings and infrastructure destroyed in the 2009 Israeli operations in Gaza has been virtually impossible.
The UN says restrictions on cement have made the reconstruction of 12,000 Palestinian homes damaged or destroyed in Israeli military operations "impossible".
It says it has not been able to build schools to house 15,000 new pupils, necessary because of population growth since the blockade began.
A few hundred tonnes of cement entered Gaza in the first half of 2010, but aid organisations say this is a fraction of the need - Gisha says 70,000 tonnes arrived monthly before the blockade.
Even before operation Cast Lead, all factories making construction materials had shut down (13 making tiles, 30 concrete, 145 marble and 250 making bricks), and the building of roads, water and sanitation infrastructure, medical facilities, schools and housing was on hold.
During the truce, some trucks of cement and gravel began to enter Gaza, but the volume was well below the need, and the flow stopped as the truce fell apart.
MEDICAL CARE
The World Health Organization says the blockade has lead to a general "worsening of the health conditions of the population" and "accelerated the degeneration" of the health system.
Israel generally allows medicines into Gaza. The WHO says that shortages of drugs are a problem, with 15-30% of essential drugs out of stock over 2009. But it blames problems in the supply chain, including the rift between Fatah and Hamas.
However it says the blockade is a major factor in the "dire state" of much of Gaza's medical equipment, with delays in approval of machines and spare parts, and engineers denied access to fit them.
The medical system has also struggled with lack of spare parts and, at times, fuel for back-up generators, and lack of building work because of the shortage of materials.
Before Operation Cast Lead, Gaza had only 133 hospital beds per 100,000 population, compared to 583 in Israel, and it lost some of that capacity in the fighting.
Six hospitals suffered damage, including one that had a new building completely destroyed, another lost two whole floors.
Gaza is simply not equipped to treat many severe cases.
According to Israeli figures, 10,544 patients and their companions left the Gaza Strip for medical treatment in Israel in 2009.
But the WHO says that in December 2009, permission for 21% of patients was denied or delayed, and 27 patients in total died during the year while waiting for referrals to Israel.
The Rafah crossing into Egypt has been closed since June 2007, although special medical cases are sporadically allowed to pass through it.
Israel says extensive security screening is necessary, as it says three people with permits to leave for medical reasons have been found to be planning attacks in Israel.
It also says it has offered to facilitate passage through Israel to Jordan for Palestinians it refuses permits to on security grounds.
Story from BBC NEWS:
http://news.bbc.co.uk/go/pr/fr/-/2/hi/middle_east/7545636.stm
Published: 2010/05/31 11:10:11 GMT
BBC News, Jerusalem
The Gaza Strip has been under a heightened Israeli blockade since the militant group Hamas seized control in June 2007. Israel wants to weaken Hamas, end its rockets attacks against Israeli towns and get back captured soldier Gilad Shalit.
Amnesty International has dubbed the blockade "collective punishment" resulting in a "humanitarian crisis"; UN officials have described the situation as "grim", "deteriorating" and a "medieval siege", but Israel says there are no shortages in Gaza, pointing to the aid it allows in.
What gets in and out of Gaza, and what impact has it had?
OVERVIEW: WHAT GETS IN
For much of the three years since Hamas took control of Gaza, its 1.5m people have relied on less than a quarter of the volume of imported supplies they received in December 2005.
In the wake of the Hamas takeover, Israel said it would allow only basic humanitarian supplies into the Strip. It has a list of dual-use items such as steel pipes and fertiliser which it says could be used to manufacture weapons.
These are not allowed in, with the exception of "special humanitarian cases". Other than that, no specific list of what is and is not allowed in has been published, and items gaining entry vary over time.
The UN relief agency for Palestinian refugees Unrwa's list of household items that have been refused entry at various times includes light bulbs, candles, matches, books, musical instruments, crayons, clothing, shoes, mattresses, sheets, blankets, pasta, tea, coffee, chocolate, nuts, shampoo and conditioner.
GOODS ALLOWED INTO GAZA
# Canned meat and tuna, but not canned fruit
# Mineral water, but not fruit juice
# Sesame paste (tahini) but not jam
# Tea and coffee but not chocolate
Many other items - ranging from cars to fridges to computers - are generally refused entry.
Building materials such as cement, concrete and wood were nearly always refused entry until early 2010, when some glass, wood, cement and aluminium were allowed in.
During the six month truce between Israel and Hamas, which began in June 2008, and in early 2010, the volume and range of goods increased with trucks of shoes and clothes entering Gaza.
Israel says Hamas has diverted aid in the past, and could appropriate building materials for its own use. Aid agencies say they have stringent monitoring systems in place.
FOOD
Aid agencies operating in Gaza say they have largely been able to continue to transport basic supplies such as flour and cooking oil into the territory.
But the UN's Food and Agriculture Organisation says 61% of Gazans are "food insecure".
According to the UN agency for Palestinian refugees, Unrwa, 80% of Gazan households rely on some kind of food aid.
Unrwa provides food aid for 750,000 people, half the population.
Its food distribution has been suspended several times since June 2007 as a result of border closures or fuel shortages.
Israel usually says crossings are closed for security reasons, pointing to occasions when Palestinian militants have attacked the crossings or fired barrages of rockets into Israel.
Unrwa rations provide about two-thirds of dietary needs, and so need to be supplemented by dairy products, meat, fish and fresh fruit and vegetables. Some of these items are grown locally, some allowed in from Israel, and some smuggled in through tunnels under the Egypt-Gaza border.
But with the Palestinian Bureau of Statistics estimating unemployment at 38.6% in early 2010, some Gazans cannot afford the basics, even if they are physically available.
Unrwa says the number of Gazan that it helps who are unable to buy basic items such as soap, stationary and safe drinking water has tripled since 2007.
A UN survey in 2008 found more than half Gaza's households had sold their disposable assets and were relying on credit to buy food, three-quarters of Gazans were buying less food than in the past, and almost all were eating less fresh fruit, vegetables and animal protein to save money.
The Israeli military operation in December and January 2009 disrupted food aid transfer and distribution significantly, as well as causing what the UN FAO estimates at $180m of damage to the agricultural sector.
According to the World Health Organization, one third of children under five and women of childbearing age are anaemic.
FUEL AND POWER
In September 2007, the Israeli government declared the Strip a "hostile entity" in response to continued rocket attacks on southern Israel, and said it would start cutting fuel imports.
At times, petrol and diesel shortages have caused major problems. Donkey carts are a common sight in Gaza. Vehicle fuel enters from Egypt through the tunnels.
According to information complied by Oxfam, no petrol or diesel for vehicles has been allowed in from Israel since November 2008, except for fuel for UN cars and five other shipments in three years.
The amount of cooking gas allowed in has generally fluctuated between about a third and a half of requirements, Oxfam figures show.
ELECTRICITY
Gaza's electricity supply is made up of 144MW from Israel, 17MW from Egypt and the rest from an EU-run power plant in Gaza which can generate up to 80MW.
The power plant's fuel is usually brought in through the main fuel entry point, the Nahal Oz crossing. The plant has shut down completely several times after running out of fuel because the crossing was closed. It was out of fuel for most of the Israeli operation in January 2009, leaving two-thirds of Gazans without power at the height of the crisis.
Since early 2008, the power plant has received enough fuel to operate at only about two-thirds of its capacity - in line with an Israeli Supreme Court ruling which set a minimum amount of fuel that Israel must allow into Gaza.
Figures monitored by international agencies show fuel deliveries dropped even below these minimums at several points in the first half of 2008.
In late 2009, the responsibility for funding the fuel was transferred from the EU to the Ramallah-based Palestinian Authority - since then the amount of fuel supplied has declined. In April and May 2010, fuel supply fluctuated, with the plant able to operate at between 20 and 50% of its capacity.
Power cuts remain frequent. Research by Oxfam in April 2010 showed houses across Gaza without power for 35-60 hours a week.
SEWAGE AND WATER
The blockade has taken its toll on Gaza's water and sewage network. Lack of spare parts has made repairs difficult. Intermittent power supplies have made pumps reliant on generators, which in turn have lacked spare parts and fuel.
The WHO says Operation Cast Lead worsened an already bad situation. Before the operation, it says Gazans had only half the water they needed according to international standards, and 80% of water supplied did not meet WHO drinking standards.
At the height of the January fighting, half of Gaza's population had no access to piped water.
Gaza's sewage treatment body estimates that at least 50m litres of raw or poorly-treated sewage is released into the sea daily.
Some of Gaza's sewage is stored in huge lagoons, one of which burst in 2007 causing at least five deaths.
BUSINESSES
Overall, the UN says the blockade has caused the economy "irreversible damage". Unemployment has soared from 30% in 2007 to 40% in 2008, according to the World Bank, though it dropped slightly in early 2010. The UN says that when aid is discounted, 70% of Gazan families live on less than a dollar a day per person.
The closures have devastated the private sector. Before 2007, up to about 750 trucks of furniture, food products, textiles and agricultural produce left Gaza each month, worth half a million US dollars a day.
Under the blockade, the only exports allowed have been a small number of trucks of strawberries and flowers - although the situation improved slightly in early 2010, with 118 trucks leaving between December 2009 to April 2010.
Even production for local needs has come to a virtual standstill because raw materials are usually refused entry
According to Israeli rights organisation Gisha, small containers of margarine are allowed in for household consumption, but not large buckets, which might be used for industrial food manufacturing.
Some industrial premises have resumed limited production using goods brought in from the tunnels.
Before the blockade, 3,900 industrial premises were operating, employing 35,000 people - by June 2008, only 90 were still functioning, employing only 860, according to the Palestinian Trade Center. The situation improved slightly during the truce.
An estimated total of $140m of damage was done to Gaza businesses during the December and January military operation, according to a Palestinian business body, the Palestinian Private Sector Coordinating Council.
AGRICULTURE
Agriculture is also an important employer, but with exports at almost zero, thousands of tonnes of flowers, fruit and vegetables have been destroyed or sold at a loss on the local market.
Other food production has also been affected - for example, rising fishermen's fuel costs pushed up the price of sardines, and one poultry farmer had to slaughter 165,000 chicks because he did not have the fuel for the incubators to keep them alive.
The UN's FAO says $180m of trees, fields, livestock, greenhouses and nurseries were destroyed during operation Cast Lead. The Palestinian Authority estimates 15% of agricultural land was destroyed.
The FAO says the closed borders are a major obstacle to reconstruction, with fertilizer, livestock, seedlings and agricultural equipment in short supply.
Israel says that in 2010 it has allowed potato seeds, eggs for reproduction, bees and fertiliser that could not be used to manufacture explosives into the Strip.
CONSTRUCTION
Restrictions on construction materials, particularly cement, and spare parts for machinery, have had a big impact on projects ranging from water treatment to grave digging. Reconstruction of buildings and infrastructure destroyed in the 2009 Israeli operations in Gaza has been virtually impossible.
The UN says restrictions on cement have made the reconstruction of 12,000 Palestinian homes damaged or destroyed in Israeli military operations "impossible".
It says it has not been able to build schools to house 15,000 new pupils, necessary because of population growth since the blockade began.
A few hundred tonnes of cement entered Gaza in the first half of 2010, but aid organisations say this is a fraction of the need - Gisha says 70,000 tonnes arrived monthly before the blockade.
Even before operation Cast Lead, all factories making construction materials had shut down (13 making tiles, 30 concrete, 145 marble and 250 making bricks), and the building of roads, water and sanitation infrastructure, medical facilities, schools and housing was on hold.
During the truce, some trucks of cement and gravel began to enter Gaza, but the volume was well below the need, and the flow stopped as the truce fell apart.
MEDICAL CARE
The World Health Organization says the blockade has lead to a general "worsening of the health conditions of the population" and "accelerated the degeneration" of the health system.
Israel generally allows medicines into Gaza. The WHO says that shortages of drugs are a problem, with 15-30% of essential drugs out of stock over 2009. But it blames problems in the supply chain, including the rift between Fatah and Hamas.
However it says the blockade is a major factor in the "dire state" of much of Gaza's medical equipment, with delays in approval of machines and spare parts, and engineers denied access to fit them.
The medical system has also struggled with lack of spare parts and, at times, fuel for back-up generators, and lack of building work because of the shortage of materials.
Before Operation Cast Lead, Gaza had only 133 hospital beds per 100,000 population, compared to 583 in Israel, and it lost some of that capacity in the fighting.
Six hospitals suffered damage, including one that had a new building completely destroyed, another lost two whole floors.
Gaza is simply not equipped to treat many severe cases.
According to Israeli figures, 10,544 patients and their companions left the Gaza Strip for medical treatment in Israel in 2009.
But the WHO says that in December 2009, permission for 21% of patients was denied or delayed, and 27 patients in total died during the year while waiting for referrals to Israel.
The Rafah crossing into Egypt has been closed since June 2007, although special medical cases are sporadically allowed to pass through it.
Israel says extensive security screening is necessary, as it says three people with permits to leave for medical reasons have been found to be planning attacks in Israel.
It also says it has offered to facilitate passage through Israel to Jordan for Palestinians it refuses permits to on security grounds.
Story from BBC NEWS:
http://news.bbc.co.uk/go/pr/fr/-/2/hi/middle_east/7545636.stm
Published: 2010/05/31 11:10:11 GMT
mardi 1 juin 2010
Une fable contemporaine, par Martin Wolf
LE MONDE ECONOMIE | 31.05.10 | 15h14 • Mis à jour le 31.05.10 | 15h14
out le monde connaît la fable La Cigale et la Fourmi. La paresseuse cigale chante pendant tout l'été tandis que la fourmi fait des provisions pour l'hiver. Quand arrivent les grands froids, la cigale supplie la fourmi de lui donner de quoi manger. La fourmi refuse et la cigale se meurt de faim. La morale de cette histoire ? L'oisiveté est mère du besoin.
Aujourd'hui, les fourmis sont allemandes, chinoises et japonaises, et les cigales américaines, britanniques, grecques, irlandaises et espagnoles. Les fourmis produisent des biens alléchants que les cigales désirent acheter. Ces dernières demandent aux premières si elles souhaitent quelque chose en retour. "Non, répondent les fourmis. Vous n'avez rien de ce que nous voulons, sauf peut-être une maison au bord de la mer. Nous vous prêterons de l'argent. Ainsi, vous profiterez de nos produits et nous accumulerons des fonds."
Cigales et fourmis sont heureuses. De nature frugale et prudente, les fourmis déposent leurs recettes excédentaires dans des banques supposées sûres, lesquelles prêtent à leur tour aux cigales. Ces dernières, du coup, n'ont plus besoin de produire des biens, puisque les fourmis leur fournissent à bas prix ce dont elles ont besoin. Mais les fourmis ne leur vendent pas de maisons, de centres commerciaux ni d'ensembles de bureaux. Alors ce sont les cigales qui les construisent.
Elles demandent même aux fourmis de venir exécuter le travail. Puis les cigales constatent qu'avec tout l'argent qui afflue chez elles, le prix des terrains augmente. Aussi elles empruntent plus, construisent plus et dépensent plus. Et devant la prospérité des colonies de cigales, les fourmis disent à leurs banquiers de prêter encore plus aux cigales.
La fourmillière allemande se trouve tout près de plusieurs petites colonies de cigales. "Nous voulons être vos amies, disent les fourmis allemandes. Aussi, pourquoi n'utiliserions-nous pas toutes la même monnaie ? Mais d'abord, vous devez promettre de toujours vous comporter, à l'avenir, comme des fourmis." Les cigales doivent donc passer un test en se comportant comme des fourmis pendant quelques années. Elles obtempèrent, et obtiennent le droit d'adopter la monnaie commune.
Pendant quelque temps, tout le monde vit heureux. Mais, un jour, dans les colonies de cigales, le prix des terrains finit par atteindre son pic. Cela provoque bien entendu la nervosité des banques des fourmis, qui demandent à récupérer leur argent. Les cigales débitrices sont contraintes de vendre, ce qui entraîne des faillites en chaîne, stoppe les chantiers de construction chez les cigales, mais tarit aussi les achats par les cigales des produits des fourmis. Les emplois disparaissent aussi bien dans les colonies de cigales que dans les nids de fourmis, et les déficits budgétaires se creusent de manière abyssale, surtout dans les colonies de cigales.
Les fourmis allemandes s'aperçoivent alors que leurs réserves de richesses ne valent pas grand-chose, puisque les cigales ne peuvent rien leur fournir de ce qu'elles voudraient, à part des maisons à bas prix au soleil. Les banques des fourmis ont alors le choix entre passer les mauvais prêts par profits et pertes, ou convaincre les gouvernements des fourmis de donner encore plus d'argent des fourmis aux colonies de cigales.
Les gouvernements des fourmis préfèrent adopter la seconde solution, qu'on appelle "plan de sauvetage". En même temps, ils demandent aux gouvernements des cigales d'augmenter les impôts et de réduire les dépenses. A présent, leur disent-ils, vous devez vraiment vous comporter comme des fourmis. Les colonies de cigales entrent donc dans une profonde récession.
Mais les cigales ne peuvent toujours pas proposer aux fourmis des biens que celles-ci voudraient acquérir, pour la simple raison qu'elles ne savent pas les produire. Et du fait que les cigales ne peuvent plus emprunter pour acheter des produits aux fourmis, elles commencent à crier famine. Les fourmis allemandes finissent par annuler les dettes que les cigales ont envers elles. Mais, sans tirer les leçons de l'expérience, elles vendent leurs produits ailleurs, en échange de nouvelles dettes.
Il se trouve qu'il existe d'autres nids de fourmis de par le monde. L'Asie, en particulier, en possède beaucoup. L'un des plus riches, le Japon, ressemble à l'Allemagne. Le nid chinois, quoique beaucoup plus vaste, est aussi bien plus pauvre. L'un et l'autre veulent s'enrichir en vendant des produits peu coûteux aux cigales et en les rendant débitrices à leur égard. Le nid chinois va même jusqu'à fixer le taux international de sa monnaie à un niveau qui garantit l'extrême bas prix de ses produits.
EN VERITE, L'AMERIQUE EST BIEN UNE COLONIE DE CIGALES
Heureusement pour les Asiatiques, il existe une très grosse colonie de cigales extrêmement industrieuses qu'on appelle Amérique. En vérité, l'Amérique est bien une colonie de cigales puisque sa devise est : "In Shopping We Trust". Les nids asiatiques entretiennent avec l'Amérique une relation semblable à celle de l'Allemagne avec ses voisins. Les fourmis asiatiques accumulent des montagnes de dettes de cigales et se sentent riches.
Il y a pourtant une différence. Quand la crise frappe l'Amérique, que les cigales y cessent d'emprunter et que le déficit budgétaire explose, le gouvernement ne dit pas "La situation est dangereuse, nous devons réduire les dépenses", mais au contraire "Nous devons dépenser encore plus afin que l'économie continue de tourner." Le déficit budgétaire atteint des proportions gigantesques.
Cela suscite la nervosité des Asiatiques. Aussi le chef du nid chinois dit à l'Amérique : "Nous autres, qui sommes vos créanciers, insistons pour que vous cessiez d'emprunter, tout comme les cigales européennes." Cela provoque l'hilarité du chef de la colonie américaine : "Nous ne vous avons jamais demandé de nous prêter cet argent. Nous vous avons même dit que c'était une folie. Nous voulons faire en sorte que les cigales américaines aient des emplois. Si vous ne voulez pas nous prêter de l'argent, vous n'avez qu'à apprécier le taux de votre monnaie. Ainsi nous pourrons produire ce que nous vous achetions auparavant, et vous n'aurez plus à nous accorder de prêt." L'Amérique donne à ses créanciers une vieille leçon : "Si vous devez 100 dollars à votre banque, vous avez un problème ; si vous lui devez 100 millions, c'est elle qui en a un."
Le chef chinois ne veut pas reconnaître que l'immense tas de dettes américaines qu'il a accumulées dans son nid ne lui sera jamais remboursé à la valeur qu'il a coûté. Mais les Chinois veulent continuer à produire des biens peu coûteux pour les étrangers. La Chine se résout donc à acheter de nouvelles dettes américaines.
Mais plusieurs décennies plus tard, les Chinois disent aux Américains : "A présent nous voudrions que vous nous fournissiez des produits en échange des dettes que vous avez envers nous." Nouvel éclat de rire des cigales américaines, qui s'empressent de réduire la valeur de la dette. Les fourmis perdent leurs économies et certaines commencent à mourir de faim.
La morale de cette fable ? Si vous voulez constituer une richesse durable, ne prêtez pas aux cigales.
Cette chronique de Martin Wolf, éditorialiste économique, est publiée en partenariat exclusif avec le "Financial Times". © FT.
(Traduit de l'anglais par Gilles Berton)
Article paru dans l'édition du 01.06.10
out le monde connaît la fable La Cigale et la Fourmi. La paresseuse cigale chante pendant tout l'été tandis que la fourmi fait des provisions pour l'hiver. Quand arrivent les grands froids, la cigale supplie la fourmi de lui donner de quoi manger. La fourmi refuse et la cigale se meurt de faim. La morale de cette histoire ? L'oisiveté est mère du besoin.
Aujourd'hui, les fourmis sont allemandes, chinoises et japonaises, et les cigales américaines, britanniques, grecques, irlandaises et espagnoles. Les fourmis produisent des biens alléchants que les cigales désirent acheter. Ces dernières demandent aux premières si elles souhaitent quelque chose en retour. "Non, répondent les fourmis. Vous n'avez rien de ce que nous voulons, sauf peut-être une maison au bord de la mer. Nous vous prêterons de l'argent. Ainsi, vous profiterez de nos produits et nous accumulerons des fonds."
Cigales et fourmis sont heureuses. De nature frugale et prudente, les fourmis déposent leurs recettes excédentaires dans des banques supposées sûres, lesquelles prêtent à leur tour aux cigales. Ces dernières, du coup, n'ont plus besoin de produire des biens, puisque les fourmis leur fournissent à bas prix ce dont elles ont besoin. Mais les fourmis ne leur vendent pas de maisons, de centres commerciaux ni d'ensembles de bureaux. Alors ce sont les cigales qui les construisent.
Elles demandent même aux fourmis de venir exécuter le travail. Puis les cigales constatent qu'avec tout l'argent qui afflue chez elles, le prix des terrains augmente. Aussi elles empruntent plus, construisent plus et dépensent plus. Et devant la prospérité des colonies de cigales, les fourmis disent à leurs banquiers de prêter encore plus aux cigales.
La fourmillière allemande se trouve tout près de plusieurs petites colonies de cigales. "Nous voulons être vos amies, disent les fourmis allemandes. Aussi, pourquoi n'utiliserions-nous pas toutes la même monnaie ? Mais d'abord, vous devez promettre de toujours vous comporter, à l'avenir, comme des fourmis." Les cigales doivent donc passer un test en se comportant comme des fourmis pendant quelques années. Elles obtempèrent, et obtiennent le droit d'adopter la monnaie commune.
Pendant quelque temps, tout le monde vit heureux. Mais, un jour, dans les colonies de cigales, le prix des terrains finit par atteindre son pic. Cela provoque bien entendu la nervosité des banques des fourmis, qui demandent à récupérer leur argent. Les cigales débitrices sont contraintes de vendre, ce qui entraîne des faillites en chaîne, stoppe les chantiers de construction chez les cigales, mais tarit aussi les achats par les cigales des produits des fourmis. Les emplois disparaissent aussi bien dans les colonies de cigales que dans les nids de fourmis, et les déficits budgétaires se creusent de manière abyssale, surtout dans les colonies de cigales.
Les fourmis allemandes s'aperçoivent alors que leurs réserves de richesses ne valent pas grand-chose, puisque les cigales ne peuvent rien leur fournir de ce qu'elles voudraient, à part des maisons à bas prix au soleil. Les banques des fourmis ont alors le choix entre passer les mauvais prêts par profits et pertes, ou convaincre les gouvernements des fourmis de donner encore plus d'argent des fourmis aux colonies de cigales.
Les gouvernements des fourmis préfèrent adopter la seconde solution, qu'on appelle "plan de sauvetage". En même temps, ils demandent aux gouvernements des cigales d'augmenter les impôts et de réduire les dépenses. A présent, leur disent-ils, vous devez vraiment vous comporter comme des fourmis. Les colonies de cigales entrent donc dans une profonde récession.
Mais les cigales ne peuvent toujours pas proposer aux fourmis des biens que celles-ci voudraient acquérir, pour la simple raison qu'elles ne savent pas les produire. Et du fait que les cigales ne peuvent plus emprunter pour acheter des produits aux fourmis, elles commencent à crier famine. Les fourmis allemandes finissent par annuler les dettes que les cigales ont envers elles. Mais, sans tirer les leçons de l'expérience, elles vendent leurs produits ailleurs, en échange de nouvelles dettes.
Il se trouve qu'il existe d'autres nids de fourmis de par le monde. L'Asie, en particulier, en possède beaucoup. L'un des plus riches, le Japon, ressemble à l'Allemagne. Le nid chinois, quoique beaucoup plus vaste, est aussi bien plus pauvre. L'un et l'autre veulent s'enrichir en vendant des produits peu coûteux aux cigales et en les rendant débitrices à leur égard. Le nid chinois va même jusqu'à fixer le taux international de sa monnaie à un niveau qui garantit l'extrême bas prix de ses produits.
EN VERITE, L'AMERIQUE EST BIEN UNE COLONIE DE CIGALES
Heureusement pour les Asiatiques, il existe une très grosse colonie de cigales extrêmement industrieuses qu'on appelle Amérique. En vérité, l'Amérique est bien une colonie de cigales puisque sa devise est : "In Shopping We Trust". Les nids asiatiques entretiennent avec l'Amérique une relation semblable à celle de l'Allemagne avec ses voisins. Les fourmis asiatiques accumulent des montagnes de dettes de cigales et se sentent riches.
Il y a pourtant une différence. Quand la crise frappe l'Amérique, que les cigales y cessent d'emprunter et que le déficit budgétaire explose, le gouvernement ne dit pas "La situation est dangereuse, nous devons réduire les dépenses", mais au contraire "Nous devons dépenser encore plus afin que l'économie continue de tourner." Le déficit budgétaire atteint des proportions gigantesques.
Cela suscite la nervosité des Asiatiques. Aussi le chef du nid chinois dit à l'Amérique : "Nous autres, qui sommes vos créanciers, insistons pour que vous cessiez d'emprunter, tout comme les cigales européennes." Cela provoque l'hilarité du chef de la colonie américaine : "Nous ne vous avons jamais demandé de nous prêter cet argent. Nous vous avons même dit que c'était une folie. Nous voulons faire en sorte que les cigales américaines aient des emplois. Si vous ne voulez pas nous prêter de l'argent, vous n'avez qu'à apprécier le taux de votre monnaie. Ainsi nous pourrons produire ce que nous vous achetions auparavant, et vous n'aurez plus à nous accorder de prêt." L'Amérique donne à ses créanciers une vieille leçon : "Si vous devez 100 dollars à votre banque, vous avez un problème ; si vous lui devez 100 millions, c'est elle qui en a un."
Le chef chinois ne veut pas reconnaître que l'immense tas de dettes américaines qu'il a accumulées dans son nid ne lui sera jamais remboursé à la valeur qu'il a coûté. Mais les Chinois veulent continuer à produire des biens peu coûteux pour les étrangers. La Chine se résout donc à acheter de nouvelles dettes américaines.
Mais plusieurs décennies plus tard, les Chinois disent aux Américains : "A présent nous voudrions que vous nous fournissiez des produits en échange des dettes que vous avez envers nous." Nouvel éclat de rire des cigales américaines, qui s'empressent de réduire la valeur de la dette. Les fourmis perdent leurs économies et certaines commencent à mourir de faim.
La morale de cette fable ? Si vous voulez constituer une richesse durable, ne prêtez pas aux cigales.
Cette chronique de Martin Wolf, éditorialiste économique, est publiée en partenariat exclusif avec le "Financial Times". © FT.
(Traduit de l'anglais par Gilles Berton)
Article paru dans l'édition du 01.06.10
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