jeudi 29 octobre 2009

Khemaïs Chammari : Je ne me résous pas à l'idée d'appeler au boycott des élections en Tunisie"

Khemaïs Chammari, ex-secrétaire général de la Ligue tunisienne des droits de l'homme
LEMONDE.FR | 23.10.09 | 15h52 • Mis à jour le 23.10.09 | 17h49

chid : La population tunisienne aspire t-elle réellement à la démocratie ? Le raisonnement du tunisien moyen n'est-il pas, en effet, qu'il vaut mieux vivre dans une dictature calme et prospère que dans une démocratie pauvre ?

Khemaïs Chammari : Ce raisonnement existe, il est répandu, surtout au niveau des classes moyennes, qui ont des velléités d'émancipation mais qui le plus souvent sont frileuses. En revanche, au niveau des plus modestes, le problème, c'est l'urgence des questions alimentaires et le quotidien, qui est tributaire, à tous les niveaux, de la carte du "Parti".

Enfin, il y a ce que Béatrice Hibou, dans sa remarquable thèse, appelle la "force de l'obéissance". Elle y explique les ressorts de la peur et de l'apparente soumission qui peut faire place à des explosions imprévisibles. Pour les intellectuels et pour les secteurs politisés de l'opinion, la démocratie est une aspiration. Pour les autres, il y a d'autres urgences.

Ali Bin Fodel : On sait que la situation des droits de l'homme en Tunisie est particulièrement mauvaise, que la presse et le paysage politique sont ficelés. Parallèlement, la Tunisie est aussi un des pays les plus avancés du monde arabe en terme de droits de la femme, de gouvernance économique, de santé et d'éducation. Ben Ali serait-il une sorte de despote éclairé ?

Despote éclairé ? Tout est affaire de définition. Dans ce régime, qui n'a de nom dans aucun droit constitutionnel, je parlerai plutôt de "tyrannie élective", selon la formule d'un politologue tunisien de renom.

Alors, bien sûr, il y a eu l'effort depuis Bourguiba en matière d'éducation, mais sur ce plan, les impasses aujourd'hui sont réelles, et sont illustrées par la proportion très inquiétante de chômeurs diplômés. Les droits de la femme, incontestablement, sont un acquis majeur. Légué par Bourguiba.

Sur le papier et au niveau des textes, la Tunisie est un pays avancé. Dans les faits, c'est de plus en plus aléatoire, car nombre de magistrats sont influencés par les idées conservatrices religieuses et ont une interprétation réductrice de la loi islamique. Enfin, le pouvoir instrumentalise de façon tellement excessive cet acquis en matière de droits des femmes que cela en devient contre-productif.

Profilo : Ne croyez vous pas que la vraie opposition (Ahmed Brahim ) devrait boycotter les élections au lieu de donner du crédit aux yeux du monde en se présentant.

C'est un vrai dilemme. A mon âge, et compte tenu de mon itinéraire, je ne me résous pas à l'idée d'appeler au boycott. D'autant plus que le rapport de force fait que le boycott ne peut pas être véritablement actif. Il demande souvent du courage, mais il s'agit d'une attitude plutôt passive.

A côté des deux candidats faire-valoir, de l'opposition de décor – qui est calquée sur l'opposition officielle des pays de l'Est européen d'avant la chute du mur de Berlin –, il y a, comme vous le dites, la candidature d'Ahmed Brahim qui, d'entrée de jeu, a expliqué qu'il ne ferait pas de la figuration et qu'il concevait cette bataille comme une compétition d'égal à égal avec le chef de l'Etat. Ce qui lui a valu les foudres du pouvoir.

C'est donc dans des conditions de pression et de discrimination inacceptables qu'il a été contraint de mener une campagne difficile, mais digne et courageuse, que je soutiens tout à fait.

Dorra : En 1987, plein d'intellectuels tunisiens, de politiques, de partis ont cautionné le putch du général Ben Ali sachant qu'il était un sanguinaire responsable de répressions du mouvement démocratique. Seraient-ils responsables de ce que vivent les Tunisiens et la Tunisie maintenant ?

En 1987, face à une situation déliquescente compte tenu de la sénilité du chef de l'Etat et de l'aggravation de la crise financière et économique, le général Ben Ali est arrivé au pouvoir à la suite de ce qu'on appelle le "coup d'Etat médical". Cela s'est fait pacifiquement et sans effusion de sang. Il a bénéficié d'un très large consensus qui procédait du lâche soulagement que nous avons éprouvé.

Durant plus de dix-huit mois, le nouveau pouvoir a fait illusion, avant la dérive autoritaire, despotique et affairiste qui atteint son paroxysme aujourd'hui. Fallait-il soutenir, même de façon critique ? La question est légitime. J'ai eu pour ma part à faire une autocritique sur le choix que j'ai fait dans la crainte de la contagion algérienne en 1991, de jouer le jeu d'un pluralisme initié par le haut, et j'ai donc été ainsi député, très vite dépité.

Monte Cristo : Ben Ali a éliminé toute opposition crédible, mais de quoi a-t-il peur ? Est-ce qu'il peut être réellement battu à des élections libres ?

Si une consultation relativement libre et transparente était organisée, les pesanteurs sociopolitiques, le poids de l'administration et la confusion entretenue entre celle-ci et le parti gouvernemental feraient que, à mon sens, le président Ben Ali pourrait escompter 60 % à 65 % des voix. Mais sur la base d'une participation qui en réalité n'excéderait pas les 40-50 %.

Alors, pourquoi ne s'y décide-t-il pas ? La réponse, c'est le poids de la tradition du parti unique, de la culture et de la pensée uniques, qui renforce la dérive despotique et autoritaire.

Les photos publiées, y compris dans la presse internationale, sur le meeting de démarrage de la campagne du RCD, sont assez terribles. La comparaison avec le rituel chinois ou nord-coréen n'est pas excessive. Jamais la Tunisie, depuis l'indépendance, n'a connu un rite d'allégeance d'une telle ampleur.

Fred_Robbe : L'image d'un Ben Ali "bouclier" contre la menace islamiste tient-elle encore la route en 2009 ?

C'est une bonne question. Parce que c'est le principal alibi du pouvoir pour justifier le verrouillage institutionnel et politique. Je prétends que le mouvement islamiste En-Nadha, qui a été diabolisé et réprimé de façon implacable, compte parmi les mouvements les plus modérés sur le plan politique du monde arabe et musulman.

Dans le même temps, le pouvoir a laissé se développer, et a même entretenu par ses manies répressives conjuguées avec l'influence des chaînes satellitaires du Moyen-Orient, un courant salafiste et djihadiste opposé à En-Nadha et difficilement contrôlable.

Enfin, il y a la tentation que nombre d'observateurs ultra-laïques feignent d'ignorer. Depuis près de deux ans, en effet, des manœuvres se multiplient pour tenter d'instrumentaliser et de récupérer l'islam politique à partir d'une surenchère piétiste conservatrice. Et c'est le propre gendre du chef de l'Etat, un jeune homme d'affaires à l'ascension financière fulgurante, et futur député à partir de lundi matin, qui s'illustre dans cette démarche risquée.

En quelques mois, il a non seulement acquis le groupe de presse As-Sabah, mais il a lancé Radio Zitouna (Radio Coran), la future chaîne télévisée Zitouna, et la banque islamique Zitouna dont des guichets vont être installés dans tous les bureaux de poste pour capter l'activité bancaire des postes tunisiennes.

Alors, je sais bien que mon choix séculariste sera suspecté par des interrogations à la limite de la perfidie, mais j'essaie d'être un homme de conviction, et ce que je sais en tout cas, c'est qu'il est dérisoire de comparer le pacte national tunisien adopté en novembre 1988 et qui a constitué un acquis très vite voué au tiroir de l'oubli, avec le pacte laïque de Kamel Ataturk, dont le maintien et la sauvegarde ont été assurés aussi par le poids de l'armée en Turquie.

Oussama_Masri : Mais les islamistes ne sont-ils pas la seule alternative réelle ? Ce n'est pas avec une centaine d'intellectuels de salon qu'on gagne une élection !

Je n'aime pas la référence aux intellectuels de salon, elle me paraît vraiment indigne. Car sans jouer à l'ancien combattant, j'ai été torturé à 24 ans, j'ai fait 4 ans et demi de prison en quatre fois, sous le règne de Bourguiba et de Ben Ali, je ne suis pas le seul dans ce cas. Que ceux qui paient le prix de la douleur, du sang et de la solitude nous jettent la pierre. S'ils existent. Mais pour les autres, un peu de retenue.

Alors, les islamistes ? Alternative ? En tout cas, j'espère que si ça devait être un jour le cas, ils ne soient pas seuls à tenir le gouvernail. Car il est bien évident que modérés ou radicaux, ils ont un tronc commun fondamentaliste, dogmatique et qui à mes yeux doit être encadré avec vigilance.

Et puis ce n'est pas une vaine polémique que de dire que l'islamisme a eu pour terreau les manœuvres de nos régimes autocratiques, la répression aveugle, la torture, l'enrichissement massif illicite, et la corruption qui aujourd'hui affecte directement la proximité immédiate du plus haut niveau de l'Etat en Tunisie.

Xavi : Etes vous inquiet des malversations économiques du pouvoir ? Cela peut-il bloquer le développement de la Tunisie ?

Inquiet, sûrement. En termes d'éthique, mais aussi du point de vue politique, pour les raisons que je viens de dire. A cela s'ajoutent les risques réels en termes de gouvernance. J'affirme de ce point de vue que la corruption n'est pas propre à mon pays et que, quand il y a corruption, il y a corrupteur. Dans un système mondial globalisé, dominé par les forces de l'argent.

Mais la lutte contre la corruption, qui est une action de longue haleine, et qui est de l'ordre du politique et de l'éducation, n'est possible que dans un contexte où un minimum d'indépendance de la justice est garanti, et où le pluralisme effectif de la presse connaît des avancées progressives. Ce qui n'est malheureusement pas le cas en Tunisie.

Selim : Dans la mesure où tous les proche de la "belle-famille" de Leïla Ben Ali sont ancrés pour des décennies dans le pouvoir économique, que peuvent faire les Tunisiens ?

Dans les commentaires internationaux, il est beaucoup question du "clan", de la "tribu", et pour ma part, je souhaiterais nuancer un peu le propos, car en focalisant autant sur un groupe, certes très puissant, on risque d'occulter la réalité, qui est celle d'une classe sociale où de fortes solidarités et connivences jouent, pour privilégier le gain facile, l'enrichissement illicite et les prébendes.

Aujourd'hui même, une illustration sur Internet est venue cadrer un peu mieux cette vision des choses. Pour le lancement de la banque islamique Zitouna, quatorze grands barons des milieux d'affaires tunisiens associés à ce projet ont posé pour les photographes et pour la postérité, comme s'ils voulaient faire la preuve que la Tunisie dominante, c'était bien ce club de milliardaires.

Glam : Quelle est la responsabilité des pays occidentaux et, notamment, de la France, dans le maintien de ce régime ? Est-ce que Ben Ali bénéficie d'un soutien particulier de Paris ?

Je ne me fais pas d'illusions sur la façon dont la diplomatie bilatérale et multilatérale agit et sur le poids qu'elle peut avoir pour infléchir le cours des choses dans le sens de la démocratie et de la justice. Car il y a malheureusement la géopolitique et la raison d'Etat, qui débouche souvent sur la déraison d'Etat. Aujourd'hui, donnant la priorité à la stabilité politique – qui est un facteur auquel je suis très sensible –, à la lutte contre le terrorisme et contre l'islamisme radical qui est source de bien des amalgames, les puissances internationales hésitent à marquer leurs distances par rapport au pouvoir.

Le constat unanime des observateurs internationaux sur les atteintes aux droits de l'homme en Tunisie ne semble pas gêner les Etats, et en particulier ceux, européens, du pourtour de la Méditerranée. Entre la référence concrète à la démocratie et à l'Etat de droit et les intérêts commerciaux, le dilemme est à leurs yeux apparemment insurmontable. Et c'est bien dommage, surtout pour ceux d'entre eux qui prétendent incarner la patrie des droits de l'homme.

Myrzek : Que répondez-vous aux personnes qui disent que la Tunisie est un miracle économique ? En évitant une réponse du genre "les chiffres du FMI sont manipulés".

Ce que je dis, c'est qu'il y a une grande opacité au niveau des statistiques officielles, gouvernementales, tunisiennes. Partant de l'idée que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, on nie les retombées de la crise financière et économique récente, on nie le chômage et son ampleur au niveau des jeunes diplômés. Et j'affirme que nous n'avons pas vraiment des références officielles fiables des données macroéconomiques.

Par ailleurs, on galvaude les images des pays "émergents", des "dragons" – et la Tunisie serait le dragon de la Méditerranée –, et je ne pense pas que le débat sur ces approches soit constructif.

Ce qui est certain, c'est qu'en Tunisie il y a un Etat, des structures administratives et technocratiques qui fonctionnent même si elles sont parasitées par les effets de la corruption ambiante, qu'il y a des compétences en matière de gestion et de gouvernance, qui sont malheureusement trop encadrées et bâillonnées ; que la Tunisie bénéficie d'une situation qui n'est nullement comparable à celle de la plupart des pays arabes et des pays du continent africain en matière d'infrastructures, d'accès au logement, d'accès à l'eau et à l'électricité.

Mais il y a des zones d'ombre indéniables, et les choix à la fois libéraux et bureaucratiquement étatistes qui sont imposés ont certes leurs avantages, mais énormément d'inconvénients sur le moyen et le long terme. Il y a donc le risque sérieux d'un dérapage économique et social si la volonté politique d'une maîtrise de la politique de croissance et de développement et d'une vigilance en matière de lutte contre la corruption ne se manifeste pas de façon plus conséquente et n'aille pas au-delà des effets de propagande qui finissent par dévaloriser, par exemple, des engagements aussi importants que ceux annoncés en matière de lutte contre la pauvreté et de lutte pour la sauvegarde de l'environnement.

Utilisateur11 : Tout a une fin et ce régime n'échappera pas à la règle ! Comment la voyez-vous, cette fin ?

Si vous entendez par la "fin" l'après-Ben Ali, j'avoue – et je ne suis pas le seul – que j'ai quelques scrupules à répondre, parce que je ne veux pas confondre mes désirs avec la réalité. Le système est en effet tellement fermé et verrouillé que nous n'arrivons pas à maîtriser les éléments d'appréciation indispensables pour se livrer à une prospective réaliste de ce que pourrait être la Tunisie, sur le plan politique, des dix ou quinze prochaines années.

L'objectif qui est le nôtre – en tout cas qui est le mien – n'est absolument pas de me poser en prétendant à une relève qui concernera d'abord et surtout la génération de mes enfants. L'objectif est d'apporter une modeste mais inlassable contribution à la dénonciation des atteintes aux droits, à la mise en cause des mécanismes nationaux et internationaux de la corruption, au refus de la torture et des châtiments corporels.

Et puis surtout, à tenter de redonner espoir à une opinion aujourd'hui désorientée sous les masques de l'indifférence et de l'apolitisme et à une jeunesse frappée de plein fouet par le chômage et angoissée par ce "no future" auquel les moulins à prière et la pensée unique de nos dirigeants n'apportent pas de réponse satisfaisante.

Modéré par Florence Beaugé, journaliste au "Monde", chargée de la couverture du Maghreb

A Tunis comme ailleurs, il faut en finir avec les démocraties frelatées

LE MONDE | 28.10.09 | 13h56

l existe aujourd'hui de par le monde de vraies dictatures, de vraies démocraties, et en Afrique, dans les républiques d'Asie centrale et dans le monde arabe, des démocraties frelatées. Hommage du vice à la vertu puisque reconnaissant implicitement la supériorité de la démocratie et essayant d'en utiliser les rouages, elles n'en demeurent pas moins des dictatures déguisées en démocraties comme le loup de la fable en paisible grand-mère.

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De toutes ces démocraties frelatées, la Tunisie est certainement la plus sophistiquée. Le régime se targue, tout en torturant tous azimuts depuis vingt ans, d'avoir signé toutes les conventions internationales sur les droits de l'homme. Il réprime avec une violence méthodique toutes les libertés individuelles et publiques, mais n'en organise pas moins régulièrement des parodies d'élections avec des faux partis d'opposition créés de toutes pièces.

Le dimanche 25 octobre, il a commis un énième simulacre d'élections présidentielle et législatives dont la mission est de jeter comme d'habitude un voile de légalité démocratique sur des nominations décidées d'avance : celle du dictateur comme président à perpétuité et celles de "représentants du peuple" minutieusement choisis pour leur docilité dans le giron du parti du pouvoir et de ses satellites. Les plus habiles faussaires ne peuvent abuser indéfiniment leur monde. Aujourd'hui le roi est nu et le régime tunisien apparaît sous son vrai jour, à savoir une dictature policière à forte connotation mafieuse.

Que cette élection soit une insulte à l'intelligence et à la dignité des Tunisiens, que les opposants hurlent à la farce électorale, peu importe au dictateur. Seul le résultat compte, et il est en sa faveur. Toutes les stratégies mises en place par l'opposition démocratique ont échoué. La participation, pour le principe, et la protestation symbolique, prônée par certains politiciens, font le jeu du pouvoir et n'apportent à ses partisans qu'un peu de publicité personnelle le temps d'une bulle médiatique.

Le boycottage passif

La dictature sait choisir ses "opposants" et laisser les autres s'égosiller en vaines et futiles complaintes de la victime. L'appel au boycottage s'avère tout aussi inefficace. De façon spontanée, la population déserte massivement les urnes, mais prend garde à ne pas descendre dans la rue, sachant qu'elle n'a aucune chance devant les hordes policières prêtes à tirer dans le tas.

Or, du moment que le boycottage est passif, le pouvoir n'en a cure puisqu'il peut gonfler tout autant le taux de participation que le score du président chronique. Dès lors, la question est : que faire pour empêcher des faussaires patentés de commettre un forfait au vu et au su de tous, à commencer par les grands pays démocratiques ?

Il y a, certes, la nécessité de la mobilisation interne et le passage de la résistance civile passive à une résistance pacifique mais active. Elle relèvera toujours de la responsabilité des Tunisiens et d'eux seuls. La liberté, cela se mérite. Reste la part qui leur échappe, à savoir la dimension internationale. Aujourd'hui, toutes les dictatures arabes, et la tunisienne en particulier, sont des protectorats occidentaux de facto.

Quel ironique paradoxe de voir les vertueuses démocraties occidentales soutenir nos dictateurs, le mot d'ordre semblant être : si notre liberté est au prix de "leur" servitude, ainsi soit-il.

Nos dictateurs arabes ont acheté l'appui de l'Occident démocratique en se faisant les dociles supplétifs du contrôle du danger islamiste et de l'émigration clandestine, sans oublier les gros marchés et les petites corruptions. Pour nous, démocrates tunisiens et arabes, les choses sont claires. Nos dictateurs ont les Etats pour alliés, nous avons les sociétés civiles à nos côtés.

Que peuvent-elles et que doivent-elles faire pour nous aider à acquérir notre seconde indépendance et une vraie stabilité dans la région ? Elles doivent poser un certain nombre de questions et exiger de leurs dirigeants des réponses claires. Comment peut-on être pour la démocratie chez soi et pour la dictature chez les voisins de palier ? Les dictateurs corrompus et honnis par leurs peuples sont-ils les pompiers ou les pyromanes des incendies allumés sur la rive sud ?

A long terme, qu'est-ce qui est plus rentable pour l'Occident : avoir en face des régimes démocratiques, même avec une composante islamiste, ou des oligarchies militaires et policières corrompues et violentes en guerre civile déclarée ou larvée avec leurs peuples ? Mais surtout, une vraie démocratie peut-elle porter à bout de bras une démocratie frelatée ? Mandela disait qu'un homme ou un peuple n'est jamais aussi libre que quand il se bat pour la liberté d'un autre homme ou d'un autre peuple. A méditer par tous les démocrates à géométrie variable.
Moncef Marzouki est médecin, écrivain, et opposant tunisien.

lundi 26 octobre 2009

Les Tunisiens rêvent de changement


LE MONDE | 26.10.09 | 13h58

es élections présidentielle et législatives du dimanche 25 octobre n'ont pas failli à la tradition : les instances dirigeantes ont proclamé, encore une fois, l'unanimité ou presque en faveur du pouvoir.

Au-delà de cet événement conjoncturel, des questions lancinantes préoccupent de plus en plus mes compatriotes, à tous les niveaux : le système va-t-il évoluer pendant le prochain mandat ? Quel sera l'avenir du pays après Zine El-Abidine Ben Ali ? Les mêmes interrogations semblent courir chez beaucoup d'observateurs étrangers.

Pour ma part, j'ai choisi de dire publiquement mes convictions. Trente années d'action publique et de vie politique m'autorisent à libérer ma conscience et à révéler ce qui, depuis longtemps, me tourmente.

Il faut d'abord convenir que Habib Bourguiba fut omnipotent et omniprésent pendant plus de trois décennies, et que la démocratie n'était pas à l'ordre du jour, même si deux événements mémorables - la débâcle de la politique de collectivisation entamée dans les années 1960 ; l'incursion libyenne à Gafsa en 1980 - auraient dû aboutir à l'ouverture du système. Ce ne fut pas le cas.

"Le Changement" (la prise du pouvoir par M. Ben Ali) a été bien conduit en 1987, mais rien ne garantit que demain la Tunisie connaîtra une succession apaisée. Car le système continue de reposer sur un seul homme vers qui tout converge.

Aujourd'hui, l'appréhension cède à l'inquiétude. Notre pays souffre de façon endémique d'un déficit de démocratie aggravé par la rigidité du système Etat-parti. Le seul régulateur institutionnel, le Parlement, monolithique et conformiste, ne favorise pas le vrai débat.

L'opinion se convainc que les fruits de la croissance ne sont pas répartis équitablement et judicieusement. Elle s'interroge sur le niveau de l'endettement du pays, et déplore la fuite des capitaux et des cerveaux. Les rumeurs les plus extravagantes circulent : on dénonce le clientélisme, les passe-droits ; on fustige des enrichissements indécents et trop rapides. Cependant, on admet que le pays s'est transformé pendant ces vingt dernières années.

Certes, l'essor économique est relativement probant. C'est la condition essentielle mais non suffisante pour tout développement. Le progrès économique implique nécessairement plus de démocratie politique pour assurer la pérennité des acquis et sauvegarder la stabilité et la sérénité.

J'écoute souvent les jeunes. Ils admettent volontiers le régime présidentiel, mais veulent qu'il soit encadré par une démocratie sereine et crédible. Ils sont angoissés par les perspectives de chômage qui obsèdent déjà la majorité de leurs anciens camarades. La Tunisie, plus proche du Liban que du Yémen, ne pourrait se permettre de voir ses forces vives contraintes de quitter le pays.

Je souhaite qu'une volonté politique au sommet s'exerce pour conduire cet aggiornamento qu'attend le pays. Les autres voies sont des impasses. L'opposition est clairsemée et inconsistante. La société civile est atrophiée par plus d'un demi-siècle d'autoritarisme. La classe moyenne, l'épine dorsale de tout régime républicain, dépérit de jour en jour.

Je voudrais faire confiance au chef de l'Etat. Sa responsabilité est institutionnelle. Président de tous les Tunisiens, il ne doit pas rester à la tête d'un parti, fût-il le premier d'entre eux. Le vrai pluralisme interdit tout lien organique entre l'Etat et les partis politiques, sans aucune exception. La démocratie interne, et la transparence quant aux ressources et aux responsabilités, sont des exigences morales et politiques.

Il nous faut un Conseil constitutionnel affranchi, afin de crédibiliser ses actes. Il nous faut consolider l'indépendance d'une justice respectueuse de l'Etat de droit. Il nous faut une presse libre et des élections pluralistes et transparentes. L'occasion est propice au lendemain de cette élection présidentielle pour entamer solennellement ces reconversions.

Le 25 octobre, comme les fois précédentes, les Tunisiens sont allés voter pour réélire leur président, pariant sur l'avenir et convaincus qu'un changement est inéluctable. Souhaitons qu'ils ne soient pas déçus.


Tahar Belkhodja est ancien ministre et ancien ambassadeur.


vendredi 23 octobre 2009

En Tunisie, "il y a ceux qui profitent du système et ceux qui enragent d'en être exclus"

LE MONDE | 22.10.09 | 14h25 • Mis à jour le 23.10.09 | 07h46
Tunis, Monastir Envoyée spéciale

ous les cinq ans, ils se persuadent que "c'est la dernière fois". La dernière fois qu'ils laissent "l'artisan du changement", selon la terminologie officielle, se maintenir au pouvoir, à coups d'amendements édictés à la veille des élections pour écarter tout rival sérieux. Mais voilà vingt-deux ans que cela dure. Autant les Tunisiens nourrissaient des illusions, au soir du 7 novembre 1987, après que M. Ben Ali, alors premier ministre, eut déposé Habib Bourguiba, devenu sénile, autant ils n'en ont plus aujourd'hui. Et, dimanche soir, ils le savent : quel que soit leur vote, Zine El-Abidine Ben Ali sera reconduit à la tête du pays pour un cinquième mandat, avec un score frôlant les 95 %.

Pourtant, l'impopularité de cet homme de 73 ans est frappante. Des trois pays du Maghreb, le régime tunisien est sans doute celui qui est le plus mal aimé de sa population. Même en Algérie, le pouvoir n'a pas droit à un tel mépris... Pour le touriste de passage, c'est à n'y rien comprendre. A première vue, la Tunisie est propre et belle. Routes, aéroports, services, tout fonctionne plutôt vite et bien. Tous les foyers tunisiens ou presque sont raccordés à l'eau et à l'électricité ; 80 % de la population est propriétaire de son logement (au prix d'un lourd endettement) ; il y a peu de bidonvilles. La scolarisation et les soins, même imparfaits, sont accessibles à tous. Les femmes bénéficient des mêmes droits que les hommes (sauf en matière d'héritage).

Le pays, géré par une équipe de bons technocrates, affiche également chaque année des taux de croissance honorables, de l'ordre de 5 %. Et pourtant, il est difficile de rencontrer des Tunisiens qui se disent heureux...

Dimanche 25 octobre, Rachid ira voter. Mais "pas pour "lui"", dit-il sèchement. Autrement dit, pas pour le candidat Ben Ali. Plutôt que de boycotter les urnes, ce père de deux enfants, 55 ans, fonctionnaire dans les chemins de fer, ira faire un tour dans l'isoloir, pour "ne pas se faire remarquer". Mais à l'abri des regards, il votera blanc. Ce qui l'exaspère ? Pêle-mêle, le chômage (14 %), en particulier celui des jeunes diplômés. Les salaires trop bas (le salaire minimum est de 250 dinars, soit 130 euros). Les passe-droits. Le racket des petits fonctionnaires, des policiers notamment. L'obligation d'adhérer au parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), pour bénéficier d'aides telles qu'un emploi, une bourse, un permis de construire, etc.

Ce maillage étouffant de la société par le RCD et ses affidés - comités de quartier et indicateurs -, Rachid et sa femme le vivent de plus en plus mal. Tous deux s'inquiètent pour leurs enfants. "Qu'est-ce que nous allons leur léguer ? Un pays où l'Etat de droit n'est qu'un mot en l'air ?", s'interrogent-ils avec anxiété et colère.

Mais un autre sujet domine toutes les conversations et alimente la frustration générale : la main-mise de "la famille" sur le pays. Comme le dit Rachid, "après un petit verre - car le vin ça dégage tout ! -, on vous avouera la vérité : on en a marre !". Marre, précise-t-il, des frères, des gendres, des neveux, des Trabelsi, Chiboub, Ben Ali, El-Materi, "de tout ce clan familial qui ne cesse de grossir et de s'accaparer les richesses du pays".

"La Tunisie connaît une croissance indiscutable depuis vingt ans, mais qui profite de façon très inégalitaire à la population. D'où la rancoeur que vous constatez. Nous sommes aujourd'hui dans une société duale, ce qui est nouveau. Il y a ceux qui profitent du système et en vivent extrêmement bien, et ceux qui enragent d'en être exclus ", analyse Tarek, un homme d'affaires prospère. Pour lui, le président Ben Ali excelle "à prendre le pouls du petit peuple" et à réagir au moment adéquat. Il lâche du lest quand monte la pression et décrète, par exemple, des hausses de salaire, pour éviter tout dérapage social sérieux ou prolongé. C'est cette capacité à deviner "jusqu'où il peut aller" qui, conjuguée au clientélisme et au maillage policier de la société, expliquent, en bonne partie, son maintien à la tête du pays.

Voilà longtemps, en tout cas, que le chef de l'Etat a compris que ses partenaires européens se contenteraient d'une démocratie en trompe-l'oeil en Tunisie. "Les droits de l'homme ? Après vingt-deux ans de bénalisme, la jeunesse s'en fiche ! A la limite, elle nous donne tort de continuer à mener cecombat. Elle estime que nous sommes bien bêtes de ne pas profiter du système ", se désole la sociologue Khadija Chérif, membre de l'Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), découragée comme beaucoup d'autres de sa génération. "Les étudiants sont totalement dépolitisés. Pour eux, la réussite passe par l'argent, non par l'effort ou les études", confirme l'universitaire Larbi Chouikha.

Résignés, indifférents, mais par-dessus tout tenaillés par la peur, les Tunisiens attendent. Quoi ? Ils ne le savent pas très bien. Que "la mort", "un coup d'Etat ", voire "un attentat", disent-ils un peu gênés, presque honteux, viennent les délivrer de cette soumission à un régime qui leur pèse, mais pas au point de se révolter. Grâce à la chaîne d'information qatarie Al-Jazira - "notre oxygène", disent-ils -, ils n'ignorent rien de ce qui se passe chez eux, en dépit du muselage de la presse nationale. "Tout a une fin", disent-ils de temps à autre, comme pour se rassurer.

Imperturbable, le pouvoir, lui, peaufine son langage à destination de l'Occident. "Nous souffrons d'un déficit d'image, par manque de savoir-faire en communication. C'est cela, notre principale faiblesse", soupire ainsi Zouhair Mdhaffar, ministre délégué auprès du premier ministre, chargé de la fonction publique, avant de poursuivre benoîtement : "Nous sommes une démocratie émergente. Nous savons que nous avons encore des progrès à faire dans ce domaine. Mais pourquoi donc êtes-vous si sévères avec la Tunisie ? Vous feriez mieux d'apprécier notre bilan global au lieu de vous attacher à des petits détails !"

Dehors, pendant ce temps, les défenseurs des droits de l'homme subissent un harcèlement quotidien, rendu possible par une administration et une justice aux ordres. "Petits détails", sans doute, que les tabassages en règle, et en pleine rue. Les filatures vingt-quatre heures sur vingt-quatre (y compris pour les journalistes étrangers). Les interdictions arbitraires de sortie du territoire. Les détournements de courrier, en particulier électronique. La surveillance des lignes téléphoniques. Le filtrage policier à l'entrée des domiciles privés. On n'en finirait pas de dresser la liste des méthodes employées par le régime...

"Détails" aussi, ces campagnes de diffamation, menées semaine après semaine par une presse de caniveau, contre toute voix discordante. Exemples choisis. Selon Kol El Nass et Al Hadath, deux journaux arabophones proches du pouvoir, Khemaïs Chammari, ancien député, est "un vendu et un corrompu". Hamma Hammami, porte-parole du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (POCT, interdit), est "un salaud fanfaron". Le docteur Moncef Marzouki, ex-secrétaire général de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, est "un drogué". Quant à Maya Jribi, secrétaire générale du Parti démocratique progressiste, (PDP, légal), l'une des très rares femmes à avoir eu l'audace de se lancer en politique, elle n'est rien d'autre qu'une lamboua ("putain").


Ce reportage a été réalisé au début du mois d'octobre, avant que l'envoyée spéciale du Monde, de retour en Tunisie, ne soit refoulée à l'aéroport de Tunis, le 21 octobre.


Florence Beaugé

Des présidentielles en forme de plébiscite

Depuis l'indépendance (1956), une caractéristique des élections présidentielles est que le vainqueur l'a toujours emporté avec plus de 90 % des suffrages exprimés. Habib Bourguiba a obtenu 99,67 % en 1959 ; 99,78 % en 1964 ; 99,75 % en 1969 et 99,85 % en 1974. De 1975 à 1987, ce fut "la présidence à vie" de Bourguiba. Son successeur, le président Ben Ali, a suivi la même voie. Arrivé au pouvoir en 1987, il a recueilli 99,27 % des suffrages en 1989 ; 99,91 % en 1994 ; 99,44 % en 1999. Mais "seulement" 94,48 % des suffrages en 2004.

Ben Ali 5

ul besoin d'être devin pour prédire que, dimanche 25 octobre, l'élection présidentielle en Tunisie verra le triomphe de Zine El-Abidine Ben Ali, qui, à 73 ans, va entamer un cinquième mandat. Au pouvoir depuis vingt-deux ans, le tombeur d'Habib Bourguiba, le "père de l'indépendance" écarté à la suite d'un "coup d'Etat médical", a toujours écrasé ses adversaires, ne leur abandonnant que des miettes. Le comble a été atteint lors du scrutin de 1994, où M. Ben Ali avait raflé 99,81 % des suffrages, selon les chiffres officiels. Cinq ans plus tard, sollicitant un troisième mandat, il s'était contenté de 94,49 % de votes en sa faveur - sur fond de participation massive, comme à chaque fois.

Ces scores absurdes, qui en disent long par leur invraisemblance sur la réalité de la démocratie tunisienne, étaient aussi ceux de son prédécesseur. A quatre reprises, de 1959 à 1974, Habib Bourguiba a été élu et réélu à la présidence avec plus de 99 % des suffrages exprimés. Avec de tels plébiscites, un scrutin présidentiel ne s'imposait plus et, logiquement, en 1975, Bourguiba instaurait la présidence à vie. Circonstance atténuante : c'était Bourguiba ! Un grand de l'Histoire.

Indéfendable sur le plan politique, cette continuité d'un président à l'autre a été positive dans d'autres domaines. Sur des questions cruciales comme le statut de la femme ou la politique démographique, Ben Ali a eu l'intelligence de poursuivre l'oeuvre de Bourguiba. La Tunisie y a gagné en modernité.

Les choix économiques de M. Ben Ali se sont souvent révélés être les bons. En privilégiant l'économie de marché, en tissant très tôt des liens solides avec les pays de l'Union européenne, en mobilisant des ressources importantes en faveur de l'éducation, la Tunisie, dépourvue de ressources naturelles, est un exemple de développement plutôt réussi, même si la corruption, systématiquement organisée au profit du clan présidentiel, et la frilosité des entreprises tunisiennes hors de leur marché national posent problème.

"Ben Ali 5" sera-t-il conforme aux autres ? Un mélange d'Etat policier, impitoyable pour les opposants laïques ou islamistes, embastillés, torturés, tabassés, sur fond de mieux-être économique ? Est-ce là l'ambition de M. Ben Ali au soir d'un quart de siècle à la tête de la paisible Tunisie ? Il peut se targuer d'avoir développé son pays mieux que l'Algérie ou le Maroc. Il devrait aspirer à en faire un modèle sur le plan politique. Malheureusement, cela n'en prend pas le chemin.

La Tunisie et ses ombres


LE MONDE | 13.05.09 | 17h20 • Mis à jour le 25.09.09 | 17h28

ans une Tunisie anesthésiée par plus de vingt années de régime policier, il est difficile d'imaginer le temps où une vie politique fiévreuse animait le pays. Cette période, qui précède l'indépendance de la Tunisie et court jusqu'à ce que le président Bourguiba devienne un despote, Gilbert Naccache la fait revivre avec l'honnêteté de l'historien et la passion de celui qui en fut un témoin et un acteur.


A 15 ans, "jeune lycéen juif avide d'action", Naccache est séduit par le Parti communiste qui lutte, au côté du Néo-Destour de Bourguiba, pour l'indépendance. L'ambiance est "formidable". Fréquenter le Parti, c'est croiser dans les rangs nationalistes des intellectuels prestigieux et vivre une semi-clandestinité exaltante et sans grand risque. Lorsque Naccache subit sa première arrestation, en février 1954, à la suite d'une distribution de tracts, l'affaire se solde par une simple admonestation.

Le livre décrit ensuite par le menu la mécanique qui va aboutir, après l'indépendance, à la mise en place d'un régime autoritaire. Les événements extérieurs pèseront sur cette évolution. Ainsi, l'auteur attribue-t-il au souci de contrôler les 300 000 réfugiés algériens installés en Tunisie pendant la guerre d'indépendance l'origine de la police politique tunisienne. De même, Gilbert Naccache souligne combien la guerre des Six-Jours de 1967 et le cortège de manifestations anti-juives qui a suivi ont provoqué le départ massif des juifs tunisiens et contribué à la "fermeture progressive des esprits" dans le pays. Gilbert Naccache choisit de rester. Et de continuer à militer. Il le fait non plus au sein du PC mais aux côtés des trotskistes, avant de flirter, après Mai 68, avec le maoïsme.

Ce qui ne varie pas, c'est l'opposition radicale de l'auteur à Bourguiba et à son régime. Naccache reconnaît volontiers que le "père de l'indépendance" a fait passer la Tunisie "dans un XXe siècle rationaliste". Mais, s'empresse-t-il d'ajouter, ce choix ne doit pas occulter la face sombre du "bourguibisme" : "un régime autoritaire qui ne tolérait pas la moindre contestation, n'accordait aucune liberté autre que celle de l'applaudir" et, sur le plan international, une "allégeance aux Etats-Unis".

L'auteur met en garde ceux qui, ayant la mémoire courte, ont "paré de toutes sortes de vertus" le règne de Bourguiba. Il parle en connaissance de cause. Arrêté en mars 1968, il n'a été libéré qu'en 1979.


Qu'as-tu fait de ta jeunesse ? Itinéraire d'un opposant au régime de Bourguiba, de Gilbert Naccache, éd. Cerf/Mots passants, 284 p., 18 €.


Jean-Pierre Tuquoi

En Tunisie, une réussite économique mal partagée


LE MONDE | 23.10.09 | 15h13 • Mis à jour le 23.10.09 | 15h13
Tunis, Monastir Envoyée spéciale

'il est une plainte récurrente, c'est bien celle-là : les bas salaires. Mokhtar, 30 ans, marié et père de trois enfants, gagne 800 dinars (415 euros) par mois comme employé dans un grand hôtel de Monastir, la ville natale de l'ancien président Bourguiba, située à 200 kilomètres au sud de la capitale. Il peut s'estimer heureux, d'abord d'avoir un emploi alors que le chômage frappe presque 15 % de la population active, ensuite de toucher l'équivalent de quatre fois le smic tunisien (250 dinars, 130 euros). "Et pourtant, je m'en sors tout juste, avec les 260 dinars que je verse chaque mois à la banque pour le remboursement de mon appartement", soupire-t-il.


Dans ce pays où, officiellement, la classe moyenne représente 80 % de la population, les gens n'ont pas la vie aussi facile que l'indiquent les statistiques. Pour que la Tunisie reste compétitive et attire les investisseurs étrangers - dans le textile, les industries mécaniques, électroniques, ou aéronautiques -, le coût de la main-d'oeuvre est maintenu très bas. "Au Maroc, il est de 20 % plus élevé. Mais la stratégie adoptée par la Tunisie se révèle payante : de nombreuses sociétés européennes qui étaient parties en Europe de l'Est reviennent à présent ici, attirées par le bas coût et tous les avantages qui leur sont consentis", explique un expert économique en poste à Tunis.

Résultat : il est difficile pour la plupart des Tunisiens de s'en sortir avec un salaire unique. Le travail au noir permet aux uns et aux autres à la fois de boucler les fins de mois et de s'offrir ce dont ils rêvent, quitte à avoir des journées de forçat. Car la soif de consommation est énorme en Tunisie, et les crédits des tentations constantes. Alors, chacun a recours au système D. L'enseignant double son salaire en donnant des cours particuliers. Il le peut d'autant plus que les familles sont prêtes à tous les sacrifices pour l'éducation de leurs enfants. Quant au commerçant, il s'improvise chauffeur de taxi avec sa voiture particulière, après avoir fermé sa boutique.

Malgré tout, les autorités peuvent se targuer d'un bilan positif en matière de développement économique et humain. C'est même le principal atout du président Ben Ali qui, dimanche 25 octobre, briguera un cinquième mandat à la tête de l'Etat, après 22 ans de pouvoir. Le pays est soigneusement géré, alors qu'il ne dispose pas de la manne fabuleuse en hydrocarbures de ses voisins algériens et libyens. Il n'en est pas totalement dépourvu, cependant. En ressources gazières, il atteint même l'autosuffisance, alors qu'en ressources pétrolières il doit encore importer les quatre cinquièmes de sa consommation, faute de capacité de raffinage suffisantes.

La Tunisie, "bon élève du Maghreb" ? Ce n'est pas par hasard que le pays se voit toujours décerner ce titre par ses partenaires de l'Union européenne, à laquelle le lie un accord d'association qui a abouti, en janvier 2008, au libre-échange des produits industriels. Même en période de crise internationale, la Tunisie parvient à maintenir ses équilibres macro-économiques. A la fin de 2009, elle devrait afficher un taux de croissance de 3 % (contre 5 % en moyenne, ces dix dernières années). Un exploit quand on sait que 80 % de ses échanges commerciaux se font avec les pays de l'Union européenne qui, eux, sont en pleine récession.

"Pourquoi nous compare-t-on toujours à nos voisins, l'Algérie et le Maroc, et non à la Grèce et au Portugal ? S'il est vrai que le pays n'est pas mal tenu depuis vingt-deux ans, nous pourrions faire beaucoup mieux et avoir une croissance à deux chiffres", s'irrite Mokhtar, un homme d'affaires tunisois.

"La Tunisie, c'est exact, pourrait faire encore mieux. Elle est performante en matière d'exportations, mais considère son marché intérieur comme une chasse gardée. Sans doute pour ne pas déstabiliser des acteurs locaux, et surtout ne pas toucher à des intérêts qui concernent la famille Ben Ali et celle de son épouse, Leila Trabelsi", analyse un économiste européen.


Ce reportage a été réalisé au début du mois d'octobre, avant que l'envoyée spéciale du Monde, de retour en Tunisie, ne soit refoulée à l'aéroport de Tunis, le 21 octobre.

Florence Beaugé

lundi 12 octobre 2009

Les certitudes et les zones d'ombre du procès Clearstream

LE MONDE | 12.10.09 | 16h09 • Mis à jour le 12.10.09 | 16h09

l y a les impressions d'audience et il y a le droit. Contrairement à la cour d'assises où un faisceau d'indices peut suffire à déterminer une intime conviction, élaborée dans le secret absolu d'un délibéré, un tribunal correctionnel est tenu de motiver son jugement de condamnation ou de relaxe. Et donc de s'en tenir, pour chaque prévenu, à la qualification du délit pénal qui lui est reproché.

Une fois retombée la tension des confrontations, dissipée l'atmosphère enfiévrée de ces trois premières semaines d'audience, et avant que s'ouvre le temps des plaidoiries et du réquisitoire, que peut-on retenir de l'affaire Clearstream et de la mise en cause de Dominique de Villepin ? L'ancien premier ministre est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris pour complicité de dénonciation calomnieuse, complicité d'usage de faux, recel d'abus de confiance et de vol. Les juges d'instruction, Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, soutiennent que Dominique de Villepin a "donné instruction" à Jean-Louis Gergorin, dès avril 2004, de "saisir ou d'informer un juge" sur les fichiers Clearstream "alors qu'il avait connaissance de (leur) fausseté".

La connaissance, par M. de Villepin, de la "fausseté" des fichiers Clearstream. Juridiquement, c'est l'élément-clé du dossier et celui sur lequel l'accusation est la plus fragile. Le parquet en a conscience qui n'a pas suivi les juges d'instruction dans leur raisonnement en faveur d'une complicité "active" de M. de Villepin, dès avril 2004. Dans son réquisitoire écrit, le procureur de la République, Jean-Claude Marin, n'a retenu qu'une complicité "passive", en estimant que, par son inaction, M. de Villepin a "rendu possible" la poursuite des envois de fichiers falsifiés au juge Renaud Van Ruymbeke, en août et en octobre 2004.

Les trois premières semaines de débats n'ont apporté aucune preuve formelle à la thèse des juges d'instruction. Le général Philippe Rondot a indiqué avoir exprimé des doutes sérieux devant M. de Villepin en juillet, puis des certitudes sur la manipulation des fichiers en octobre. Reste la thèse de l'accusation : elle repose sur la volonté de dissimulation manifestée par M. de Villepin, dans une affaire susceptible de causer un préjudice à son adversaire politique, Nicolas Sarkozy.

La volonté de dissimulation de Dominique de Villepin. C'est le point sur lequel la défense de l'ancien premier ministre a été la plus dangereusement malmenée. Il ressort de l'audience que M. de Villepin a été beaucoup plus impliqué qu'il ne l'admet. Il y a, d'abord, les déclarations de Jean-Louis Gergorin, selon lesquelles il s'est entretenu à plusieurs reprises, au printemps 2004, de ce dossier avec M. de Villepin, alors ministre de l'intérieur. Les démentis apportés par ce dernier butent sur les témoignages des agents de sécurité de l'ancien numéro trois d'EADS, qui ont attesté des déplacements discrets de leur patron Place Beauvau, via une voiture du ministère de l'intérieur.

Il y a ensuite cet appel téléphonique passé par M. de Villepin au général Rondot le 25 mars 2004 pour faire libérer "la source " Imad Lahoud. L'ancien premier ministre a nié avoir évoqué lui-même ce sujet et accusé le général d'inventer cette version pour "se couvrir". Acculé par les fermes confirmations du général Rondot, il a tenté d'en limiter la portée en évoquant une "mauvaise interprétation" de ses propos, dont serait responsable... la piètre qualité de la communication téléphonique passée depuis sa voiture.

Il y a surtout le contenu des échanges rapportés par le général Philippe Rondot de ses deux réunions avec M. de Villepin. La première, le 9 janvier 2004, où le nom de M. Sarkozy aurait été cité à propos d'un "compte couplé" chez Clearstream et la seconde, le 19 juillet, au cours de laquelle M. de Villepin aurait manifesté sa crainte d'être mis en cause - "Si nous apparaissons, le PR et moi, nous sautons", note le général Rondot. Là encore, les dénégations ou les nuances opposées par l'ancien premier ministre sont apparues nettement moins convaincantes que les confirmations apportées à ses comptes rendus par le général Rondot. Dominique de Villepin aurait donc, à plusieurs reprises, menti. Cela crée un climat, mais pas encore une preuve de culpabilité.

Les mystères Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud. Sur eux repose la principale accusation de ce procès, la dénonciation calomnieuse. Dénonciateur, l'ancien numéro trois d'EADS l'admet, puisqu'il reconnaît avoir été le "corbeau" du juge Van Ruymbeke. Calomniateur, il le réfute, en assurant avoir cru jusqu'au bout à la véracité des fichiers. Imad Lahoud a, pour sa part, reconnu à l'audience n'avoir recopié qu'un seul nom - celui de M. Sarkozy, via les patronymes Nagy et Bocsa - "sur ordre", dit-il, de M. Gergorin. A braquer les projecteurs sur le conflit entre l'hyperprévenu et l'hyper-partie civile, ces deux-là échappent au regard. Le premier, par sa personnalité virevoltante, mélange complexe de folie et de fulgurance. Le second, par ses mystifications successives, hier trader poursuivi pour escroquerie, puis agent secret et hacker revendiqué du système Clearstream. Il a manipulé le journaliste Denis Robert, le général Rondot et Jean-Louis Gergorin, mentant sur tout et tout le temps et cherchant à apparaître aujourd'hui sous les traits passe-muraille d'un modeste professeur agrégé de mathématiques. Cela reste le mystère de cette affaire et, pour l'heure, sa frustration.


Pascale Robert-Diard

mercredi 7 octobre 2009

Eric Maurin : "Toute réforme sera perçue comme une remise en cause d'un statut acquis"

LE MONDE | 07.10.09 | 10h18 •

irecteur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Eric Maurin publie La Peur du déclassement (Le Seuil, "La République des idées", 94 p., 10,5 euros) un essai décapant et passionnant sur les peurs françaises.

Pourquoi le déclassement est-il devenu la préoccupation majeure en France ?

Il faut distinguer le déclassement et la peur du déclassement. Le déclassement est une réalité qui touche la société à la marge. Alors que nous traversons une des pires récessions de notre histoire, le nombre de salariés ayant perdu un emploi stable dans les 12 derniers mois est, par exemple, de l'ordre de 300 000 personnes. Sur un plan personnel et familial, ces licenciements représentent un drame, mais ils ne concernent cependant qu'une toute petite fraction de la société, à peine 1 % de la population active totale. L'immense majorité des Français reste en fait à l'abri de la déchéance sociale.

A l'inverse, la peur du déclassement est ressentie par l'ensemble de la société, y compris par les classes moyennes et supérieures, celles qui ont le plus à perdre. Cette peur est la conséquence de politiques publiques qui, depuis cinquante ans, ont systématiquement privilégié la protection de ceux qui ont déjà un emploi plutôt que le soutien de ceux qui n'en ont pas. Progressivement s'est constitué un rempart de droits sociaux entre les salariés à statut (CDI) et la précarité sociale.

L'aspect positif, c'est que les salariés en place ont été de mieux en mieux protégés. L'aspect négatif, c'est que cette barrière est devenue de plus en plus difficile à franchir pour tous les autres. Les salariés à statut en ont bien conscience qui craignent plus que tout de tomber de l'autre côté de la barrière. Plus les statuts sont protégés, moins souvent on les perd, mais plus on perd quand ils disparaissent.

Comment a émergé cette société de statut ?

Dans notre vieille société hiérarchique, la dignité sociale est historiquement attachée à la conquête et à la conservation d'un statut. C'est un phénomène qui n'a guère d'équivalent dans les pays anglo-saxons ou scandinaves. Ce qui a changé depuis l'Ancien Régime, c'est que les statuts ne s'héritent plus de père en fils, mais doivent se reconquérir à chaque génération, au terme d'une lutte généralisée.

Dans un tel contexte, chacun commence sa vie avec la crainte de ne jamais trouver sa place, et la finit avec l'angoisse de voir les protections chèrement acquises partir en fumée ou ne pas pouvoir être transmises à ses enfants. Une telle société est particulièrement difficile à transformer, parce que toute réforme paraît léser une génération au profit d'une autre.

L'angoisse scolaire n'a jamais été aussi forte. Pourquoi ?

On fait un contresens total lorsqu'on avance que la valeur des diplômes se serait réduite. C'est l'inverse: jamais les diplômes n'ont été aussi déterminants pour l'obtention de statuts au sein de la société. En 2008, le chômage parmi les diplômés du supérieur est inférieur à 10%. Pour les non diplômés, il monte à 50 %, soit un écart de 40 points. La différence n'était que de 10 points au milieu des années 1970.

L'impératif de ne pas échouer à l'école est devenu écrasant. L'enjeu de la compétition scolaire n'a jamais été aussi élevé, les diplômes ont pris une valeur exorbitante. C'est particulièrement angoissant pour les familles.

Pourquoi les jeunes sont-ils les premiers touchés lors des crises en France ?

L'attachement d'une société aux statuts et aux rangs a pour contrepartie la relégation des nouveaux arrivants. Or, les nouveaux arrivants, ce sont les jeunes. Avant de s'assurer une place sur le marché du travail et dans la société, ils ont toujours dû patienter. Le paradoxe est qu'une fois arrivés au pied de l'échelle sociale, les jeunes eux-mêmes défendent ce système. C'est ainsi que j'analyse le refus du CPE en 2006 : les jeunes ne voulaient surtout pas qu'on dévalue ce qu'ils cherchaient tant à obtenir.

La fonction publique est à l'abri des risques de déclassement. Pourtant, la peur du déclassement y est aussi très forte. Pourquoi ?

La crise de 1993 est la première à frapper la France après qu'elle a massifié son enseignement secondaire et supérieur. On assiste alors à une augmentation, limitée mais bien réelle, du chômage des diplômés. Craignant un déclassement irréversible, une génération entière de diplômés se tourne alors en masse vers la fonction publique pour sécuriser ses investissements scolaires.

Dans les années qui précèdent 1993, 10 % à peine des diplômés allaient dans le public; après 1993, la proportion grimpe à 50 %. Cet afflux crée un formidable embouteillage et accroît fortement la proportion de jeunes surdiplômés dans l'administration. Face à la récession, une génération a échangé ses diplômes non pas contre une qualification, mais contre une protection. Cela portait en germe le risque d'une radicalisation, notamment parmi les classes moyennes du public.

Pour quelles raisons ?

Tout projet de réforme de l'Etat sera désormais perçu comme une remise en cause intolérable d'un statut légitimement et chèrement acquis. Les effets seront durables.

D'abord le mouvement social de 1995 : on se trompe si on interprète ce mouvement comme le cri de détresse de personnes qui auraient perdu leur statut social. C'est au contraire la mobilisation de salariés, particulièrement de fonctionnaires, qui savent qu'ils ont atteint un objectif très précieux et qui mettent toute leur force pour défendre cet acquis.

Ensuite sur la perception de la construction européenne : la clé de l'évolution du oui au traité de Maastricht, vers le non au traité constitutionnel, en 2005, réside dans le basculement des classes moyennes du public. En 1992, elles avaient majoritairement voté oui. En 2005, elles ont voté non.

Ces catégories du public se sentent désormais agressées par les réformes libérales portées par l'Europe. D'où cette convergence inédite entre classes moyennes du public et du privé qui se retrouvent dans le rejet des projets portés par les élites. C'est désormais une coupure fondamentale dans la vie politique et sociale du pays.

Ce scénario se reproduit-il avec la crise actuelle ?

Rien n'indique qu'il pourrait en aller autrement. D'une part parce que la proportion de diplômés est plus élevée aujourd'hui qu'en 1993. D'autre part parce qu'apparaissent, en 2009 comme en 1993, des signaux très négatifs sur le marché de l'emploi pour les jeunes diplômés.

Comme, par ailleurs, les périodes de récession se traduisent par des difficultés budgétaires pour l'Etat, le gouvernement poursuivra probablement la réduction des budgets publics. Donc une politique "agressive" vis-à-vis des fonctionnaires. On peut penser que, de leur côté, les nouveaux entrants dans la fonction publique seront, plus que jamais, attachés à la défense de ce qu'ils ont tant bataillé – eux et leurs familles – pour obtenir : un statut, une protection.

Qui est le mieux armé idéologiquement, entre la droite et la gauche, pour répondre à ces peurs sociales ?

J'ai été frappé, lors des dernières élections, par les discours de Nicolas Sarkozy sur les valeurs, donc sur la défense des statuts sociaux implicites au sein de la société. Ce discours était efficace, y compris chez des enseignants de gauche, mobilisés par cette forme de conservatisme qui pouvait leur sembler rassurant.

La gauche, elle, se trouve dans une situation plus délicate. Notamment le Parti socialiste: il lui faut à la fois continuer à satisfaire ceux qui composent le cœur de ses militants, de ses élus, de sa clientèle électorale –qui bénéficient majoritairement de statuts protégés (CDI, fonction publique)– et se tourner vers les classes populaires, non protégées.

La crise du PS s'explique certes à travers les dissensions internes, mais cette question de fond me paraît bien plus centrale: comment rassurer ceux qui ont peur de perdre leur statut sans désespérer davantage ceux qui n'en ont aucun ? Jusqu'à présent, le PS n'a pas résolu cette équation.

Quelles sont les réponses possibles ?

La difficulté est que déclassement et peur du déclassement appellent des réponses totalement opposées. Pour conjurer le déclassement, les politiques sont contraints de renforcer les protections dont bénéficient déjà les salariés les plus protégés. Ainsi en va-t-il de la proposition récente de la gauche de réintroduire l'autorisation administrative de licenciement.

A l'inverse, pour lutter contre la peur du déclassement, il faut réduire l'écart gigantesque entre ceux qui sont protégés et les autres, car c'est ce gouffre qui est le principe même de la peur. On voit bien que ces deux politiques sont largement incompatibles. On voit bien, aussi, qu'au-delà de mesures techniques, ces questions touchent aux fondements mêmes de la société.

Je n'ai pas de solution miracle. Mais il me semble qu'une société où ce qui s'acquiert et ce qui se perd seraient moins irréversibles, moins définitifs, pourrait constituer un progrès. Une société où les protections sont davantage universelles et moins étroitement sélectives.



lundi 5 octobre 2009

En tant que juif, j’ai ressenti une grande honte, déclare le responsable de l’enquête de l’ONU sur la guerre de Gaza (VO)

4 octobre 2009

« J’ai été choqué par le nombre de bâtiments détruits, en particulier des habitations. Et je n’étais pas préparé à entendre les récits que nous ont fait des témoins jugés crédibles, ni à la façon dont l’armée israélienne les a traité. J’ai ressenti une grande honte, en tant que juif, mais aussi en temps qu’être humain, » déclare Richard Goldstone, qui a conduit l’enquête des Nations Unies sur la guerre de Gaza. Un évènement l’a en particulier bouleversé : le pilonnage d’une mosquée durant le service religieux. « Nous étions conscients que certaines mosquées avaient pu être utilisées pour abriter des combattants et des militants. Elles ont pu également être utilisées pour stocker des armes. Mais même si c’était vrai - mais nous avons conclu que ce qui n’était pas le cas en l’occurrence - c’est complètement intolérable, c’est un crime de guerre de bombarder une mosquée durant la prière. Il y avait des centaines de personnes dans cette mosquée. 15 personnes ont été tuées et bien plus ont été blessées. C’est un type d’agissement absolument inacceptable. (...) Je me suis demandé ce que des juifs ressentiraient s’ils étaient attaqués dans une synagogue pleine de fidèles. »

This interview was given to Tikkun magazine by Judge Goldstone (herein referred to as RG) and conducted by Rabbi Michael Lerner (ML below), editor of Tikkun magazine and chair of the interfaith organzation The Network of Spiritual Progressives and by Rabbi Brain Walt (BW below), founding chair person of Rabbis for Human Rights (North America) and chair of Ta’anit Tzedeck. 1er octobre 2009

ML : I really appreciate you for taking the time to be with us.

RG : Well thank you for making the contact, I really appreciate it.

ML : Was and is the blockade of Gaza a war crime ?

RG : It was a violation of international law, it was not a war crime because there was no war. It was a violation of the 4th Geneva convention. There has to be an actual military armed conflict for it to be a war crime. It is also a violation of international human rights law.

ML : What are the specific steps that Israel could have taken to stop the shelling of southern Israel before commencing an attack on Gaza ?

RG : Well, it could have used greater pressure by diplomatic means. They could have used the security council for that purpose. Israel could have put the security council on notice and said "if you don’t stop this, if you don’t do something to stop it, we will have to resort as a last resort to military means." But in our report we didn’t question the right of Israel to use military force.

ML : So you are saying that the attack on Gaza was, by your estimation, not a violation of any international laws or agreements ?

RG : I’m not sure I want to comment on it, it was not something we looked into. We were looking at war crimes, which are crimes committed during military operation. We didn’t look at the justification for using military force.

ML : Do you think Israel could have succeeded in stopping the bombing of Sderot had it gone to the Security Council ?

RG : Well, I don’t know. If it didn’t work, then I have got no doubt that Israel was entitled to take a strong action to put a stop to the firing of rockets and mortars and has a duty to its own population to protect them. Military force should be the very last resort. I think it is arguable here that other diplomatic means could have worked. If they didn’t work then the last resort is to use force, and whether it is military or policing action force, Israel was entitled to take active steps.

ML : Hamas and supporters of the Palestinian cause have always said that Israel could have taken the step of ending the blockade of Gaza, and that would have been a condition for ending the attacks by Hamas.

RG : That is getting into the politics of the situation, which I don’t wish to do. What I hear you say is why peace is so crucial in the Middle East. There is a sort of spiral, the blockade, the refusal to respect the right of self-determination for the Palestinians.

ML : So once deciding to attack, the question gets raised : Is there any way to fight a war against terrorists that would not result in deaths and casualties of civilians, assuming that urban terrorists have located themselves in the midst of the population ?

RG : You know, commando actions could have been taken. But in any event, even though Israel might have been entitled to use force, the real point of the report was that it was disproportionate force. Look at the thousands of homes destroyed, the factories, the agricultural land, this is almost impossible to justify militarily.

BW : Also in your view, in the view of your report, it was deliberate ?

RG : I don’t think there is any dispute about it. The Israeli army has very sophisticated weaponry, and I don’t think they make many mistakes as to what they target.

BW : But I think that is the one piece where your critics are very upset about the report : the whole question of intention. And they do deny that there is intention, they claim that the civilians died accidentally

RG : I think we are talking at two different levels. When it comes to the destruction of infrastructure, they haven’t really responded at all to that, and that was part of what the report addressed. None of the Israeli responses have even said a word about the property destruction, the bulldozing of agricultural fields, the bombing of water wells, the bombing of sewage works that caused a huge spill over a huge area. There has been no attempt to justify that. When it comes to the actual killing of civilians in urban areas, that is where the big dispute comes in. I think all I can do is refer to the 36 incidents that we report on. And with almost all of them, we found the Israeli response to be disproportionate.

BW : As regard to wells and the factories, one can make a reasonable argument, not a pleasant argument, why Israel would want to do it ?

RG : There was a political reason, and that was collective punishment and an effort to weaken the support for Hamas.

ML : Is that a violation of international human rights, destruction of infrastructure ?

RG : It is a war crime. It is an attack on civilian objects, as opposed to military objects.

ML : Is that the kind of attack that is serious enough to warrant reprimand through the ICC ?

RG : It would certainly be something that falls within the jurisdiction of the ICC.

BW : Let’s jump to civilians. Do you follow that same logic with regard to civilians ? i.e. in regard to the water, electrical, and food, they wanted to go after the infrastructure, in regards to civilians, was that disregard for human rights, or was it intentional killing ?

RG : Certainly some of the incidents appear to be intentional. What we didn’t do, because it wasn’t our mandate to do, was to investigate who bore responsibility. Whether this was policy at a high level, or policy at a battalion level, or specific soldiers who acted on their own. That is the sort of investigation that we suggested should be taken by Israel itself.

BW : If I remember correctly, in the report, you quote Israeli officials who say "we are going after the infrastructure, we want to cause them hurt," and so on and so forth, but I don’t remember any references to Israeli officials indicating their intention to kill civilians.

RG : No, we didn’t make any allegation that there was a policy to kill civilians.

ML : That is an issue that has to be investigated.

RG : Yep.

BW : Like you, I was raised in the South African Jewish community. I know exactly the community you have come from, I was raised in the same community, with similar values around Israel and so on. And it seems to me that when I read the statement that you made yesterday just before the council ... it felt to me very courageous because I admire immensely what you did. It was so moving to me to read that statement.

ML : You made a statement in response to a woman who was attacking you for betraying your own people ?

RG : I said I wasn’t going to dignify her remarks with a response, but they call to mind the attacks made on me as a white South African for going against the interests of whites during the Apartheid era. And I said I thought having regard to the terrible history of the Jewish people, of over 2000 years of persecution, I found it difficult to understand how Jews wouldn’t respond in protecting the human rights of others. And I talked about that as being a fundamental Jewish value.

BW : Rabbi Lerner and I are involved in an organization, Ta’anit Tzedeck, that is calling for the lifting of the blockade because of the material deprivation it causes, and we are calling upon people to fast the 3rd Thursday of each month in solidarity with this demand. I wondered for you as a South African Jew who cares about Israel, how is it to face the incredible wall that Israel has placed in your way about this, and seeming disregard, like they aren’t really interested in your findings and substantive things. It is a position of arrogance.

RG : When I went into this, I didn’t know any of the details we were going to find. I obviously watched the TV and knew there was tremendous destruction, but I wasn’t prepared for what I saw on the ground.

BW : What happened when you saw what you saw on the ground ?

RG : I was shocked at the number of buildings that had been razed. Particularly private homes. And I wasn’t prepared for the stories that were told by witnesses we considered to be credible. As to the way the Israeli Army treated them. I felt a great deal of shame and embarrassment particularly as a Jew, but also as a human being.

ML : Maybe you could cite one such story ?

RG : Well, the one that really upset me was the shelling of a full Mosque during the afternoon service. And we didn’t look at other Mosques. We accepted the idea that maybe some Mosques were used to give shelter to fighters and militants. They may also have been used to store weapons, but even if that was true (and we found that it wasn’t in respect to this particular Mosque), but even if it was, it is completely unacceptable and a warcrime to shell the Mosque during a service. There were hundreds of people in that Mosque, and 15 people were killed and many more were injured. It is that sort of conduct that is absolutely unacceptable. That was one of the incidents that caught me in particular. And it is a particular concern because of the reaction of people who were there. I put myself in the position how Jews would feel if they were attacked in a synagogue when it was full of worshipers.

ML : Israeli Prime Minister said "The Israeli public will not be willing to take risks for peace if stripped of its right to self-defense." And the article said, Netanyahu referred to the Goldstone report written by the fact-finding UN mission that investigated IDF operations, stating that the peace process would be brought to a halt if the report was submitted to the international court in The Hague. A democratic state’s right to defend its population has been crushed by the UN body.

RG : Well, it is absolutely incorrect. Our report doesn’t bear on the question of self-defense at all. It is not a relevant remark to make. There is not a word in the report that questions the right to self-defense.

ML : Netanyahu, however, is saying that de facto, you can’t conduct defense in a war against terrorists without engaging in operations against civilians, and your response is, there is a way to conduct those.

RG : Yes, it is a question of what is proportionate.

ML : Your report suggested that Israel has to conduct a further investigation, and the question is, is there any point in a government-led investigation ?

RG : It depends who they appoint. If they appoint someone who is transparent and public about it, then I think that would certainly be exactly what we had in mind.

ML : Do you think you could state any minimum requirements ? Those who are critical of Israeli policy think that the investigation would be a way of avoiding taking any responsibility and would get the public’s eye away from the Goldstone report and would drown the impact of the Goldstone report and would probably come up with a much more equivocal finding than your report. I am wondering if you could state any minimum criteria for what it would take for people outside to take a government report where the government is investigating itself.

RG : I think the investigation must be conducted by people who are independent and are perceived to be independent like former Israeli Chief Justice Aharon Barak. And it must be done with openness and transparency. And it certainly must take into account evidence from all sides. One of the problems I’ve got with these military investigations is, as far as I know, there’s only one which I’ve read about where the military investigations even spoke to any of the victims, spoke to any of the people from Gaza who obviously are the best people to speak to.

ML : In other words you’re saying that the first criterion is that the people be independent, and second...

RG : that the investigation is a transparent one.

ML : The second is transparent and the third is that they speak to the victim.

RG : Right.

ML : The victims of the assault, not just to the military people to explain what they were intending to do.

RG : Correct.

ML : Are there any other criteria ?

RG : No, I think those are the major criteria. And Israel has done it. I think the Israel’s investigation into Sabra and Shatilla is a very good example. And that was accepted absolutely by the international community as being appropriate.

ML : You say people are independent but there were some people in the peace movement in Israel who say that Aharon Barak himself led a Supreme Court that never challenged the Israeli military’s denial of human rights to Palestinians

RG : It’s a difficult one. I’ve known Aharon Barak for many years and I absolutely respect his independence and integrity. In my book he’d be a very appropriate person.

ML : OK. Let me give you one of the frequent criticisms of the Goldstone report that I’ve heard and that I’d like to put to you. Not that it’s inaccurate but that it’s a reflection of a prejudice because of selective prosecution. The UN gives this attention to the sins of little countries or powerless countries, relatively powerless countries, while never daring to do a comparable report on big guys like the human rights violations of the United States in Iraq, of Russia in Chechnya, China in Tibet. The argument goes that when one picks on historically oppressed groups like Jews for their sins while ignoring the far greater sins of the more powerful, the UN participates in a kind of double standard that in other contexts would be seen transparently as racist or illegitimate. So that even though you, Judge Goldstone, were perfectly fine in what you did, the actual investigation itself by virtue of selecting this target by a body that doesn’t target the more powerful is a reflection of prejudice.

RG : Generally I agree with the criticism. I think the powerful are protected because of their power. But it’s not prejudice it’s politics. It’s a political world. There’s no question of not investigating countries because of who they are for religious reasons or cultural reasons, it’s because of their power. They use their power to protect themselves. It doesn’t mean that investigations [in countries] where politically they can be held are in any way necessarily flawed or shouldn’t take place. The same argument was raised by Serbia in particular. They said, "Why was the international criminal tribunal set up for us ? It wasn’t set up for Pol Pot, it wasn’t set up for Saddam Hussein, it was set up for Milosevic." And my response at the time when it was put to me by the Serb minister of justice, as I remember very well, was if this is the first of the lot, then I agree with you, it’s an act of discrimination, but if it’s the first of others to come then you can’t complain, you have no right to complain because you’re the first. And if crimes are being committed then at least, to go after those that one can go after politically is better than doing nothing.

ML : For example, there haven’t been any comparable investigations of human rights violations by Syria, by Saudi Arabia, by Egypt — admittedly these are against their own populations.

RG : I think that what distinguishes this from that is that these war crimes are committed in a situation of international armed conflict. It’s not going to be a civil war situation.

ML : And you don’t think there is something inconsistent or one-sided and prejudicial in investigating this type of crime but not internal crime ?

RG : I think it’s a double-standard more than prejudice.

ML : So you would agree that there’s a double-standard.

RG : Absolutely.

ML : And that it should be changed, but that doesn’t invalidate what you do.

RG : This is why. The best way of changing it is for every nation to join the International Criminal Court.

ML : About that. Do you have any theory of why the Obama Administration has not embraced your report.

RG : I really don’t know. No reasons have been given. I’m happy that it supports the recommendation of internal investigation.

ML : What do you think about those who’d say that pushing accountability on these kinds of crimes will be destructive to the process of peace, because Israel once facing this kind of international pressure will not be willing to submit itself to any other pressure for actual peace and that consequently the Obama Administration’s refusal to take your human rights violations seriously is a reflection of their desire to make the peace process work.

RG : I don’t know that but if that’s correct I would strongly disagree with their reasoning. It’s been my experience that there can be no peace without justice. There can be no peace if victims are not acknowledged. [Editor’s note : This view, of course, has been the underpinning of the Truth and Reconciliation process in South Africa that did in fact yield peace between the white and black populations, an outcome that has frequently been attributed to this process of requiring both the African National Council and other freedom fighters as well as the supporters of the apartheid regime to fully describe what they did and when they violated the human rights of others. The Goldstone report calls for both Hamas and for Israel to conduct investigations.]

ML : Can you say another sentence about what gives you that feeling. What’s the historical basis for thinking that ?

RG : Well you know you’re not going to get peace when a society has a deeply imbedded call for revenge. And the way to avoid that, and a way to avoid collective guilt is through justice. The crimes that we’ve identified that were committed by the Israeli Defense Force are not in my view crimes committed by the people of Israel. There are many people in Israel who would oppose them.

ML : I’ll look at that then. Do you think there’s anything in the speculation of some in the United States that the reason why it wants to distance from the Goldstone report is because by the similar criteria the United States might be brought to a similar accounting for what it has done in Iraq or Afghanistan ?

RG : I don’t. I absolutely don’t, I haven’t read or heard of the U.S. intentionally attacking civilians. if innocent civilians have been killed or injured by the United States in Afghanistan or Iraq it’s been by negligence. It hasn’t been by intention. And when it’s happened it’s usually been followed by apology.

ML : What do you think Americans can do now to push our government to take seriously the recommendations of the Goldstone report ?

RG : My first choice would be to put added pressure on Israeli to have the sort of investigation we’ve been talking about. I don’t know, maybe I’m a naive optimist, but I thought the statement by Netanyahu that the cabinet is going to consider an investigation is a positive shift.

ML : And do you have any views on the larger conflict itself, about what you think would be the most wise path that would come to settlement between the two sides ?

RG : It seems to me its a question of leadership. I think we’re lucky in South Africa to have leaders of the caliber of DeClerk and Mandela. Leadership could deliver what they promised. And it seems to me that that’s what missing at the moment in the Middle East. Particularly on the Palestinian side. As long as they’re going to be fighting against each other who’s going to represent them meaningfully at the peace negotiations ?

ML : Your daughter Nicole is alleged to have told the international media that you are a proud Jew and one who loves the State of Israel and if not for your efforts the outcome of the report would’ve been even more damaging.

RG : That’s her opinion, and I really don’t want to comment on it. The first part is absolutely correct. I don’t think it’s possible to say whether the report would’ve been more or less damaging if I hadn’t been involved.

ML : Could you say one last sentence about what your feelings are about Israel and Zionism. I wanted to hear from you.

RG : I’ve worked for Israel all of my adult life. I’ve been involved with the governor of the Hebrew University for what must be thirty years. And I’ve worked in World ORT since 1966. I’ve been involved in working for Israel and I’m a firm believer in the absolute right of the Jewish people to have their home there in Israel.

ML : That’s a strong and clear statement. I want to thank you for this work. It’s a Kadush Hashem from my standpoint and the standpoint of many many Jews. I know that Israel will be much stronger when its embodying Jewish values of generosity or love of a stranger

RG : Thank you very much for reaching out to me. I much appreciate it and certainly it’s really crucially important for Jews particularly to stand up for Jewish values. I don’t think this is what’s happening sufficiently.

Biographie de Richard Goldstone

The latter years of Apartheid in South Africa, Goldstone served as chairperson of the South African Standing Commission of Inquiry Regarding Public Violence and Intimidation, later known as the Goldstone Commission. The Commission played a critical role in uncovering and publicizing allegations of grave wrongdoing by the Apartheid-era South African security forces and bringing home to "White" South Africans the extensive violence that was being done in their name.

The Commission concluded that most of the violence of those years was being orchestrated by shadowy figures within the Apartheid regime, often through the use of a so-called "third force." The Commission thus provided a first road map for the investigations into security force wrongdoing that, after democratization, were taken up by the country’s Truth and Reconciliation Commission.

After South Africa’s first democratic election in April 1994, Goldstone served as a judge of the Constitutional Court of South Africa, from July 1994 to October 2003. The Court was entrusted with the task of interpreting the new South African Constitution and supervising the country’s transition into democracy.

He also served as national president of the National Institute of Crime Prevention and the Rehabilitation of In August 1994, Goldstone was named as the first chief prosecutor of the International Criminal Tribunal for the former Yugoslavia (ICTY), which was established by a resolution of the UN Security Council in 1993.

When the Security Council established the International Criminal Tribunal for Rwanda (ICTR) in late 1994, he became its chief prosecutor, too.

He was a member of the International Panel of the Commission of Enquiry into the Activities of Nazism in Argentina (CEANA) which was established in 1997 to identify Nazi war criminals who had emigrated to Argentina, and transferred victim assets (Nazi gold) there.

Goldstone was chairperson of the International Independent Inquiry on Kosovo from August 1999 until December 2001.

Goldstone serves on the Board of Directors of several nonprofit organizations that promote justice, including Physicians for Human Rights, the International Center for Transitional Justice, the South African Legal Services Foundation, the Brandeis University Center for Ethics, Justice, and Public Life, Human Rights Watch, and the Center for Economic and Social Rights. He is a trustee of Hebrew University.

Subsequent to the release of his UN report which criticizes human rights abuses and violations of international law by both Hamas and Israel, and calls for each to conduct an independent and objective investigation, he has been assaulted by various leaders in the Jewish world and described as being anti-Semitic.


Rapport Goldstone
http://www2.ohchr.org/english/bodies/hrcouncil/specialsession/9/FactFindingMission.htm