Résultat : il est difficile pour la plupart des Tunisiens de s'en sortir avec un salaire unique. Le travail au noir permet aux uns et aux autres à la fois de boucler les fins de mois et de s'offrir ce dont ils rêvent, quitte à avoir des journées de forçat. Car la soif de consommation est énorme en Tunisie, et les crédits des tentations constantes. Alors, chacun a recours au système D. L'enseignant double son salaire en donnant des cours particuliers. Il le peut d'autant plus que les familles sont prêtes à tous les sacrifices pour l'éducation de leurs enfants. Quant au commerçant, il s'improvise chauffeur de taxi avec sa voiture particulière, après avoir fermé sa boutique.
Malgré tout, les autorités peuvent se targuer d'un bilan positif en matière de développement économique et humain. C'est même le principal atout du président Ben Ali qui, dimanche 25 octobre, briguera un cinquième mandat à la tête de l'Etat, après 22 ans de pouvoir. Le pays est soigneusement géré, alors qu'il ne dispose pas de la manne fabuleuse en hydrocarbures de ses voisins algériens et libyens. Il n'en est pas totalement dépourvu, cependant. En ressources gazières, il atteint même l'autosuffisance, alors qu'en ressources pétrolières il doit encore importer les quatre cinquièmes de sa consommation, faute de capacité de raffinage suffisantes.
La Tunisie, "bon élève du Maghreb" ? Ce n'est pas par hasard que le pays se voit toujours décerner ce titre par ses partenaires de l'Union européenne, à laquelle le lie un accord d'association qui a abouti, en janvier 2008, au libre-échange des produits industriels. Même en période de crise internationale, la Tunisie parvient à maintenir ses équilibres macro-économiques. A la fin de 2009, elle devrait afficher un taux de croissance de 3 % (contre 5 % en moyenne, ces dix dernières années). Un exploit quand on sait que 80 % de ses échanges commerciaux se font avec les pays de l'Union européenne qui, eux, sont en pleine récession.
"Pourquoi nous compare-t-on toujours à nos voisins, l'Algérie et le Maroc, et non à la Grèce et au Portugal ? S'il est vrai que le pays n'est pas mal tenu depuis vingt-deux ans, nous pourrions faire beaucoup mieux et avoir une croissance à deux chiffres", s'irrite Mokhtar, un homme d'affaires tunisois.
"La Tunisie, c'est exact, pourrait faire encore mieux. Elle est performante en matière d'exportations, mais considère son marché intérieur comme une chasse gardée. Sans doute pour ne pas déstabiliser des acteurs locaux, et surtout ne pas toucher à des intérêts qui concernent la famille Ben Ali et celle de son épouse, Leila Trabelsi", analyse un économiste européen.
Ce reportage a été réalisé au début du mois d'octobre, avant que l'envoyée spéciale du Monde, de retour en Tunisie, ne soit refoulée à l'aéroport de Tunis, le 21 octobre.
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