Le livre décrit ensuite par le menu la mécanique qui va aboutir, après l'indépendance, à la mise en place d'un régime autoritaire. Les événements extérieurs pèseront sur cette évolution. Ainsi, l'auteur attribue-t-il au souci de contrôler les 300 000 réfugiés algériens installés en Tunisie pendant la guerre d'indépendance l'origine de la police politique tunisienne. De même, Gilbert Naccache souligne combien la guerre des Six-Jours de 1967 et le cortège de manifestations anti-juives qui a suivi ont provoqué le départ massif des juifs tunisiens et contribué à la "fermeture progressive des esprits" dans le pays. Gilbert Naccache choisit de rester. Et de continuer à militer. Il le fait non plus au sein du PC mais aux côtés des trotskistes, avant de flirter, après Mai 68, avec le maoïsme.
Ce qui ne varie pas, c'est l'opposition radicale de l'auteur à Bourguiba et à son régime. Naccache reconnaît volontiers que le "père de l'indépendance" a fait passer la Tunisie "dans un XXe siècle rationaliste". Mais, s'empresse-t-il d'ajouter, ce choix ne doit pas occulter la face sombre du "bourguibisme" : "un régime autoritaire qui ne tolérait pas la moindre contestation, n'accordait aucune liberté autre que celle de l'applaudir" et, sur le plan international, une "allégeance aux Etats-Unis".
L'auteur met en garde ceux qui, ayant la mémoire courte, ont "paré de toutes sortes de vertus" le règne de Bourguiba. Il parle en connaissance de cause. Arrêté en mars 1968, il n'a été libéré qu'en 1979.
Qu'as-tu fait de ta jeunesse ? Itinéraire d'un opposant au régime de Bourguiba, de Gilbert Naccache, éd. Cerf/Mots passants, 284 p., 18 €.
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