dimanche 27 décembre 2009

Was Israel's Gaza offensive worth it?

Today offers us an ironic conjuncture of commemorations: the fast of the 10th of the Hebrew month of Tevet and the first anniversary of Operation Cast Lead. On the day of the fast, which commemorates the Babylonian siege on Jerusalem, few Israelis are thinking about Gaza, under Israeli blockade for twice the time ancient Jerusalem was besieged. On the anniversary of the attack on Gaza, few people are doing any real soul-searching.

One way or another, the year since December 27 was a year of shame for Israel, greater shame than any other time. It is shameful to be Israeli today, much more than it was a year ago. In the final tally of the war, which was not a war but a brutal assault, Israel's international status was dealt a severe blow, in addition to Israeli indifference and public blindness to what happened in Gaza.

Even those who still believe that the attack was justified and necessary, that the firing of Qassam rockets would not have been halted except by such a cruel attack, cannot ignore the political and moral price extracted from Israel because of its violence. Its image in the world, not in the eyes of its citizens, is much uglier than a year ago.
Advertisement


Today it is more shameful to be an Israeli because the world, as opposed to Israelis, saw the scenes. It saw thousands of dead and injured taken in the trunks of cars to something between a clinic and a primitive hospital in an imprisoned and weakened region one hour from flourishing Tel Aviv, a region where the helpless had nowhere to run from Israel's arsenal. The world saw schools, hospitals, flour mills and small factories mercilessly bombed and blown up. It saw clouds of white-sulphur bombs billowing over population centers, and it saw burned children.

The world refused to accept the excuses and lies of Israel's propaganda. It was not prepared to compare Sderot's suffering to Gaza's suffering; it did not agree that the sulphur mushroom clouds were for self-defense, that the killing of dozens of police on a parade ground was legitimate, that telephoned warnings for people to leave their homes cleared Israel of criminal responsibility for the bombing of those homes.

The world saw the Israeli Goliath strike mercilessly at the Palestinian David. It saw the balance of killing: one Israeli to every 100 Palestinians, and the Israel Defense Forces' new and terrifying doctrine by which almost everything goes if it prevents casualties on our side. The world knew that in this case a democracy was striking a region that does not enjoy self-determination, whose inhabitants lack basic human rights - refugees and the children of refugees living under siege. So the world responded with justifiable severity toward us; it refused to forgive and be silent.

The world also saw Israel wrap itself in sick apathy despite what was happening. It saw the town squares almost empty of protesters, the cafes in Tel Aviv full of people having a good time. It even saw Israeli families who went to visit the hills around Gaza to show their children the bomb strikes. Later, it also saw that Israel was not even prepared to investigate what it had done, but rather lashed out at all its detractors.

And the world also quickly forgot. A year later, with $4.5 billion collected to rehabilitate Gaza lying in banks' basement vaults because Israel refuses to open Gaza's gates to let in supplies, the world is silent, leaving Gaza to its fate, to its ruins. But Gaza has not forgotten its wounds - it cannot forget them. The 325,000 people whose homes were destroyed, 1,300 bereaved families and thousands of injured and disabled, debilitated by anxiety and terror, remain in Gaza. Their suffering has not dissipated.

On the first anniversary of the attack, in the face of such a negative political and moral balance, Israelis must at least ask themselves if all this was worth it. But on the first anniversary, Israel is much busier with the political future of MK Eli Aflalo than its political and moral future. Shame or no shame - what counts is that we feel so good about ourselves.

vendredi 11 décembre 2009

Le désordre financier menace la reprise économique

a quasi-faillite de l'émirat de Dubaï, la grave dérive budgétaire de la Grèce, les craintes grandissantes sur la situation de l'Espagne, de l'Irlande et du Portugal, ainsi que la très mauvaise santé des pays baltes font redouter l'existence de bombes à retardement dans les comptes des Etats et les bilans des banques.

La persistance des destructions massives d'emplois aux Etats-Unis comme en France et le recul des commandes industrielles au Japon nourrissent un regain de pessimisme chez les consommateurs.

Il n'est pas étonnant que l'aversion au risque reprenne. Les marchés deviennent nerveux : le cours du baril de pétrole a reculé de 80 dollars à 71 ; en deux mois, la Bourse de Dubaï a perdu près de 25 % de sa valeur ; sur le marché de la dette, les emprunts grecs ont vu en quelques jours leur taux bondir. Pour se financer, l'Etat grec doit payer une prime de risque : elle emprunte à dix ans à un taux d'intérêt de 5,5 % contre 3,15 % pour l'Allemagne.

S'agit-il des inévitables rebondissements d'une crise historique ou des signes avant-coureurs d'une rechute de l'économie mondiale ? Les plus pessimistes y voient la preuve de la pertinence de leur thèse dite du "W", selon laquelle la reprise actuelle sera suivie d'une rechute.

L'économiste Jacques Attali fait partie de ceux-là. Selon lui, si les marchés boursiers en Europe ou aux Etats-Unis ne craquent pas, c'est grâce à la surabondance de liquidités. Les Etats et les banques centrales ont inondé le monde d'argent pour soutenir les économies mais de façon artificielle.

"Sur les marchés boursiers, les investisseurs achètent, mais savent qu'il se passe quelque chose. Ils se comportent comme des voleurs prêts à dérober ce qu'il y a dans un coffre-fort, sachant que la police va arriver", estime M. Attali.

Jusqu'ici, l'économie mondiale semblait pourtant presque tirée d'affaire. Depuis le printemps, la capitalisation boursière mondiale avait regagné la moitié de ses pertes enregistrées depuis fin 2007 ; les cours des matières premières avaient rebondi de 50 % à 100 % par rapport à l'effondrement qui suivit la faillite de Lehman Brothers.

Les unes après les autres, les grandes économies repartaient à la hausse à l'image des Etats-Unis et de l'Union européenne (UE). Aujourd'hui, le marché semble peu à peu prendre conscience de la fragilité de cette reprise. Et de sa dépendance aux aides des Etats, qui ont contribué à creuser des déficits abyssaux. En Grèce, la dette publique atteint 295 milliards d'euros, soit 120 % du produit intérieur brut (PIB). Du jamais vu. Au Japon, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, les déficits inquiètent aussi.

"Il y a un moment où il faut que cet endettement s'arrête, que la consommation et la production repartent. Tous ces signes, la Grèce, l'Espagne, ne sont pas positifs pour le long terme", s'inquiète Gregori Volokhine, gérant chez Meeschaert à New York.

Patrick Artus, responsable de la recherche chez Natixis, juge lui aussi cette situation très bancale. Les Etats, via des réductions d'impôts ou des mesures exceptionnelles comme la prime à la casse, ont réussi à enclencher une reprise, en dopant la consommation. Ainsi, en dépit de la montée continue du chômage, " le pouvoir d'achat des ménages a progressé de 3 % en un an, dans la zone euro", calcule-t-il.

Mais après ? Selon lui, en maintenant le même niveau de dépenses publiques, souvent à la limite du soutenable, la croissance prendra inévitablement la forme d'une racine carrée, c'est-à-dire que la reprise serait suivie d'une stagnation. Il pense que les pays émergents ne suffiront pas à faire repartir la croissance, tandis que le monde occidental patinera.

La théorie de la rechute dite du W est appuyée par les données macroéconomiques : la croissance aux Etats-Unis pour le troisième trimestre, estimée d'abord à 3,5 % en rythme annualisé, a été révisée à 2,8 %. Au Japon, elle a été abaissée de 1,2 % à 0,3 %. Si les entreprises affichent des bénéfices "c'est qu'elles réduisent leurs coûts", analyse M. Artus.

"Poussée du chômage"

Nicolas Bouzou, économiste chez Astérès, considère lui aussi que les conditions d'un nouveau fléchissement sont réunies. "Depuis cet été, on confond croissance et niveau d'activité, estime-t-il. Celui-ci demeure très bas car le restockagge touche à sa fin et les excédents de capacité de production demeurent importants, ce qui explique l'absence d'investissements et la persistance des suppressions d'emplois."

Autre raison de l'atonie de la consommation : la situation financière des ménages. "La baisse des prix à la consommation touche à sa fin et leur situation financière commence à se détériorer sous l'effet de la poussée du chômage", prédit-il.

Pour autant, si le scénario d'une rechute brutale n'est pas à exclure, si la nervosité s'installe sur les marchés, "les autorités en ont pris la mesure", juge Thomas Della Casa, responsable de la recherche chez Man Investments en Suisse. Le Fonds monétaire international (FMI) a certes révisé ses prévisions à la hausse, mais ne cesse d'évoquer une reprise très fragile. "Nous avons évité la catastrophe, (...) mais ce n'est pas la grande forme ! expliquait Olivier Blanchard chef économiste du Fonds dans Le Monde du 24 novembre. Nous savons que, dans les économies avancées, la demande des investissements résidentiels ou non résidentiels demeureront faibles un certain temps."

A plusieurs reprises, le FMI a ainsi mis en garde les Etats contre un arrêt trop rapide des stimuli qui pourrait faire replonger l'économie comme cela s'était produit en 1937 aux Etats-Unis. Les banques centrales en Europe et aux Etats-Unis ont, elles, clairement fait savoir qu'il était encore trop tôt pour mettre en place des politiques monétaires plus orthodoxes et pour remonter leurs taux.

Pour l'heure, l'inflation n'est pas encore une menace, même si les excès de liquidités nourrissent diverses bulles spéculatives notamment dans les matières premières comme l'or et le cuivre, ainsi que sur certaines places boursières asiatiques comme à Taïwan et à Shanghaï.

Or, dit M. Della Casa, "pour que la croissance connaisse un "w" il faut trois facteurs : que la demande des pays émergents recule, que les grands Etats resserrent les budgets, que les banques centrales relèvent les taux d'intérêt". Autrement dit, si une rechute ou une "correction" de l'économie mondiale doit avoir lieu ce n'est peut-être pas pour tout de suite.



Article paru dans l'édition du 12.12.09

jeudi 10 décembre 2009

Tunisie : Sihem Bensedrine à Ben Ali : Partez Monsieur le Président !


le 09 Décembre, 2009 |

Monsieur le président, partez

Lettre ouverte au président Ben Ali

Monsieur le président;
Vous avez mal gouverné la Tunisie durant plus de vingt ans et vous venez de vous octroyer cinq autres années de pouvoir absolu sur nos vies et notre avenir. Votre règne reste aux yeux des Tunisiens celui de l’injustice, des atteintes à la dignité du citoyen, du népotisme, du développement de la corruption et de la dilapidation des ressources humaines et matérielles de notre pays.
La Tunisie va aujourd’hui à la dérive, menée par on ne sait quelle force occulte face à un Etat absent et marginalisé.
Vous vous êtes affranchi de cette morale tacite qui faisait qu’en Tunisie les puissants ne pouvaient pas être trop puissants et les pauvres trop misérables, générant ainsi une forte classe moyenne et faisant de la Tunisie un pays prospère et équilibré. Votre régime qui tablait sur le «consommez et taisez-vous», a rompu ce deal et permis tous les excès, plongeant de larges franges de cette classe moyenne dans le dénuement et favorisant l’enrichissement illicite de quelques bénéficiaires du clientélisme d’Etat. La rébellion du bassin minier n’est, au bout du compte, qu’une saine réaction symptomatique de ce naufrage qui n’a épargné aucun secteur de l’économie.

Cette politique prédatrice a inexorablement entaché les acquis qui faisaient la fierté des Tunisiens.
Nos universités et nos écoles qui soutenaient la concurrence avec nombre d’institutions européennes ont périclité sous l’effet du nivellement par le bas et la marginalisation des compétences insoumises.
Nos hôpitaux et structures de soins tombent en ruines et les cadres performants sont découragés.
Nos institutions républicaines ont été dévoyées et la Justice est désormais un lieu où le droit se vend et s’achète, réduite à une annexe de la police politique qui lui dicte des « injonctions ». Les juges intègres qui résistent encore à cette dégénérescence sont marginalisés et sanctionnés.
Le parlement nommé par vos services à l’issue d’une farce électorale est devenu une machine à produire des lois vidées de tout sens du droit.
Notre presse est naufragée par l’action conjuguée de la censure et de cette « presse-poubelle » qui pollue l’espace médiatique et déprave ses mœurs.
Les compétences fuient le pays comme on fuie une jungle qu’aucun droit ne régule.
Cette Tunisie qui a tant d’atouts pour figurer en bonne position dans le peloton des pays développés est aujourd’hui prise en otage par les clans qui vous entourent et son élan bridé.
Votre police tire sur tout ce qui bouge, moleste, insulte, arrête et terrorise les voix pacifiques qui tentent d’alerter sur cette dérive.

Vous êtes affaibli et la guerre pour votre succession est ouverte dans votre sérail, sans que les citoyens tunisiens n’aient la moindre idée sur comment la transition sera assurée ou si les lois de la République seront respectées. Votre épouse, introduite en contrebande dans notre paysage politique, a aujourd’hui l’ambition de diriger notre pays. C’est une perspective effrayante. Non pas que nous ne voudrions pas être dirigés par une femme – des femmes d’envergure et intègres existent dans notre pays et je serais fière de voir l’une d’elles à la tête de la Tunisie - mais votre femme a eu des comportements peu éthiques qui ne rassurent pas sur sa capacité à préserver le patrimoine public du pillage des siens. Son sens du droit et de l’intérêt public semble déficient et je doute qu’il y ait beaucoup de Tunisiens qui en veulent pour dirigeante.
Je crains que son ambition n’expose la paisible Tunisie à un cycle de violences dont personne n’est capable d’en présager l’issue.

Monsieur le président;
je ne vous félicite pas pour ce 5e mandat ; Vos services ont dû vous le rapporter, cette mascarade électorale n’a convaincu personne, pas même les troupes du RCD essoufflées et à court d’imagination. Leurs bannières vous glorifiaient comme un Dieu, mais le cœur manifestement n’y était plus. Voyez-vous monsieur, un cinquième mandat, ce n’est pas vraiment convaincant !
« A vaincre sans péril on triomphe sans gloire », disait Corneille. Il n’y a pas eu de compétition, ni d’arbitre, encore moins un scrutin où la volonté populaire était respectée contrairement à ce que vous avez dit dans votre discours d’investiture. Tout juste une mise en scène sans génie avec de faux témoins.
Vous avez clôturé votre campagne par un discours fait d’avertissements et de menaces à l’adresse de ceux qui avaient osé mettre en doute la sincérité du processus électoral. Vous avez repris ces mêmes menaces dans votre discours d’investiture où vous aviez dénié patriotisme et honneur à tous ceux qui ne vous font pas allégeance.
En sortant de votre obligation de réserve, vous avez pris le parti de vous afficher comme le président d’un clan. Vous avez déclaré la guerre à tous les Tunisiens qui vous reprochent d’avoir mal gouverné la Tunisie, dilapidé ses ressources et hypothéqué son avenir après avoir bâillonné ses medias et asservi sa Justice.

Monsieur le président;
Ces Tunisiens n’ont pas de leçons de patriotisme à recevoir des clans qui parasitent l’Etat et son administration, propageant des mœurs politiques indécentes qui insultent notre civilité et nous font honte.
Ces Tunisiens, monsieur, ont résisté durant vos 22 ans de règne absolu aux lâches attaques de votre police politique, aux représailles familiales, à la faim à laquelle vous les avez réduit, les privant de leurs droits élémentaires à une vie digne, à un toit, à un travail, à la liberté de se déplacer.
Vous avez fait tout cela en proclamant votre respect pour les droits humains et en ratifiant les conventions internationales qui les protègent. Mais vous n’avez pas réussi à les réduire au silence. Ils ont survécu à vos bulldozers et trouvé un soutien auprès des sociétés civiles algériennes, marocaines et plus largement arabes et internationales, qui ont tissé un véritable bouclier de solidarité autour d’eux. C’est ce que vous qualifiez d’« appui sur les forces étrangères »; Cela n’est pas pour vous plaire évidemment!
Vous aviez déclaré que « le vrai patriote est celui qui répugne à porter son différend avec son pays hors des frontières nationales ». Notre différend, monsieur, n’est pas avec notre pays que nous aimons si fort que nous sommes prêts à braver votre sinistre machine répressive pour le défendre. Notre différend est avec vous et votre régime qui étouffe la Tunisie et hypothèque son avenir.
Dites moi, quand avez-vous accepté de dialoguer avec vos contradicteurs ? Le seul outil de « dialogue » que vous avez consenti à manier est le bâton de vos policiers et la violence verbale de vos barbouzes de la plume. Non seulement vous avez dénié le droit à l’existence légale à toutes les ONG indépendantes, mais même les associations professionnelles qui avaient osé manifester des velléités d’indépendance ont subi des putschs et les membres des bureaux légitimes ont été persécutés, comme cela a été le cas pour les magistrats et les journalistes. Vous avez empêché la LTDH, la plus ancienne ONG de droits humains, de remplir son mandat d’observatoire vigilant du respect des droits humains.

Vous avez toujours perçu la posture citoyenne comme une attitude hostile et le devoir de vigilance propre à toute société civile comme une menace sur la pérennité de votre régime qui fonctionne dans l’opacité la plus totale couvert par la loi de l’omerta. Et vous avez certainement raison, car votre régime est perçu par nous tous comme l’ennemi de notre pays.

Monsieur le président;
Ces étrangers que vous nous accusez de chercher à introduire dans votre « forteresse » et qui menacent votre « souveraineté » ne les aviez vous pas qualifié tantôt d’amis ? La France que vous stigmatisez aujourd’hui, n’est-t-elle pas le principal soutien à votre régime ? N’est-elle pas la principale puissance européenne qui vous « protège » du devoir de rendre compte de vos manquements à vos engagements pris dans le cadre des accords d’association avec l’Union Européenne, dont vous réclamez aujourd’hui le statut avancé ?
Renierez-vous maintenant ces accords par lesquels vous êtes engagé à promouvoir l’Etat de droit et la démocratie en Tunisie et en vertu desquels vous acceptez une évaluation périodique de l’état d’avancement de cette démocratie? Lorsque le président de la France déclarait contre toute évidence que « l'espace des libertés progresse» en Tunisie, vous n’avez pas à ce moment là crié à l’ingérence ! Par contre lorsque le ministre des Affaires étrangères du même pays se dit « déçu par les arrestations de journalistes en Tunisie », les jugeant « inutiles», là vous criez à l’ingérence !
Lorsqu’un Eric Raoult (fréquemment invité par l’ATCE à effectuer des séjours dans les palaces tunisiens) se fond en flagorneries sur votre politique éclairée, il ne fait pas de l’ingérence. Mais lorsqu’une Florence Beaugé fait sereinement son travail de journaliste, elle est accusée de nostalgie colonialiste. L’apologie serait donc la bienvenue et la critique illicite !

Monsieur le président, je ne vous félicite pas;
Vous avez perdu la bataille médiatique et vous en attribuez, à juste titre, la victoire à Taoufik Ben Brik. Vous aviez cru qu’elle se gagne par vos posters géants qui envahissent nos murs et les articles commandés aux mercenaires de la plume à l’étranger. C’est ainsi que vous percevez vos élections, une simple joute médiatique !
Mais le langage de la vérité triomphe toujours, vous savez ! Vous avez entamé votre cinquième mandat en embastillant mon ami Taoufik Ben Brik et vous vous êtes vengé de lui en le détenant dans des conditions dégradantes.
Personne ne croit à ce montage juridico-policier mal ficelé où une pauvre bougre prétend avoir été agressée par Taoufik devant une école primaire où elle n’avait aucun enfant à chercher.
Si le sort des femmes violentées vous préoccupe tant, monsieur le président, vous auriez commencé par interdire à vos policiers de violenter les femmes défenseures de droits humains et surtout, vous auriez laissé votre justice poursuivre les coupables et statuer sur leurs multiples plaintes classées sans suite.
Nul n’ignore que ce sont les écrits de ce poète qui vous ont tant irrités et qui lui valent votre lettre de cachet. Dans les pays démocratiques, ce genre d’articles sont monnaie courante et ne conduisent pas en prison ; « On ne met pas Voltaire en prison » monsieur !
En agissant ainsi vous révélez la grande fragilité de votre régime caché derrière un masque en carton pâte, reconstruit chaque jour par votre agence de propagande, l’ATCE, à coup de milliards par an, pour reproduire par le verbe mensonger, une image artificielle d’un miracle économique et politique auquel vous êtes seul à croire.
Les jeunes, monsieur le président, ont voté pour votre miracle en fuyant le pays par milliers. Les plus récents, ce sont ces 4 sportifs qui ont déserté l’équipe nationale pour se réfugier au Canada portant ainsi à 140 le nombre de sportifs de haut niveau qui ont fui la Tunisie. Sans parler des dizaines de milliers qui traversent la méditerranée au péril de leur vie pour échapper à un avenir confisqué. Une véritable réussite économique, monsieur, attire plus qu’elle ne fait fuir.

Monsieur le président ;
Vous avez lâché vos cerbères sur tous ceux et celles qui sont l’honneur de ce pays. Ces barbouzes de la plume payés par l’argent public insultent, diffament à longueur de colonnes en des termes qui déshonorent la presse tunisienne et avilissent nos mœurs. Jamais nous n’avons été si bas dans la gestion de l’espace public que vous monopolisez vous et vos proches.
La fiabilité est la première qualité d’un Etat qui se respecte. Sous votre règne, le mensonge d’Etat est devenu un sport national pratiqué par nombre de vos ministres et commis. Vos policiers de la plume sont passés maîtres dans l’art du faux et de l’usage de faux. Voila maintenant qu’ils nous accusent d’être des espions d’Israël recherchés par les Palestiniens et les Libanais. Cet appel au lynchage vous discrédite. Notre honneur de défenseurs des valeurs universelles de liberté et de droits fondamentaux est intact. Les Palestiniens et les Libanais qui nous connaissent, pour avoir vérifié notre attachement à leurs justes causes sur le terrain et sous les bombes israéliennes, le savent et vous aussi vous le savez pertinemment. Cette manière d’abuser d’une cause juste pour trainer des citoyens dans la boue est indécente et témoigne du peu de cas que vous faites de cette cause.
Si l’un de vos barbouzes attente à notre vie, tout le monde sait que vous en serez seul tenu pour responsable.

Monsieur le président, partez;
Les Tunisiens n’espèrent plus rien de vous, sinon votre départ et celui des clans qui vous entourent.

J’en appelle à la conscience citoyenne des responsables politiques intègres ;
J’en appelle à la conscience citoyenne des cadres intègres du RCD ;
J’en appelle à la conscience citoyenne des cadres intègres de notre administration ;
J’en appelle à la conscience citoyenne des magistrats intègres au sein de l’institution judiciaire ;
J’en appelle à la conscience citoyenne des cadres intègres dans les corps de la police et de l’armée ;
J’en appelle à la conscience citoyenne des militants des vrais partis d’opposition ;
J’en appelle à la conscience citoyenne des acteurs courageux de la société civile, femmes, syndicalistes, artistes, journalistes, défenseurs de droits humains ; à tous les démocrates et tous ceux que le devenir de notre patrie importe ;

mardi 8 décembre 2009

مصر والجزائر: اعتراف متأخر- عبد الباري عطوان


الدكتور مفيد شهاب وزير الشؤون القانونية والمجالس النيابية المصري فاجأنا، مثلما فاجأ الكثيرين، عندما اعترف يوم امس بان مشجعين مصريين كانوا وراء الاعتداء الذي تعرضت له حافلة كانت تقل لاعبي فريق الجزائر لكرة القدم قبيل مباراتهم مع نظرائهم المصريين على استاد القاهرة، للتأهل للتصفيات النهائية لكأس العالم الصيف المقبل في جنوب افريقيا.
هذا الاعتراف 'المتأخر'، الذي نقلته وكالة انباء الشرق الاوسط الرسمية، وادلى به اثناء مخاطبته اجتماعا للحزب الوطني الحاكم، جاء ردا على محطات تلفزة مصرية 'خاصة' اصرّت على ان لاعبي المنتخب الجزائري هم الذين قاموا بالاعتداء على الحافلة، وحطموا نوافذها من الداخل، وشجّوا رؤوس زملائهم بقضيب حديدي كان في حوزتهم لحث الاتحاد الدولي لكرة القدم على الغاء المباراة، او نقلها الى عاصمة اخرى، وهي رواية صدقها الكثيرون للأسف.
الدكتور شهاب، الذي اعرفه شخصيا حيث كنت احد تلاميذه، ودرست على يديه مادة المنظمات والقوانين الدولية، لم يتردد في توجيه اللوم الى الدور الذي لعبه الاعلام المصري في الأزمة مع الجزائر، وخطورته. واشار باصبع الاتهام الى قنوات تلفزيونية خاصة، مؤكدا ان العلاقات الدولية لا تحكمها الانفعالات، وان المصالح ابقى من العواطف.
هذه خطوة جيدة، تعكس توجها تصالحيا من قبل الحكومة المصرية لطي صفحة الخلاف مع الجزائر، واعادة الامور الى سيرتها الاولى، ولو بشكل تدريجي، الامر الذي يتطلب توجها مماثلا من الحكومة الجزائرية، او هكذا نأمل، لان استمرار التوتر في العلاقات لا يخدم الا ذوي النوايا السيئة في البلدين.
السؤال الذي يطرح نفسه بقوة هو عن صمت الدكتور شهاب، والعديد من المسؤولين المصريين الآخرين، طوال فترة الأزمة، وتجنبهم ذكر كل هذه الحقائق، حيث مارس بعض قنوات هذا الاعلام الخاص، المعزز بكتيبة من الفنانين ومقدمي البرامج المشهورين، كل انواع الكذب والدجل، والتحريض ضد شعب شقيق، بل وضد روابط الدم والعقيدة والتاريخ التي تربط مصر بأشقائها العرب والمسلمين.
فظهور مسؤول مصري كبير في وزن الدكتور شهاب على شاشات التلفزة في ذروة الأزمة ساردا الحقائق، ومطالبا بلجم 'حالة السّعار' التي سادت قنوات تلفزيونية معينة، وبعض الوجوه الحاقدة على العرب والمسلمين، كان سيؤدي حتما الى التهدئة، وتجنب الكثير من الخسائر، ان لم يؤد الى منعها، وقطع الطريق على هذه الجوقة، والاضرار التي الحقتها بمصر ومصالحها، وعلاقاتها مع اقرب اشقائها.
' ' '
بعض القنوات التلفزيونية المصرية، بل وبعض مقدمي البرامج فيها بشكل اصح، ينفذون، ونقولها بأسف، اجندات خاصة، ليست لها علاقة بمصر ومصالح شعبها، ويفتقرون الى الحد الادنى من الثقافة السياسية، وفهم طبيعة العلاقات الدولية، وكل رصيدهم محصور في توجيه معلقات من الشتائم لخصومهم، او خصوم من يقفون خلفهم، الذين يحركونهم عن بعد بالروموت كونترول، هؤلاء الذين نهبوا ثروات الشعب المصري وعرقه، واقاموا دولة داخل الدولة.
ولا بد من التسجيل هنا، بانه مقابل هذه الحفنة الحاقدة في الاعلام المصري، ونعترف بانها حفنة مؤثرة، هناك مخزون كبير من العقلاء في صحف ومحطات تلفزة مصرية، كانوا صوت العقل، بابرازهم الوجه المشرق والمسؤول لمصر وهويتها الوطنية العربية والاسلامية.
نعم.. بعض اوساط الاعلام الجزائرية خرجت عن الاصول، وتطاولت على الشعب المصري، وحرضت ضده بطرق بشعة، وروجت لاكذوبة تعرض بعض المشجعين الجزائريين للقتل في القاهرة، ولكن هذه الاوساط الاعلامية الجزائرية محدودة التأثير، ولا تقارن مطلقا بالمدافع الاعلامية المصرية الثقيلة في المقابل، التي جيشت كتائب وفرقا من الفنانين المعروفين، لنفث السموم وحفر جروح غائرة في نفوس الاشقاء الجزائريين، مثل قول احدهم 'انها ليست ثورة المليون شهيد.. بل المليون لقيط'، وهي كلمات معيبة لا يمكن الا ان تمثل قائلها ومستواه الاخلاقي، المتدني، وليس الشعب المصري الاصيل المعطاء الذي عانقت دماؤه دماء اشقائه الجزائريين اثناء حرب التحرير، وقدم آلاف الشهداء في خدمة قضايا امته وعقيدته.
هذا الاعلام نفسه يخوض حاليا حملات تشويه، وان كانت اقل حدة لانها في بداياتها، ضد الدكتور محمد البرادعي الرئيس السابق للوكالة الدولية للطاقة الذرية، لانه 'فكر'، مجرد 'التفكير'، بالترشح لمنصب الرئاسة في الانتخابات المقبلة منافسا للرئيس مبارك او نجله جمال.
' ' '
مشكلة الدكتور البرادعي من وجهة نظر المجموعة المهيمنة على معظم اوساط الاعلام الخاص، وجميع صحف الدولة وتلفزيوناتها، انه رجل مؤهل، يحظى بسمعة دولية، وقرر ان يوظف خبراته العلمية والادارية في خدمة بلاده.
الدكتور البرادعي ارتكب خطيئة كبرى عندما دخل 'المنطقة المحرّمة' على جميع ابناء الشعب المصري، باستثناء الرئيس مبارك ونسله، ولمّح، مجرد التلميح، الى نواياه بدخول المعترك السياسي ولكن بشروط. الامر الذي فتح عليه حملة تحريض 'مدبرّة' يقودها بلطجية اعلام رجال الاعمال المرتبطين بالمؤسسة الحاكمة في البلاد، والمتحالفين مع لجنة السادات، ويتمتعون بعضوية الحزب الحاكم ودعمه.
قالوا انه يحمل جنسية اجنبية، وعندما تبين لهم عكس ذلك، اشاروا الى انه يفتقر الى التجربة السياسية والحزبية، التي تؤهله لتولي منصب رئيس الدولة، مثله مثل علماء اجلاء كأحمد زويل، وفاروق الباز وغيرهما. فجائرة نوبل تتواضع امام جائزة الرئاسة.
فإذا كان الدكتور البرادعي يفتقر الى الخبرة السياسية، وهو الذي تعامل مع اكثر القضايا السياسية العالمية خطرا وتعقيدا، مثل الملفين النوويين الايراني والكوري الشمالي وقبلهما العراقي، وقابل وتعامل مع جميع زعماء العالم الفاعلين والمؤثرين مثل جورج بوش الابن وباراك اوباما (امريكا)، وانجيلا ميركل (المانيا)، وغوردون براون (بريطانيا)، ونيكولاي ساركوزي (فرنسا) وديمتري ميدفيدف وفلاديمير بوتين (روسيا)، فمن هم الزعماء العالميون الذين قابلهم السيد جمال مبارك، وما هي المنظمات الدولية التي تولى زعامتها، والملفات الخطيرة التي تولى ادارة ازماتها؟
' ' '
ربطنا بين التحريض الاعلامي ضد الشعب الجزائري والدكتور البرادعي ليس من قبيل الصدفة، لان القصد من وراء هذا التحريض واضح، وهو مسألة الوراثة، وكيفية تسهيل تمريرها بأقصر الطرق واكثرها سلامة.
فالذين صعّدوا ضد الجزائر ارادوا ان يوظفوا النصر الكروي في خدمة هذه المحصلة في حال انجازه، وهذا ما يفسر تصدر نجلي الرئيس المشجعين في المباراتين الحاسمتين في القاهرة والخرطوم، او افتعال ازمة مع الجزائر لتحويل الانظار عن مشاكل مصر الداخلية المتفاقمة، بتصديرها الى عدو خارجي، وهذا ما حدث.
والذين يصعّدون حاليا حملاتهم ضد الدكتور البرادعي، ونحن لسنا من اصدقائه او مريديه على اي حال، يجدون انفسهم امام 'بلدوزر' تتمثل فيه كل الصفات التي تؤهله للمنافسة من موقع قوة، على منصب الرئاسة في حال ما قرر خوضها.
مصر وباختصار شديد، امام مخاض حقيقي، بدأت ارهاصاته بارتباك اجهزة اعلام الحكم وحوارييه في افتعال ازمات، وقطع علاقات مع معظم الدول العربية، وحالة الحراك السياسي التي بدأت تتفاعل قبل الازمة الكروية الاخيرة مع الجزائر، واطلق رصاصتها الاولى السيد محمد حسنين هيكل، بمطالبته بمجلس امناء يحكم مصر، لفترة مؤتقة، ويشرف على انتخابات رئاسية نزيهة، واطلق رصاصتها الثانية السيد عمرو موسى عندما لم يستبعد نزوله الى حلبة المنافسة في اي انتخابات رئاسية مقبلة، ولكن قنبلة الدكتور البرادعي التي انعكست في بيانه الاخير، واستعداده المشروط لخوض معترك الرئاسة، 'جبّت' كل ما قبلها، ووضعت مصر امام عملية التغيير، وهي قادمة لا محالة.

dimanche 22 novembre 2009

عبد الباري عطوان : مهزلة جزائرية مصرية



تحتل اربع دول عربية المراتب الاولى على قائمة الدول الأكثر فسادا في العالم، اضافة الى افغانستان، حسب منظمة الشفافية الدولية، ولكن لم يخطر في بالنا مطلقا، ان تستخدم انظمتنا الرياضة من اجل تحويل الانظار عن فسادها ودكتاتوريتها القمعية، وبذر بذور الكراهية بين ابناء الأمة الواحدة، مثلما شاهدنا في الايام العشرة السوداء الاخيرة، التي بدأت وانتهت بمباراتي فريقي مصر والجزائر، في تصفيات نهائي كأس العالم الصيف المقبل في جنوب افريقيا.
هذا المخزون الكبير من الكراهية الذي انعكس في تصرفات النخب السياسية والاعلامية في البلدين جاء مفاجئا بالنسبة الينا، وربما لمعظم العرب الآخرين، بحيث يدفعنا لاعادة النظر في الكثير من المقولات حول الاخوة والروابط المشتركة، والانتماء الواحد للعرق والعقيدة.
نحن امام حرب حقيقية، وعمليات تجييش اعلامي ودبلوماسي لم يسبق لها مثيل، وكل هذا من اجل الفوز في مباراة كرة قدم بين فريقي دولتين وشعبين شقيقين، من المفترض ان الفائز من بينهما سيمثل العرب جميعا في هذه المسابقة الكروية الدولية.
عندما قرأت انباء عقد الرئيس حسني مبارك اجتماعا طارئا لاركان دولته، ابتداء من مجلس الوزراء ومرورا بقائد جهاز المخابرات، وانتهاء برئيس هيئة اركان الجيش المصري، تبادر الى ذهني ان مصر على ابواب مواجهة مصيرية مع اعداء الأمة والعقيدة، ولم اصدق ان هذا الاجتماع غير المسبوق منذ الاعداد لحرب العاشر من رمضان اكتوبر المجيدة عام 1973، هو لبحث كيفية الرد على العدوان الجزائري المزعوم في الخرطوم، الذي اسفر عن اصابة عشرين مشجعا مصريا.
هذه ليست مصر الكبيرة العظيمة، حاضنة الامة ورافعتها، وفخر العرب جميعا بتضحياتها وابداعاتها في الميادين كافة. هذه مصر اخرى لا نعرفها، وفوجئنا بها، وبعض سلوكيات اهل الحكم فيها، وحوارييهم خاصة، في وسائل الاعلام المقروءة والمرئية.
' ' '
الحكومة المصرية لم تسحب سفيرها في تل ابيب عندما اعتدت اسرائيل على لبنان مرتين، الاولى عام 1982، والثانية في عام 2006، ولم تطرد السفير الاسرائيلي وتغلق سفارته في القاهرة، عندما اجتاحت قواتها قطاع غزة، واستخدمت الفوسفور الابيض لحرق اجساد الاطفال والنساء، رغم ان هذا القطاع يخضع حتى هذه اللحظة للادارة المصرية قانونيا، وثلاثة ارباع ابنائه يرتبطون بروابط الدم او النسب مع اشقائهم في مصر.
ان يعتدي جزائريون على اشقائهم المصريين العاملين في عاصمة بلادهم، فهذا امر مستهجن ومدان وغير اخلاقي، وان يقذف مشجعون مصريون حافلة الفريق الجزائري وهو في طريقه من مطار القاهرة الى مقر اقامته، فهو امر معيب ايضا، ولكن لا هؤلاء، ولا اولئك يمثلون الغالبية الساحقة من ابناء الشعبين المصري والجزائري، وانما قلة منحرفة موتورة حاقدة.
الشغب الكروي امر عادي يتكرر اسبوعيا في مختلف انحاء العالم، بما في ذلك اوروبا 'المتحضرة'، وهناك امثلة لا حصر لها عن اشتباكات بين مشجعين انكليز وفرنسيين او المان وروس، بل وبين مشجعي فريقين من المدينة الواحدة، يسقط فيها عشرات القتلى والجرحى، ولكن لا تتدخل الحكومات ولا تسحب سفراءها، وتترك الامور في نطاقها الكروي.
في اليوم نفسه الذي كانت تدور فيه احداث الحرب الكروية المصرية الجزائرية على ارض ام درمان السودانية، تقابل منتخبا فرنسا وايرلندا، وفاز الاول بهدف من جراء لمسة يد من احد مهاجميه (تيري هنري) اظهرتها عدسات التلفزة بكل وضوح، واعيدت اللقطة مئات المرات على شاشات التلفزة العالمية، بل واعترف اللاعب نفسه انه مارس الغش ولمس الكرة متعمدا، ولكن لم نر التلفزيونات الايرلندية تستضيف الكتاب والشعراء والفنانين والرياضيين الايرلنديين لتوجيه اقذع انواع السباب الى الشعب الفرنسي او حكومته، او حتى للاتحاد الدولي لكرة القدم الذي رفض طلبا باعادة المباراة تقدم به رئيس وزراء ايرلندا.
' ' '
الحكومتان الجزائرية والمصرية تعمدتا صب الزيت على نار الاحقاد، وانخرطتا في عمليات تعبئة وتجييش لمشجعي شعبيهما ضد بعضهما البعض، لاسباب سياسية مريضة وغير اخلاقية.
الحكومة المصرية كانت تريد فوزا يشغل الشعب المصري عن الظروف المعيشية المزرية التي يعيشها، جراء الفساد والبطالة، وبما يسهل عملية التوريث التي واجهت حملات شرسة عرقلت مسيرتها بعد دخول مدفعيات ثقيلة في المعركة ضدها، مثل السادة محمد حسنين هيكل، والدكتور محمد البرادعي، والسيد عمرو موسى.
الحكومة الجزائرية ارادت تحويل انظار الشعب الجزائري عن النهب المنظم لثرواته، وتفاقم معاناته، وركوب ابنائه قوارب الموت بحثا عن لقمة عيش على الساحل الاوروبي من البحر المتوسط، بسبب استفحال البطالة في بلد يعتبر الاغنى في محيطه، لثرواته الهائلة من النفط والغاز والزراعة والصناعة.
كان القاسم المشترك بين النظامين المصري والجزائري واضحا في استاد المريخ في ام درمان، حيث تصدر ابنا الرئيس مبارك جمال وعلاء منصة الشرف، جنبا الى جنب مع شقيقي الرئيس الجزائري اللذين مثلاه في المباراة. اليس هذا دليلا اضافيا على المحسوبية، والتوجه نحو التوريث، والضرب عرض الحائط بالدساتير، وتقاليد الانظمة الجمهورية المتبعة في العالم بأسره؟
وما نستغربه اكثر هو حال الغضب المصري الرسمي، وربما الشعبي ايضا، تجاه السودان الشقيق، الذي ليس له في هذه الحرب ناقة او جمل، ولم يستشر فيها، وانما جرى فرضها عليه من قبل اشقائه الشماليين ايمانا منهم بوحدة وادي النيل، الذين اختاروا الخرطوم كأرض اهلها اقرب اليهم لاستضافة المعركة الحاسمة.
' ' '
الحكومة السودانية يجب ان تتلقى كل الشكر، لا اللوم، من قبل نظيرتها المصرية، لانها نجحت، رغم امكانياتها القليلة، في توفير اجواء امنية طيبة، وسيطرت على حوالى اربعين الف مشجع من البلدين وانصارهما، ولم تحدث اي خروقات امنية داخل الملعب او خارجه، باستثناء اشتباكات محدودة ادت الى اصابة بعض المشجعين بجروح طفيفة، عولجت في حينها، ولم يمكث اي من المصابين ساعة واحدة في المستشفى. وحتى لو اصيب عشرون مشجعا مصريا نتيجة اعتداءات مشجعين جزائريين، وسكاكينهم، فإن هذا الرقم لا يذكر بالمقارنة مع مشاعر الكراهية المتأججة في اوساط الجانبين.
كان من المفترض ان تقدر الحكومتان المصرية والجزائرية الادارة المتميزة لنظيرتهما السودانية للأزمة، ونجاحها في منع مذابح حقيقية على ارضها، لا ان تقدم الحكومة المصرية على استدعاء السفير السوداني لابلاغه احتجاجا على تقصير حكومته في حماية المشجعين المصريين بالشكل الكافي.
ختاما نقول إننا شعرنا بالخجل، بل والعار، كأعلاميين ونحن نتابع الإسفاف الذي انحدرت اليه وسائل اعلام في البلدين، لم نتصور مطلقا ان يهبط مستوى بعض الزملاء الى هذه المستويات الدنيا، من الردح والتحريض ضد الطرف الآخر وحكومته وشعبه.
انها سابقة خطيرة، يندى لها الجبين، نعترف فيها بان نظامي البلدين صدّرا ازماتهما مع شعوبهما من نافذة مباراة كرة قدم، بايقاع اقرب شعبين الى بعضهما البعض في مصيدة الكراهية والاحقاد. لقد نجح النظامان بامتياز في مكرهما هذا، بينما يدفع الشعبان الطيبان، والامة العربية ثمنه غاليا.

(المصدر: صحيفة "القدس العربي" (يومية – لندن) الصادرة يوم 02 نوفمبر 20

vendredi 13 novembre 2009

Le sushi de l'empire du Milieu

LE MONDE | 13.11.09 | 16h26 • Mis à jour le 13.11.09 | 16h26

epuis quelques années, la mode du sushi a envahi la France. On savait les Japonais habiles commerçants, mais pas au point de passer, à Paris, de 600 enseignes environ au début des années 2 000 à probablement plus de 1 000 aujourd'hui. Ce développement a été fortement accéléré, si l'on peut dire, par deux émissions d'"Envoyé spécial" qui ont jeté l'opprobre sur la cuisine chinoise à la suite d'enquêtes de la répression des fraudes. La liste est longue, il est vrai, des manquements aux règles d'hygiène et des infractions maintes fois constatées : fabrication clandestine de dim-sum (raviolis) dans des caves, concentration de produits cancérigènes (propanols chlorés) dans des sauces de soja.

Du jour au lendemain, les restaurants chinois ont connu une chute brutale de leur fréquentation et certains ont fermé boutique. Les patrons de ces restaurants appartenant souvent à la diaspora asiatique (Cambodgiens, Laotiens, Coréens...) n'ont guère hésité longtemps à transformer leurs établissements en tables japonaises vouées aux sushis et sashimis. D'autres ont suivi. L'enseigne Sushi West, fondée en 2 000 par Laurent Boukobsa et Benjamin Azoulay, compte aujourd'hui dix adresses à Paris et deux à Marseille. Le chef, May Detsaboun, est né à Vientiane (Laos). Il est fier, aujourd'hui, de réaliser pour cette enseigne florissante "des makis dans lesquels l'algue traditionnelle japonaise est remplacée par une fine couche d'omelette." Les puristes apprécieront.

Le succès des sushis tient surtout à l'image superficielle que les Français ont de la cuisine japonaise. On ignore tout ici, par exemple, du râmen (prononcer lâ-men), un plat très populaire au Japon, composé de bouillon, de nouilles de blé tendre et de garnitures variées. Or c'est un plat d'origine... chinoise ! Quant au sushi, ses variantes sont nombreuses : le nigiri-sushi n'est composé de poisson cru et de riz parfumé que depuis les années 1950. La congélation du poisson avant sa consommation est censée éviter les risques de parasitose (anisakiase). Seule certitude, il faut près de dix ans pour former un maître chef sushi (sushiya) capable de cuire et d'assaisonner le riz selon l'usage, d'affûter lui-même ses couteaux, de choisir le poisson et de le découper en fines lamelles avant d'assembler le tout avec dextérité. Un conseil : ne choisir parmi les restaurants asiatiques que les meilleurs. Pour les "vrais" restaurants japonais, il y a bien la liste établie par le Comité d'évaluation de la cuisine japonaise. Problème, elle n'a pas été actualisée depuis 2007. Le meilleur et l'un des moins chers est Wada (Paris 17e). Les Chinois ? Ils n'ont pas démérité : Chen -Soleil d'Est (15e) est le plus fameux avec son pigeon aux cinq parfums mariné dans une décoction de racines chinoises. Vong (Paris 1er) excelle dans les grands classiques tels le canard pékinois. Epatant également, Chez Ly (17e) où les meilleurs produits sont mis au service de la cuisine de Hongkong et de plats thaïlandais. La bonne nouvelle, c'est l'ouverture de Kim Anh (15e) au déjeuner en semaine, avec sa délicieuse cuisine vietnamienne parfumée de coriandre, de menthe, de fenouil, d'aneth et d'anis étoilé.

Rapport Goldstone : Il est presque aussi grave de commettre des crimes de guerre que de dissimuler des crimes de guerre, par Dennis Kucinich

13 novembre 2009

Début novembre, alors qu’une majorité de parlementaires américains s’apprêtaient à voter une résolution rejetant les conclusions du rapport Goldstone accusant de crimes de guerre le Hamas et Israël, le député de la gauche Démocrate Dennis Kucinich, candidat à la présidence en 2008, s’est élevé, seul ou presque contre ses collègues, pour dénoncer ce texte. « Il est presque aussi grave de commettre des crimes de guerre que de dissimuler des crimes de guerre, sous prétexte que ces crimes de guerre n’ont jamais été commis et n’ont pas existé », avait-il alors averti l’assemblée. Cette déclaration lui a valu d’être interdit de parole le 9 novembre lors d’une réunion des donateurs du parti Démocrate en Floride. La résolution combattue par Kucinich a été adoptée par 344 voix contre 36. --- Kucinich est une personnalité atypique et par certains aspects provocante et donc marginale. Ce positionnement, lorsqu’il s’oppose à la doxa washingtonienne concernant le Proche-Orient, l’expose évidemment à l’accusation d’antisémitisme, que d’aucuns voudront sans doute qualifier de dissimulé, latent, ou inconscient. Pourtant, lorsque l’on écoute cet homme, on ne peut être que saisi par la force de ses arguments. Lorsqu’il s’exclame « comment pouvons-nous protéger le peuple d’Israël de ses menaces existentielles, si nous n’avons aucun souci de la protection des Palestiniens, de leur sécurité physique, de leur droit à la terre, leur droit à habiter, leur droit à l’eau, leur droit à la subsistance, leur droit à la liberté de mouvement, » il énonce une évidence, dont les conclusions logiques ont apparemment échappé aux parlementaires américains. L’influence qu’ont su acquérir les lobbies sioniste et évangéliste sur la vie politique aux USA manifeste ainsi ses effets, selon nous. Pour une bonne part, les élus américains, quelles que soient leurs convictions profondes, hésitent à s’opposer à Israël, tant est forte la pression qui pourrait s’exercer sur eux. Affirmons-le haut et fort, il n’y a là nulle insinuation sur une éventuelle et détestable hypothèse de pouvoir occulte. Juste le constat amer d’une réalité institutionnelle et sociale dont les conséquences dépassent - et de loin - le simple cadre de la nation américaine. De la même façon, sur un tout autre plan, nous sommes persuadés que la proportionnelle en vigueur en Israël, par l’effet de levier qu’elle procure aux minorités extrémistes, est l’un des déterminants majeurs de l’échec des tentatives de paix. Dans les deux cas, notre destin commun dépend de l’accomplissement, du progrès, de sociétés autres. Qu’en conclure ? Après tant d’années où le règne de la concurrence comptable et marchande a prétendu servir d’unique boussole, il est temps, semble-t-il, d’en revenir aux humanités, ce très nécessaire art du dialogue avec l’étrange et indispensable autrui, et à l’humanisme, qui en dessine l’incertain chemin. Contre Info.

Dennis Kucinich, Intervention à la chambre des représentants, 3 novembre 2009

Aujourd’hui, nous passons de l’opération « Plomb Durci » à l’opération « Doute Insinué » [1]. Il est presque aussi grave de commettre des crimes de guerre que de dissimuler des crimes de guerre, sous prétexte que ces crimes de guerre n’ont jamais été commis et n’ont pas existé.

Parce que derrière chacun de ces mensonges se trouve le déni de l’humanité, l’abaissement de la dignité humaine, l’anéantissement de l’esprit humain, le triomphe de la pensée orwellienne, cette prison éternelle qui est au cœur des ténèbres du totalitarisme.

La résolution dont nous sommes saisis aujourd’hui, qui rejette toutes les conclusions du rapport Goldstone pour déterminer la responsabilité de toutes les parties dans la perpétuation de crimes de guerre, y compris le Hamas et Israël, pourrait tout aussi bien s’appeler la résolution « La Nuit c’est le Jour, le Mal c’est le Bien ».

Car si ce vote du Congrès condamne un rapport qu’il n’a pas lu, concernant des événements qu’il a totalement ignoré, décrivant des violations du droit qu’il ne connaît pas, ce sera une honte pour cette grande institution.

Comment pouvons-nous espérer une quelconque paix au Proche-Orient si nous approuvons tacitement des violations du droit international et des droits de l’homme, si nous détournons le regard, ou si nous fermons les yeux sur la douleur des gens dans chaque camp en vidant de son sens une enquête légitime ?

Comment pouvons-nous protéger le peuple d’Israël de ses menaces existentielles, si nous n’avons aucun souci de la protection des Palestiniens, de leur sécurité physique, de leur droit à la terre, leur droit à habiter, leur droit à l’eau, leur droit à la subsistance, leur droit à la liberté de mouvement, leur droit à la sécurité de l’emploi, à l’éducation et aux soins de santé ?

Nous n’aurons la paix que lorsque le sort des Palestiniens et des Israéliens sera examiné par cette Assemblée et que sera pris en considération de façon égalitaire la reconnaissance de ce principe affirmant que tous les habitants de cette planète ont le droit de survivre et de prospérer. Il est de notre responsabilité, de notre devoir, de chercher à ce qu’aucun individu, aucun groupe, aucun peuple, ne se voie refuser ce droit humain élémentaire.

Sur le web :

Video de l’intervention de M. Kucinich à la chambre des représentants.
Publication originale Dennis Kucinich, traduction Contre Info

Jean Daniel : Appel au président Ben Ali

Appel au président Ben Ali

Comme il est dit dans l'Ecclésiaste, il y a un temps pour tout. En l'occurrence, puisque je veux parler de la Tunisie, il y a un temps pour sauver des vies, un temps pour critiquer les régimes. Il y a un temps pour arracher la clémence du prince, un autre pour inviter les courtisans à une autocritique.
Aujourd'hui, je veux m'adresser directement au président Ben Ali pour lui demander de suspendre les menaces qui pèsent en particulier sur les journalistes tunisiens.
Parce qu'il sait que j'ai accompagné toute ma vie l'émancipation des peuples maghrébins, je veux lui demander non seulement un sentiment de miséricorde mais un geste politique. Le pays qu'il préside a eu dans le monde, jusqu'à ces derniers temps, une image positive : la stabilité, la sécurité, l'égalité entre femmes et hommes, l'absence d'analphabétisme, une économie sagement gérée. Ce sont des facteurs importants. Or tous ces éléments passent soudain au second plan devant un arbitraire policier qui apparaît à tous humiliant.
Je dis au président Ben Ali : attention ! Ce ne sont pas les ennemis qu'il faut craindre, vous le savez mieux que personne, ce sont les amis quand on les déçoit. Lorsque le maire de Paris, Bertrand Delanoë, né à Bizerte et amoureux de la Tunisie, invite avec modération à un respect des libertés et qu'on lui répond de la manière dont on l'a fait, le moins que l'on puisse dire est que ce n'est guère habile.
Monsieur le Président, il y a de grandes réussites dans les trois pays du Maghreb, Maroc, Algérie, Tunisie, qui sont au surplus les plus beaux du monde. Mais ils ont en commun au moins deux tares inexcusables. La première peut être ainsi résumée : les riches y sont scandaleusement plus riches et les pauvres insupportablement plus pauvres. Il y a une déferlante de nouveaux riches dans les trois pays, dont le comportement cynique et arrogant constitue une provocation quotidienne. La seconde tare, c'est que les jeunes gens dont les pères sont morts pour fonder des pays libres n'ont aujourd'hui qu'un seul rêve : les quitter. Vous avez été par trois fois plébiscité, Monsieur le Président, vous n'avez plus rien à conquérir du côté du pouvoir mais tout à taire du point de vue de la justice.

Jean Daniel
(Source: Le Nouvel Observateur Nº2349 SEMAINE DU JEUDI 12 Novembre 2009)


____________________________________________________________________________________
Déclaration du Président Zine El Abidine Ben Ali à propos d'un "appel" de Jean Daniel

A l’occasion de son discours d’investiture au siège de la Chambre des Députés, jeudi 12 novembre 2009, le Chef de l’Etat a parlé brièvement en fin de cérémonie à certains des journalistes présents.
Au représentant de notre journal qui lui demandait s’il avait lu "l’appel" qui lui a été adressé sur les pages du Nouvel Observateur, par M. Jean Daniel, président-fondateur de cette revue, le Président Zine El Abidine Ben Ali a répondu:

"Je n’ai pas lu le dernier numéro du Nouvel Observateur. Mais on m’en a parlé. Je ne compte pas répondre à notre ami Jean Daniel, vu son âge et son amitié pour la Tunisie. Je sais qu’il est de bonne foi. Mais il a été induit en erreur. Je lui dis quand même ceci: la justice en Tunisie est indépendante. Le journaliste auquel il fait allusion est à la disposition des juges d’instruction. A ce stade, la Constitution ne me permet pas d’intervenir."
A noter que dans son "appel", M. Jean Daniel demande l’intervention du Chef de l’Etat en faveur de "journalistes" qu’il ne nomme pas, dans une allusion à M. Taoufik Ben Brik, actuellement détenu en attendant sa comparution devant la justice pour violence à l’encontre d’une femme, outrage public aux bonnes mœurs et dégradation volontaire des biens d’autrui.

Un fiasco

LE MONDE | 12.11.09 | 13h27 • Mis à jour le 12.11.09 | 13h27

l faut cesser de se payer de mots. Au Proche-Orient, il n'y a pas de "processus" de négociation en cours. Il n'y a pas non plus de perspective de paix. Pour autant, ce n'est pas le statu quo : la situation régresse. Dangereusement. C'est d'abord le fait des Etats-Unis. Barack Obama, il y a quelques mois, avait placé le conflit israélo-palestinien en tête de ses priorités. Il avait exigé d'Israël l'arrêt du développement des colonies de peuplement dans le territoire palestinien de Cisjordanie. C'était, sinon un préalable, du moins une condition pour que puissent s'ouvrir des négociations avec les Palestiniens.

Les Israéliens ont dit non : la colonisation se poursuivra, mais un peu ralentie, a répondu le premier ministre, Benjamin Nétanyahou. Les Etats-Unis ont encaissé : par la voix de la secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, ils ont platement endossé la position de M. Nétanyahou... En quelques semaines, M. Obama a perdu dans le monde arabe le crédit que lui avait valu son remarquable discours de juin au Caire. Même en langage diplomatique, cela s'appelle un monumental fiasco.

Le chef de l'Autorité palestinienne et patron du Fatah, Mahmoud Abbas, s'est estimé trahi par Washington. Les Etats-Unis l'avaient déjà malmené en l'obligeant à ne pas défendre et porter devant l'ONU un rapport stigmatisant le comportement d'Israël durant la guerre de Gaza. Agé de 74 ans, M. Abbas est un homme d'une dignité exemplaire. Il est l'un des rares dirigeants de la région à s'être publiquement attaqué au sacro-saint modèle de la "lutte armée", si populaire chez les Palestiniens. Aujourd'hui, largement désavoué dans la population pour le peu de résultat obtenu par la voix pacifique, il menace de démissionner. Conséquence ? L'autre branche du mouvement national palestinien, les islamistes du Hamas, exulte.

M. Nétanyahou a consolidé sa majorité de droite. Il peut s'appuyer sur une opinion qui juge qu'Israël aussi a été trahi en quittant le sud du Liban et le territoire de Gaza, n'obtenant, en retour, que des volées de roquettes. En continuant la colonisation, M. Nétanyahou sait qu'il rend la création d'un Etat palestinien à côté d'Israël moins probable que jamais.

Petits calculs ici, faiblesse et pusillanimité là. Et, pourtant, le règlement d'une question qui est au coeur des ressentiments du monde arabo-musulman changerait la face de la région. Tous les conflits s'en trouveraient posés de manière moins aiguë, à commencer par le nucléaire iranien. Question : le Nobel de la paix 2009 est-il à la hauteur ?

Article paru dans l'édition du 13.11.09

jeudi 12 novembre 2009

Détails sur notre intimité. Mais comment le géant Google gère-t-il nos données personnelles ? Peut-on tout confier à Google ?

LE MONDE 2 | 14.11.08 | 18h03 • Mis à jour le 06.11.09 | 11h22

Depuis plusieurs semaines, il soupçonnait si fortement sa femme d'infidélité qu'il ne parvenait plus à obtenir la moindre érection. Il s'était mis en quête d'un conseiller matrimonial, tout en cherchant le meilleur moyen de confondre son épouse. Sonoriser la voiture ? Installer des caméras de surveillance pour bébés dans l'appartement ? Pister l'activité de son téléphone portable ? Le jour où il avait découvert qu'elle le trompait bel et bien, et que l'amant était une amante, il avait sombré dans l'alcool. Au fond de sa déprime, il imaginait mettre un contrat sur les deux femmes. Ce résident de Floride avait cherché un contact auprès d'une mafia au Portugal, son pays d'origine. Désespéré, il avait fini par s'enquérir d'une aide au suicide, avant de se raviser, et de décider de quitter le continent américain.

Comment connaissons-nous autant de détails privés de cette triste histoire vraie ? Quelle autre trahison, en plus de celle de son épouse infidèle, a valu à cet homme de voir ainsi publiquement exposée son intimité ? Celle de son analyste ? D'un membre de sa famille ? D'un proche confident ? Non : de son moteur de recherche. Car ce qui fait le canevas de ce drame domestique n'est rien d'autre, ni rien de plus, que la suite de mots-clés qu'il a recherchés, jour après jour et pendant trois mois, sur le Web.

En août 2006, AOL a divulgué accidentellement un fichier contenant les logs de 658 000 utilisateurs, collectés entre les mois de mars et de mai de la même année. Les logs, c'est-à-dire l'historique des mots-clés recherchés sur Google depuis le portail d'AOL, accolés à la date et à l'heure de leur recherche. Chaque internaute n'est certes identifié que par un numéro – celui de l'époux trahi est 14162375 – mais bien vite, des journalistes et des blogueurs se sont amusés à rechercher, parfois avec succès, des identités réelles derrière les suites de chiffres… Aux Etats-Unis, l'affaire a frappé les esprits. Car ce n'est pas seulement "une base de données d'intentions humaines", selon l'expression du journaliste américain John Battelle (La Révolution Google, éd. Eyrolles, 282 p., 19,90 €), que révèlent ces logs : c'est aussi et surtout un immense catalogue d'angoisses, de pulsions, de terribles secrets, de noirs fantasmes ou de perversions cachées… L'utilisateur 11574916 cherche "cocaïne dans l'urine". Le numéro 1515830 se demande "comment dire à votre famille que vous êtes victime d'inceste". Un autre, le numéro 59920, veut savoir "à quoi ressemble un cou après avoir été étranglé" et quelle "corde utiliser pour cravater quelqu'un"…

Simplicité et harmonie

Autant le dire : Google est parfaitement innocent. La société de Mountain View (Californie), qui ne jouait d'autre rôle que celui de prestataire de service pour le portail d'AOL, n'a jamais eu la moindre intention de dévoiler ces logs. Elle fait même plutôt figure, dans cette affaire, de victime collatérale. Car la faute d'AOL a focalisé une énorme attention sur les moteurs de recherche et, bien sûr, sur le premier d'entre eux. Mais que représentent les quelque 20 millions de logs rendus publics par le fournisseur d'accès américain, face aux milliers de milliards stockés en permanence dans les serveurs de Google, cette entreprise à laquelle nous confions chaque jour davantage de nos goûts, de notre mémoire, de notre intimité ?

Ces histoires de logs, Peter Fleisher en est un peu fatigué. Agacé, presque. Chez Google, le responsable mondial de la protection des données a choisi de travailler à Paris. Tout un symbole : la France est le premier pays à s'être doté, en 1978, d'une loi sur l'informatique et les libertés. Cet Américain avenant au français irréprochable reçoit dans les locaux de la filiale française du géant américain, au deuxième étage d'un immeuble haussmannien, face à l'Opéra-Garnier. Design simple et épuré, le blanc domine, tout juste teinté, par-ci par-là, des quatre couleurs d'un logo que plus grand-monde n'ignore sur la planète. Des bureaux à l'exacte image de la page d'accueil historique de Google : simplicité et harmonie.

"Nous sommes les meilleurs élèves de la classe", tranche Peter Fleisher. De toute évidence, sur la gestion de ces fameux logs, il a raison. Même si d'aucuns jugent cela insuffisant. En avril 2008, le groupe Article 29 (ou G29), qui rassemble toutes les autorités européennes de protection des données personnelles, a publié une analyse juridique des activités de recherche sur Internet. Le G29 recommande en conclusion que les logs générés par les recherches en ligne ne soient pas conservés plus de six mois. "Nos durées de conservation étaient de dix-huit mois et nous venons de les réduire à neuf mois, rétorque M. Fleisher. Et c'est une durée de conservation bien inférieure à celles pratiquées par nos concurrents", principalement Yahoo ! et Microsoft.

Même si le G29 reconnaît cet effort, des points de friction demeurent. "Dans la réponse qui nous a été fournie et qui a été rendue publique, Google récuse le fait que ses traitements de données personnelles [ses fichiers, en somme] soient soumis à la législation européenne, explique ainsi Gwendal Le Grand, expert à la direction des affaires juridiques de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). Il considère que le responsable du traitement des informations est Google Inc. – basé au Etats-Unis – et que le rôle des filiales nationales se limite à la vente de publicité." C'est pourtant bien la publicité qui est au centre de tous les soupçons. "Google ne récupère pas de données personnelles pour profiler des utilisateurs et leur proposer de la publicité en fonction de leurs caractéristiques, assure Peter Fleisher. C'est une légende urbaine. Nous ne pratiquons que la publicité contextuelle." (lire l'encadré ci-contre).

Savoir ce que sait Google : la question est d'autant plus cruciale que la société n'est plus seulement, depuis longtemps, un moteur de recherche. Google est devenu tout autre chose – chose qui reste d'ailleurs à définir. L'entreprise délivre et stocke du courrier électronique (Gmail), propose des services de cartographie (Google Earth) et de calcul d'itinéraires (Google Maps), ausculte et décortique le trafic des sites Internet (Google Analytics), compile la presse (Google News), gère des agendas en ligne (Google Calendar), édite des blogs (Blogger), indexe la littérature savante (Google Scholar), stocke des albums photo (Picasa) et des vidéos (YouTube), scanne et conserve des livres (Google Book Search), gère des carnets de santé électroniques (Google Health)… Google chasse aussi depuis peu sur les terres de Microsoft en proposant un traitement de texte et un tableur en ligne (Google Documents) qui permet de s'affranchir de la sacro-sainte et fort coûteuse suite logicielle Microsoft Office. Google sait tout, Google s'occupe de tout. Depuis quelques semaines, il est même embarqué sur un smartphone (G1) concurrent de l'iPhone d'Apple et fait pièce à Internet Explorer et Firefox avec son nouveau navigateur (Chrome)… Autre versant de son succès : Eric Schmidt, son PDG, est désormais un des principaux conseillers du nouveau président Barack Obama.

Liste non exhaustive. Au siège de Google France, on rappelle volontiers que nombre de sociétés – banques, assurances, opérateurs de télécommunications – disposent elles aussi de données touchant à l'intimité de leurs clients. Certes. Mais jamais autant de données privées n'ont été assemblées sur une seule et même plate-forme, sur un système informatique intégré.

Où sont localisées ces informations ? Où sont stockés ces logs, mais aussi toutes ces précieuses bribes de vie quotidienne, ces requêtes, ces correspondances, ces documents ? Où repose cette "base de données d'intentions" ? "Il est difficile de répondre à cette question, dit Peter Fleisher. Je comprendrais que les utilisateurs trouvent confortable de se dire : Tiens, mes données sont à tel endroit . Mais la vérité est que celles-ci ne sont pas stockées sur un serveur situé sur un site particulier : elles le sont sur un réseau d'un grand nombre de serveurs situés sur un grand nombre de sites, eux-mêmes dispersés dans plusieurs pays. Tout est d'ailleurs stocké en deux endroits au minimum pour qu'en cas de coupure d'électricité sur un site, on ne perde pas de données…"

Ce que décrit Peter Fleisher a un nom : le cloud computing, cette "informatique nébuleuse" dans laquelle toutes les données des utilisateurs (courriers, documents, albums photo, vidéos, etc.) ne sont pas nécessairement inscrites sur le disque dur de leur ordinateur mais sont stockées en ligne, sur des réseaux de gros serveurs. La tendance naturelle étant d'externaliser aussi les logiciels, pour ramener l'ordinateur personnel à une boîte presque vide, simple terminal d'accès à une sorte de cerveau global, ainsi que l'explique Nicholas Carr dans son dernier ouvrage (The Big Switch, éd. Norton). Comme on branche son grille-pain au réseau électrique sans se soucier de savoir comment l'électricité est produite, on connecterait un ordinateur ou un smartphone au Google cloud pour accéder à ses données et à ses logiciels sans se soucier de savoir où et comment ils sont conservés.

Où ? Comment ? On touche là au grand secret de Google. Son infrastructure informatique est un réseau de plusieurs dizaines de centres de données, chacun alignant de milliers de serveurs. Le tout forme à la fois la mémoire et l'intelligence de cette machine universelle qu'est devenue Google au fil du temps, la plus puissante plate-forme informatique de stockage et de calcul distribué jamais conçue. Dire de Google qu'il est le Web ne relève pas d'un abus de langage ou même d'une description imagée de la réalité : ses ordinateurs parcourent inlassablement le Web pour le copier en intégralité. En même temps qu'elle aspire l'ensemble de la Toile pour pouvoir la passer à la moulinette de ses algorithmes, la "machine Google" répond en une fraction de seconde à des milliards de requêtes journalières, chacune ciblant quelques mots éparpillés dans une dizaine de milliards de pages…

Capacité de résistance

Interroger Google sur l'infrastructure matérielle qui permet cette performance expose à une fin de non-recevoir. De combien de serveurs la société dispose-t-elle ? Dispersés dans combien de centres de données ? Ces chiffres sont parmi les mieux gardés de l'industrie informatique. Une bonne source, qui tire ses estimations de discussions avec des ingénieurs de la firme de Mountain View, avance le nombre de 900 000 serveurs répartis dans 20 à 50 centres de données – dont au moins trois en Europe : en Irlande, en Belgique, aux Pays-Bas (The Economist du 23 octobre avance le chiffre de 2 millions de serveurs). Les localisations de certains de ces centres sont publiques. Les visites, elles, sont formellement proscrites. Pour raisons de sécurité, bien sûr. Mais aussi, confie Peter Fleisher, parce que "voir la manière dont est constitué l'intérieur d'un centre de données fournirait déjà des informations à la concurrence".

Faire confiance à une société qui tient secret les lieux dans lesquels elle entend garder toute l'information du monde ? "Du point de vue de la confidentialité des données, la localisation d'un centre de données n'est pas très importante", répond Peter Fleisher. Ce qui compte c'est, en effet, la curiosité des gouvernements, des forces de l'ordre et des services de renseignements. Et surtout la capacité de Google à y résister. Car, potentiellement, toutes les données stockées en ligne peuvent être, un jour où l'autre, opposées à leur "propriétaire". Ce n'est pas qu'une question de principe. Shi Tao, un journaliste chinois condamné en avril 2005 et qui purge une peine de dix ans d'emprisonnement, en sait quelque chose. Titulaire d'un compte de courrier électronique sur Yahoo !, il avait vu sa correspondance privée divulguée auprès de ses accusateurs par la société américaine. Google, dont l'ambition est d'indexer et de conserver toute l'information du monde – domaines public et privé confondus –, pourrait-il se permettre le risque d'un pareil écart ? A l'évidence non. "Je suis fier que les blogueurs birmans aient décidé de publier leurs photos des événements récents [les manifestations des moines bouddhistes] sur la plate-forme d'édition de Google [Blogger], martèle Peter Fleisher. Ils savaient qu'ils ne risquaient rien."

Pour autant, indique l'expert et consultant américain Stephen Arnold, l'un des meilleurs connaisseurs de Google, la société de Mountain View "reçoit beaucoup de requêtes des forces de l'ordre américaines et étrangères". "Mais la majorité d'entre elles est simplement ignorée, ajoute Stephen Arnold. Il n'y a pas de système mis en place par Google pour répondre à ce genre de demandes." D'un point de vue pratique et juridique, dit en substance M. Arnold, l'espionnage est donc compliqué. Mais il l'est aussi d'un point de vue technique, puisque "le système n'a pas été pensé ni conçu pour répondre à ce genre de demandes".

Peu de cas sont connus. Mais, par exemple, les forces de l'ordre brésiliennes ont récemment tenté de se renseigner, via une demande à la firme californienne, sur les clients d'un réseau de vente en ligne d'objets nazis – et Google Inc. leur a opposé une fin de non-recevoir, la propagande nazie n'étant pas, au pays du free speech, considérée comme illicite. Il demeure, en somme, beaucoup plus compliqué à un service de police de récupérer quoi que ce soit de la forteresse Google que de faire placer un quidam sur écoutes ou, plus simplement, de requérir de son fournisseur d'accès à Internet (FAI) la liste des sites sur lesquels il s'est connecté – puisque la législation française impose à tous les FAI la conservation de ces informations.

Même quand il ne s'agit pas de requêtes émanant de services de police, Google se montre souvent très sourcilleux. A la suite d'un litige pour violation présumée massive du droit d'auteur, la société Viacom a récemment requis de Google qu'il fournisse les logs de consultation de certaines vidéos mises en ligne par sa filiale YouTube. Ce qui fut fait, mais après "anonymation" de ces logs… Ces précautions ne procèdent pas seulement d'un souci moral. Mais aussi de la crainte de perdre un leadership qui, comme on le rappelle chez Google France, "repose entièrement sur la confiance des utilisateurs". Et ce d'autant plus que Google ambitionne depuis peu de fournir ses services de gestion de l'information aux entreprises qui, de plus en plus sensibilisées aux questions d'intelligence économique, n'ont aucune envie de voir leurs petits et grands secrets sur la place publique.

De futures crispations sécuritaires pourraient changer cette donne. Mais, pour l'heure, Google prend un soin particulier à préserver les données des utilisateurs de toute curiosité indue. Fin de l'histoire ? Pas tout à fait. Car si préserver les données des curieux est encore possible, éviter leur perte par accident pourrait se révéler, dans l'avenir, un peu plus délicat. "Google n'est pas infaillible", prévient Stephen Arnold, qui rappelle que voilà seulement quelques semaines, un "plantage" en règle a rendu le service Gmail indisponible pour de nombreux utilisateurs, pendant près de trente heures. Gérer un système de près de 900 000 machines interconnectées soumises à des dizaines de millions de requêtes quasi simultanées n'est pas chose aisée.

D'autant que le Google cloud n'est pas un dispositif statique. Il se reconfigure en permanence, épouse les pulsations d'Internet. En fonction de l'alternance entre le jour et la nuit, par exemple, c'est-à-dire en s'adaptant à l'activité régionale des internautes, les données valsent et sont transférées d'un bout à l'autre de la planète. Pour alléger la charge ici, l'alourdir là où cela ne portera pas à conséquence… Le vrai " péché " d'indiscrétion de Google se situe d'ailleurs là. "Google se moque de la nature des données personnelles proprement dites, explique Stephen Arnold. Ce qui est tracé, ce sont les méta-données générées par les activités des internautes." Ce qui intéresse Google, ajoute-t-il, "c'est, par exemple, de savoir si les taux de consultation des horaires d'avion sont plus élevés à proximité des aéroports pour pouvoir ainsi s'adapter".

Autre raison de se montrer indiscret : Google doit s'assurer, en permanence, que les clics sur ses liens publicitaires sont de "véritables" clics. C'est-à-dire qu'ils ne relèvent pas de clics machinalement exécutés pour produire artificiellement un revenu indu… Cette chasse à la "fraude au clic" impose une surveillance permanente de la Toile, irriguée par la publicité "made in Google". Et cette surveillance est d'autant plus cruciale que le moindre doute sur la réalité de ces clics publicitaires ruinerait la confiance que les annonceurs placent en Google. Et par conséquent ruinerait assez vite Google lui-même.

Car, à la fragilité technique – qui grandira à mesure que l'infrastructure informatique de l'entreprise grossira – s'y ajoute une autre : celle du modèle économique. "Aujourd'hui, nous avons tendance à croire que Google est immortel. Mais il faut garder en tête que son modèle économique ne repose que sur la publicité ciblée, relève Bernard Benhamou, délégué interministériel aux usages de l'Internet. Or, la crise qui vient va lourdement peser sur les budgets publicitaires. Et au contraire de Microsoft, qui profite directement de la vente d'ordinateurs pourvus d'un système d'exploitation, Google ne dispose d'aucune rente de situation."

Pour l'heure, pas de risque. D'abord, Google ne dépend pas des gros budgets publicitaires mais plutôt de l'addition de ceux de millions de petits commerces en ligne et de sites qui diffusent des annonces pour augmenter leur trafic. Ensuite, la "prime au leader" du marché publicitaire en ligne implique que ses concurrents soient d'abord plus durement touchés. Au troisième trimestre 2008, Google a ainsi gagné 2 % de parts de marché sur ses concurrents, selon l'agence Efficient Frontier. "Les prochains mois diront si son modèle économique protège l'entreprise d'une crise d'ampleur", estime M. Benhamou, pour qui il est hasardeux de trop se reposer sur Google, "en particulier pour ce qui touche au patrimoine culturel". Principalement aux livres numérisés et stockés sur les serveurs de l'entreprise californienne.

Pour la bonne conservation et la garantie d'un accès rapide aux données stockées, la santé économique de l'entreprise est cruciale. Car Google est moins souple que ne le laisse supposer sa partie visible sur le Web. L'entreprise doit gérer et assurer la maintenance d'un outil industriel aux dimensions pharaoniques. Chaque centre de données est un entrepôt, souvent gigantesque, qu'il faut installer non loin d'une source d'énergie – un barrage ou une centrale nucléaire – et qu'il faut également refroidir… Ces questions sont si prégnantes et si problématiques que la société a déposé, récemment, un brevet sur un système lui permettant d'installer des centres de données offshore, utilisant l'eau de la mer pour le refroidissement et la houle pour l'alimentation énergétique ! A mesure que l'entreprise se développe, à mesure qu'elle grandit et que son cloud grossit et se complexifie, ses charges fixes augmentent et sa profitabilité devient plus impérieuse…

Croissance ad libitum

Or la règle du jeu, en économie de marché, est le développement perpétuel. La croissance ad libitum. Google l'a mieux compris que quiconque. Son essor est une histoire en trois actes. Acte I : l'entreprise indexe et organise l'espace public directement accessible à ses algorithmes, c'est-à-dire principalement le Web. Acte II : la société entreprend d'indexer et de conserver des éléments de la sphère privée, c'est-à-dire courrier, documents divers, etc. Acte III : Google construit l'information qui n'existe pas pour l'indexer et la rendre searchable – ou "recherchable". Google s'offre un satellite pour améliorer Google Earth. Google parcourt et photographie toutes les rues des grandes villes du monde pour proposer Google Street View. Google investit dans une société qui offre un service d'analyse du génome (lire l'encadré ci-contre)…

Google fabrique, pour l'indexer, l'information qui n'existe pas encore. Des grands espaces de la géographie terrestre aux réarrangements infinitésimaux des nucléotides de notre patrimoine génétique, le spectre des données conservées et compilées par Google semble devoir s'étendre indéfiniment. Une "bulle" dont on pourrait craindre qu'elle n'éclate un jour : la chose est à la mode.

Stéphane Foucart
Publicité, mode d'emploi

Google vit de la publicité, qui représente 99 % de ses immenses revenus – 16,593 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2007. Pour générer de tels gains, l'indiscrétion est-elle le mal nécessaire de la réclame en ligne telle que l'entreprise américaine la pratique ? Selon Peter Fleisher, responsable de la protection des données personnelles chez Google, l'entreprise ne constitue pas des profils des utilisateurs pour leur proposer des annonces ciblées. La publicité est seulement, dit M. Fleisher, "contextuelle". Qu'est-ce que cela signifie ? Chez Google, la publicité revêt de plusieurs aspects. Il peut s'agir d'annonces générées par l'entrée d'un ou plusieurs mots-clés dans le moteur de recherche de la société. Une recherche sur tel ou tel type d'automobiles produira des liens publicitaires aboutissant, par exemple, à des sites Web de vente de ces véhicules… La publication d'annonces (Google Ads) sur un site Web obéit à un autre modus operandi. Lorsqu'un annonceur décide de faire appel à Google, la société procède à une analyse de l'ensemble des pages dont les espaces publicitaires lui ont été confiés. Ses algorithmes repèrent les pages les plus propices pour accueillir tel ou tel lien publicitaire. Google sait automatiquement que l'annonce d'un fabricant d'automobiles est plus à sa place sur le blog d'un passionné d'automobile que sur le site d'une fondation luttant contre le changement climatique… A chaque fois qu'un internaute clique sur l'un de ces liens publicitaires, l'annonceur règle une petite somme (en général quelques centimes d'euros) à Google. Qui en reverse une part au propriétaire du site-support de la publicité.
Autre manière d'écouler la pub : l'analyse du courrier acheminé et affiché via Gmail, la messagerie en ligne de Google. A chaque fois qu'un courriel est lu sur cette interface, la société en analyse automatiquement le contenu et y accole des liens publicitaires adéquats. Ainsi, si vous recevez sur votre compte de courrier Gmail un message d'un proche vous demandant quelle montre vous préférez pour votre anniversaire, il y a de fortes chances pour que des liens publicitaires d'horlogers-bijoutiers apparaissent sur le côté de l'écran.


Dix ans d'expansion

1998 Larry Page et Sergey Brin, 25 ans, fondent Google dans un garage de Memlo Park (Californie). A l'origine de la société, un moteur de recherche d'un nouveau genre conçu pendant leurs études à l'université de Stanford.
1999 En février, Google.com gère 500 000 requêtes par jour. En août, 3 millions.
2000 Le moteur de recherche est désormais disponible en onze langues, dont le français. Google Adword, programme de liens publicitaires, compte 350 clients à son lancement.
2001 Image Search donne accès à 250 millions d'images.
2002 Google News, une revue de presse automatisée, est lancée. La version francophone du service sera attaquée en justice par la presse belge et par l'AFP pour violation de copyright.
2003 Google annonce un projet de numérisation et d'indexation de livres : Google Print, futur Google Book Search. Inquiétudes aux Etats-Unis et en Europe sur les questions de droit d'auteur, tollé à la BNF, qui met en place un projet européen concurrent.
2004 Le siège mondial s'installe au "Googleplex", à Mountain View (Californie). Entrée en Bourse le 18 août ; l'action, à 85 $, atteindra 700 $ fin octobre 2007. Google lance la messagerie en ligne Gmail.
2005 Google Earth diffuse des images satellites de la terre entière.
2006 Google rachète le site de vidéos en ligne YouTube.
2007 Google obtient l'autorisation de l'autorité américaine de la concurrence pour le rachat de la régie de publicité en ligne DoubleClick.
2008 Google capte 40 % des dépenses de communication sur Internet. Le 2 septembre, lancement de Chrome, un navigateur Internet. Le 22 octobre, lancement aux Etats-Unis de G1, le smartphone de Google.


L'analyse d'ADN par alliance

Google, bientôt banque de données génétiques ? Ce n'est pas impossible. La société de Sergey Brin et Larry Page a récemment investi dans une start-up, 23andme.com, fondée par l'épouse de Sergey Brin, qui propose à ses clients de passer au crible leur ADN pour une somme relativement modique (moins de 400 dollars). Via son site Web, la société donne ensuite accès aux prédispositions à certaines maladies, fournit des informations sur l'ancestralité en fonction des caractéristiques de certains chromosomes ou de l'ADN mitochondrial… Sergey Brin a même donné un coup de pouce médiatique à l'entreprise de son épouse en ouvrant un blog dont le premier (et unique) billet, publié le 18 septembre, raconte comment il s'est rendu compte, grâce à 23andme.com, qu'il était porteur d'une mutation génétique le prédisposant à la maladie de Parkinson.

jeudi 5 novembre 2009

Israël et le refus pathologique de la paix, par Henry Siegman

4 novembre 2009

L’administration Obama a cédé devant le refus israélien du gel des colonies et ne ménage pas les efforts diplomatiques pour se regagner les faveurs du gouvernement et de l’opinion israélienne, où la cote d’Obama est tombée au plus bas. A tort, avertit Henry Siegman, ancien dirigeant du Congrès Juif Américain, qui stigmatise le refus « pathologique » d’Israël de tout processus de paix équitable qui s’accompagnerait forcément d’une transaction territoriale. Il faut au contraire parler le langage de la vérité, dit-il, comme l’avait fait en son temps Yitzhak Rabin, et cesser de flatter l’extrémisme qui, à terme, est porteur des plus grandes menaces pour la survie d’Israël. --- Sous l’apparente banalité des crises récurrentes, c’est bien la paix du monde qui est gravement menacée. Au raidissement israélien devant les pressions américaines, rééditant les innombrables manœuvres dilatoires où l’apparent engagement dans un processus de paix n’est en réalité que le masque d’une politique d’agression larvée perpétuée par les confiscations de territoires, vient s’ajouter le risque réel d’une attaque contre l’Iran. Tant que les gouvernements occidentaux continueront de privilégier - à n’importe quel prix - l’amitié avec Israël au détriment de la recherche de la stabilité et de la résolution des conflits, on peut redouter le pire. Le courage, comme le suggère M. Siegman, serait de tenir un langage de vérité. Israël - et au-delà nous même - sera en sécurité le jour où il aura fait le deuil de ses prétentions territoriales sur ses voisins. La paix est à ce prix, mais si tout le monde le sait, personne n’ose le dire et encore moins l’exiger ou l’imposer, comme cela sera sans doute nécessaire. D’ici là, nous vivrons toujours sous la menace d’une conflagration. Contre Info.

par Henry Siegman, New Tork Times, 1er novembre 2009

Les sondages indiquent que le président Obama bénéficie du soutien de seulement 6 à 10% de la population israélienne -sans doute son niveau de popularité le plus bas au monde.

Les médias rapportent que les conseillers du président cherchent à assurer l’opinion publique israélienne de l’amitié du président Obama et de son engagement sans réserve en faveur de la sécurité d’Israël.

Cette amitié et cet engagement sont réels, en dépit des résultats des sondages de popularité d’Obama en Israël. La Secrétaire d’État Hillary Clinton a tenté de renforcer ce message lors de sa visite en Israël. On aurait dit-on demandé à l’envoyé spécial du président George Mitchell de faire des efforts similaires au cours de ses visites désormais beaucoup plus fréquentes à Jérusalem.

La Maison Blanche est sur le point d’établir un nouveau record du nombre de messages rassurants et de salutations vidéos envoyées par un président américain en Israël et aux organisations juives aux États-Unis. Un projet de visite présidentielle à Jérusalem est en discussion.

Les conseillers du président craignent que l’hostilité des Israéliens envers Obama puisse être préjudiciable à ses efforts de paix. C’est sans doute vrai.

Mais une campagne de la Maison Blanche visant au retour en grâce du président dans l’opinion publique israélienne pourrait avoir des effets bien plus préoccupants, car la raison de cette hostilité israélienne sans précédent contre un président américain tient à la crainte qu’il soit sérieux lorsqu’il dit vouloir mettre fin à l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de Gaza.

Les Israéliens ne s’opposent pas aux efforts de paix du président d’Obama parce qu’ils ne l’aiment pas, ils ne l’aiment pas à cause de ses efforts de paix. Il ne pourrait regagner leur affection qu’en abandonnant ces efforts.

C’est ainsi que le gouvernement et le peuple d’Israël répondent à toute pression extérieure pour un accord de paix impliquant qu’Israël se mette en conformité avec les exigences du droit international et des résolutions de l’ONU qui appellent à un retour aux frontières d’avant le conflit de 1967, rejetant les modifications unilatérales de celles-ci.

Tout comme le gouvernement d’Israël, l’opinion publique israélienne manifeste sans relâche son aspiration à la paix et son soutien à une solution à deux États dans les sondages. Mais ce que les sondages ne se montrent pas, c’est que ce soutien dépend du fait qu’Israël définisse les termes de cette paix, ses dimensions territoriales, et les contraintes imposées à la souveraineté d’un Etat palestinien.

Un président américain qui s’adresse au monde arabe et promet une approche équitable et impartiale dans la recherche de la paix est immédiatement perçu par les Israéliens comme anti-israélien. Le dirigeant de l’une des principales organisations juives d’Amérique s’est opposé à la nomination du sénateur Mitchell au poste de négociateur pour la paix du président d’Obama, car, dit-il, son objectivité et son impartialité le disqualifiaient pour ce poste.

La réaction d’Israël aux efforts de paix n’est rien moins que pathologique. Elle est la conséquence d’une incapacité à s’adapter au retour dans l’histoire du peuple juif, doté d’un Etat qui lui soit propre, après 2000 ans d’impuissance et de victimisation.

L’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, dont l’assassinat par un juif extrémiste de droite sera commémoré cette semaine en Israël, avait déclaré à ses concitoyens lors de son investiture en 1992 que leur pays était militairement puissant, ne manquait pas d’amis, ne courait pas de risque, et qu’ils devaient donc cesser de penser et d’agir comme des victimes.

Le message du Premier ministre Benjamin Netanyahu, affirmant que le monde entier est contre Israël et que les Israéliens risquent un nouvel Holocauste - une crainte invoquée à plusieurs reprises durant son discours en septembre lors de l’Assemblée générale des Nations Unies afin de discréditer le rapport d’enquête sur Gaza du juge Richard Goldstone - est malheureusement un message jugé plus rassurant par bien trop d’israéliens.

Cette pathologie a été aidée et encouragée par des organisations juives américaines dont les programmes sont conformes aux opinions politiques et idéologiques de la droite israélienne. Ces organisations ne reflètent pas les vues de la plupart des Juifs américains qui ont voté massivement, à près de 80%, pour M. Obama lors de l’élection présidentielle.

La signature d’un accord de paix israélo-palestinienne a échappé à toutes les précédentes administrations américaines non pas parce qu’elles étaient incapables de trouver une formule adéquate pour y parvenir : tout le monde sait depuis quelque temps déjà quelles en sont les caractéristiques essentielles, proposées par le Président Clinton au début de l’année 2000.

Au contraire, le conflit se poursuit car les présidents américains - et plus encore les membres du Congrès américain, qui dépendent tous les deux ans des contributions financières à leurs campagnes électorales - ont accepté cette pathologie qui ne pourrait être guérie qu’en la défiant.

Seul un président américain faisant preuve de courage politique pourrait guérir cette pathologie, au risque de déplaire aux israéliens et de s’exposer aux critiques de la partie du lobby pro-israélien américain qui défend par réflexe les politiques du jour du gouvernement israélien - peu importe à quel point elles puissent offenser la raison ou la morale.

Si le président Obama veut sérieusement tenir sa promesse de mettre fin définitivement aux 40 ans d’occupation israélienne, obtenir une solution à deux Etats, assurer la survie d’Israël à long terme en tant qu’État juif et démocratique, et protéger les intérêts nationaux vitaux des États-Unis dans la région, il devra prendre le risque de mécontenter. S’il parvient à tenir sa promesse, il obtiendra une reconnaissance éternelle des Israéliens.

Henri Siegman dirige le US Middle East Project, sis à New York. Il est professeur associé à la School of Oriental and African Studies de l’université de Londres. Par le passé, il a occupé le poste de directeur de l’American Jewish Congress et du Synagogue Council of America.
Publication originale New York Times, traduction Contre Info

lundi 2 novembre 2009

Le grand retour de la bulle spéculative

LE MONDE ECONOMIE | 02.11.09 | 16h30 • Mis à jour le 02.11.09 | 20h29

n voulant sauver l'économie mondiale, a-t-on fait naître une nouvelle bulle qui sera à l'origine de la prochaine crise ?

Après les injections massives de centaines de milliards de dollars par les Etats et les banques centrales dans le but d'éviter le naufrage des établissements bancaires et des constructeurs automobiles et pour soulager les ménages, de nombreux économistes mettent maintenant en évidence l'existence d'un accès de spéculation.

En appui de cette thèse, ils soulignent la flambée concomitante et quasi inédite des marchés boursiers, en particulier en Asie, des marchés obligataires, notamment sur les emprunts d'Etat, et du prix des matières premières, l'or et le pétrole en vedettes. Depuis six mois, "tout monte !", constate Patrick Artus, responsable de la recherche économique chez Natixis. Selon lui, il s'agit de spéculation car ces hausses, souvent spectaculaires - la Bourse de Shanghaï a progressé de 63 % depuis le 1er janvier -, sont déconnectées de la réalité économique. "A la Bourse de Taïwan, les valeurs des actions représentent 100 fois les bénéfices des sociétés, 90 fois en Australie, contre 13 fois à la Bourse de Paris", souligne l'économiste.

Pour M. Artus, cette bulle serait le fruit de l'abondance de liquidités issues notamment des plans de relance et de soutien lancés en 2008. Pour endiguer la crise, les banques centrales ont d'une certaine manière "fait marcher la planche à billets", explique-t-il, en ouvrant les vannes du crédit via des politiques monétaires accommodantes avec des taux d'intérêt proches de zéro et en achetant des titres, parfois toxiques, afin de soulager les établissements financiers. Les Etats, de leur côté, se sont endettés en empruntant sur les marchés des montagnes de dette. Les économistes de Barclays calculent qu'il s'émettra en 2009 pour 1 300 milliards de dollars (875 milliards d'euros) de bons du Trésor américains et quelque 900 milliards de dollars de titres d'emprunts en Europe.

"La liquidité mondiale n'a jamais progressé aussi vite, souligne M. Artus. De 1990 à 2007 la monnaie en circulation, estimée sur la base des bilans des banques centrales, progressait de 15 % par an en moyenne ; aujourd'hui, le rythme est de plus de 30 %."

"En 1990, la base monétaire représentait 4 % du produit intérieur brut (PIB) mondial ; aujourd'hui, c'est 21 % !", souligne M. Artus. Pour placer cet argent, les investisseurs achètent tour à tour des actifs sur le marché immobilier, sur celui des matières premières, des actions ou des obligations notamment "souveraines" - émises par des Etats - car jugées moins risquées. On a ainsi des "bulles sauteuses", explique M. Artus, où la spéculation se concentre sur un marché avant de se nicher ailleurs.

Du fait de ces excès, "la reprise qui se dessine est insoutenable, alerte l'historien et économiste Nicolas Baverez, dans une tribune publiée dans Le Monde du 30 octobre. L'on réédite les erreurs commises après 2001 en reconstituant deux bulles spéculatives, sur les marchés d'actions et de dettes des Etats".

"On vit dans un monde producteur de liquidités", estime aussi Daniel Cohen professeur à l'Ecole normale supérieure (ENS). Mais, pour lui, la racine du mal est plus profonde qu'on ne le croit. "On a souvent dit que la politique monétaire laxiste d'Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale américaine, menée après l'éclatement de la bulle Internet était à l'origine de la crise actuelle", rappelle-t-il. Les taux d'intérêt très bas auraient en effet contribué à laisser se former une bulle du crédit aux Etats-Unis. "En réalité les causes de l'abondance de liquidités sont plus profondes que les erreurs de Greenspan", assure M. Cohen.

L'excès d'argent proviendrait, selon lui, de la conjonction de deux facteurs : le premier lié à l'émergence de pays dont la balance commerciale est structurellement excédentaire, comme la Chine - ils innondent la planète de leurs liquidités - ; le second de pays producteurs de matières premières, qui sont "à 95 % transformées en produits financiers", explique M. Cohen.

In fine, les Etats et les banques centrales ne seraient donc pas coupables de la création de bulles, mais subiraient, en quelque sorte, les déséquilibres de ce nouvel ordre mondial.

Quelle qu'en soit l'origine, ces outrances financières auront, selon les économistes, des conséquences désastreuses tant au niveau microéconomique, que macroéconomique ou géopolitique. En éclatant, une bulle ruine en effet les détenteurs d'actifs du marché concerné. Mais la spéculation peut également propager ses effets négatifs à l'économie "réelle". Les émeutes de la faim en 2008, liées à la flambée des matières premières (sucre, céréales, etc.) l'ont démontré, tout comme, à la même époque, un pétrole à plus de 100 dollars le baril a pénalisé l'industrie et le pouvoir d'achat des ménages.

Que faire ? Pour la plupart des économistes, la responsabilité incombe en premier lieu aux banquiers centraux. A eux de faire en sorte de "vider" le monde de ses liquidités trop abondantes en durcissant les politiques monétaires.

Mais en agissant ainsi, ils risquent de briser une reprise économique mondiale encore fragile et instable. Et certains experts, à l'image de Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, pensent qu'il est plus dangereux de briser la croissance que de laisser se propager une bulle financière qui, selon lui, menace... sans être encore véritablement présente.

"La bulle n'est pas encore là, mais elle est devant nous. C'est un risque qu'il faut surveiller", estime M. Lorenzi. Selon lui, tant que ce risque ne s'est pas manifesté, il est préférable de soutenir encore l'économie par le jeu de politiques monétaires conciliantes, même si l'économie n'en a plus vraiment besoin. "La moitié du PIB mondial est encore sous perfusion, il ne faut pas stopper ce soutien trop tôt,

juge M. Lorenzi. Le faire un peu trop tard ne serait pas plus grave que de prendre des antibiotiques trois heures de plus qu'il ne faut."

Pour l'heure, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a rassuré les plus inquiets en soulignant, le 29 octobre dans un entretien aux Echos, que "pour le moment, rien ne justifierait" le relèvement des taux d'intérêt directeurs de la Banque centrale européenne (BCE).

Mais, pour les banques centrales, l'exercice est d'autant plus délicat que leur boussole habituelle, l'inflation, ne marche plus.

Jusqu'ici, une surchauffe était clairement rendue visible sous la forme d'une hausse des prix. Mais depuis les années 1980, l'inflation, sur le Vieux Continent comme dans l'ensemble du monde occidental, semblait éradiquée.

L'efficacité des politiques monétaires dans ce domaine, couplée à la mise en place de mesures favorisant la concurrence, mais aussi et surtout aux bouleversements du marché du travail (désindexation des salaires sur les prix, multiplication des délocalisations, compétition avec des pays à bas salaires, moindre pouvoir des syndicats...) ont contribué à cantonner la hausse des prix autour de 3 %.

Selon les économistes, pour mesurer les effets réels de leurs politiques monétaires sur les prix, les banques centrales doivent impérativement élargir leur mandat et ne plus regarder seulement l'inflation des biens et des services.

En effet, comme ces dernières années en ont fourni l'illustration frappante, l'inflation a déserté en grande partie les étiquettes des étals pour aller se réfugier sur les valeurs Internet ou dans l'immobilier. Les décisions de baisse ou de hausse des taux d'intérêt influencent peu le panier de la ménagère, mais beaucoup le prix auquel elle achète son logement. Les instituts d'émission gagneraient donc en efficacité s'ils surveillaient, en plus de l'évolution des prix à la consommation, celle des prix des actifs sur les marchés boursiers, des obligations ou des matières premières. Ils serviraient ainsi mieux, par la même occasion, leur objectif de veiller à la stabilité financière et de prévenir la formation de nouvelles bulles financières.

Claire Gatinois